Bruxelles, 11/09/2007 (Agence Europe) - Les relations UE/Afrique dans la perspective du Sommet Europe/Afrique de Lisbonne du 8 décembre et l'efficacité de l'aide européenne ont dominé les travaux de rentrée de la commission parlementaire du Développement présidée par Josep Borrell. La réunion a donné lieu, lundi 10 septembre à Bruxelles, à un échange de vues animé avec Louis Michel, commissaire européen au Développement, et Richard Manning, président du comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, sur l'intérêt que présente une stratégie commune Europe/Afrique, et sur les moyens d'améliorer concrètement la coordination et la cohérence de la politique de développement de l'UE.
Maria Martens (PPE-DE, Néerlandaise), rapportrice pour le Sommet Europe/Afrique, a présenté, à l'état de projet, le rapport d'initiative qu'elle prépare sur la situation actuelle des relations entre les deux continents. Selon elle, « il est important que nous ayons une vision à long terme et un plan d'action à court terme » et il convient de « tout faire pour que le Parlement panafricain soit pris en compte » pour relayer une vision commune. La structure du texte est très voisine de celle du rapport adopté en 2005 sur la stratégie de l'UE pour l'Afrique. Pour la stratégie commune UE/Afrique qui doit être adoptée au plus haut niveau à Lisbonne, les cinq domaines d'action prioritaires sont les mêmes, a-t-elle précisé en citant: - la paix et la sécurité ; - la gouvernance et la responsabilité mutuelle - la croissance économique, le commerce et l'intégration régionale ; - investir dans les ressources humaines ; - mettre en œuvre la stratégie, « ce qui nécessite une structure financière claire », estime Mme Martens. Le temps presse car ce rapport sera voté le 12 ou le 13 octobre en commission parlementaire (la date-butoir pour le dépôt des amendements est fixée au 17 septembre) pour pouvoir être adopté lors de la session plénière d'octobre à Strasbourg.
Au nom de la Commission, Louis Michel a insisté sur l'importance fondamentale que revêt la vision du Parlement européen. « Trop de temps s'est écoulé depuis le Sommet du Caire en 2000. D'autres acteurs se sont profilés », a-t-il fait observer, regrettant que le Sommet UE/Chine en novembre dernier ait précédé le deuxième Sommet euro-africain. Pour le Commissaire, le Sommet de Lisbonne a pour objectif de créer « une alliance politique globale entre les peuples des deux continents » pour apporter une réponse commune à la nouvelle donne internationale. A « une étape charnière de la négociation de la stratégie commune », Louis Michel a estimé qu'une proposition conjointe des deux parlements serait la bienvenue.
Aux eurodéputés qui, comme Michael Gahler (PPE-DE, Allemand), l'interrogeaient sur la valeur ajoutée d'une telle stratégie par rapport à celle adoptée en 2005 et à l'accord de Cotonou conclu en 2000 avec les pays ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique), M. Michel a répondu «la stratégie de 2005, c'était notre vision d'Européens ». Et d'insister sur « le saut qualitatif » que représente l'élaboration d'une stratégie avec les Africains - une stratégie de nature politique entre « véritables partenaires ».
Pour Glenys Kinnock (PSE, Britannique), convaincue que le Sommet Europe/Afrique sera dominé par les accords de partenariat économique (APE) négociés avec les pays ACP, il convient que le Parlement insiste sur la cohérence entre les APE et les échanges commerciaux avec l'Afrique. Louis Michel a reconnu que les APE seraient « l'un des sujets sensibles » et que « parler de croissance économique sans parler de mise en œuvre des APE n'aurait pas de sens ». Au député conservateur britannique Nirj Deva qui lui demandait ouvertement s'il avait les moyens d'empêcher Robert Mugabe, président du Zimbabwe, de participer au Sommet pour des raisons de violations des droits humains et des principes démocratiques, le commissaire a répondu sans ambages: « Je partage votre point de vue sur Mugabe mais j'estime que rien ne peut plus retarder ce sommet ». Il précise: « Je ne vois aucune raison opportune ».
Efficacité de l'aide: les Etats membres et les procédures bureaucratiques pointés du doigt
La présentation par M. Manning, du rapport d'examen du CAD, fruit d'une évaluation par les pairs, des performances de l'aide européenne, publié le 4 juillet dernier (EUROPE n° 9462), a alimenté le débat. Ses conclusions laudatives tant pour le niveau de financement que pour les réformes entreprises afin d'en accroître l'efficacité sous l'aiguillon de la Commission européenne n'ont pas empêché les critiques. Si tous ont loué les efforts entrepris par la Commission pour accroître l'efficacité de l'aide, via le consensus européen pour le développement et l'élaboration d'un code de conduite, garant d'un meilleur partage du travail entre les Etats membres et la Commission, de nombreuses critiques se sont fait jour quant à la lenteur des progrès accomplis. Le manque de réactivité des Etats membres, peu pressés de donner un contenu concret à un objectif proclamé de coordination accrue, et la lourdeur des procédures administratives en vigueur à la Commission européenne pour le déboursement de l'aide ont été pointés du doigt.
Le commissaire Louis Michel a dit partager l'appel du CAD invitant la Commission et les Etats membres à mieux préciser leurs rôles respectifs et à garantir l'exploitation stratégique de leurs avantages comparatifs. Répondant à Luisa Morgantini (GUE/NGL, italienne) qui appelait de ses vœux la simplification des procédures et la création d'un groupe de travail à ce sujet, jugeant la décentralisation « pas toujours très efficace » et « la lenteur des projets dramatique », Louis Michel n'a pu qu'abonder dans son sens. « La toute première réforme à faire tous ensemble serait la budgétisation du FED », ce qui permettrait la transparence, le contrôle et l'évaluation annuelle des dépenses par le Parlement européen, a-t-il lancé.« Le comité FED et ses procédures sont invivables. Elles ne permettent pas le contrôle démocratique et la réactivité politique. Vous me parlez de mauvaise coordination. J'hurle avec vous », a poursuivi le Commissaire en faisant observer qu'il ne pouvait, à lui seul, obtenir que cessent la multiplication et le chevauchement des interventions dans un même pays. Et de citer l'exemple de la Tanzanie qui, dans le seul secteur de la santé, accueille 600 projets de développement financés par 20 donateurs, avec des législations différentes. Pour Ana Maria Gomes (PSE, Portugaise), il semble qu'il y ait un manque de coordination entre les Directions générales « Développement » et « RELEX », mais plus encore entre les délégations de la Commission dans les pays en développement et Bruxelles. « Cela est particulièrement vrai pour l'Afghanistan où la délégation n'avait aucune idée du document de stratégie » pour le pays, a-t-elle ajouté
A M. Deva qui demandait si l'UE ne pourrait pas mettre davantage l'accent sur les réalisations concrètes de l'aide européenne plutôt que sur le niveau de financement, Louis Michel a également donné raison. Mais, a-t-il observé, il se heurte lui-même à une difficulté majeure: l'impossibilité, faute de moyens adéquats, d'obtenir, au sein de la Commission, des statistiques, ne serait-ce que sur le nombre de routes construites avec le financement de la Commission - un domaine dans lequel la Commission présente, par excellence, une valeur ajoutée. Sans parler de l'attentisme des Etats membres qui tardent à fournir les informations sur les projets qu'ils financent et dans quels pays (« C'est la Croix et la bannière pour obtenir ces informations », a souligné le commissaire). Ces données sont pourtant essentielles pour établir l'Atlas des donateurs que propose la Commission en tant qu'outil pour une meilleure division du travail.
Le commissaire reconnaît que ce partage optimal des tâches est devenu pour lui un objectif « obsessionnel », mais se dit néanmoins confiant. « On progresse », affirme-t-il. Louis Michel en veut pour preuve l'existence d'une « petite dizaine de pays ACP pour lesquels la programmation commune existe ». (an)