Bruxelles, 07/09/2007 (Agence Europe) - Les autorités kazakhes ont exigé jeudi que le groupe énergétique public national KazMunaïGas obtienne un rôle de premier plan dans l'exploitation du champ pétrolier de Kashagan en mer Caspienne. « Conformément aux ordres et aux exigences du président kazakh (Nursultan Nazarbayev, NDLR), KazMunaïGas devrait être coopérateur », a déclaré le Premier ministre kazakh Karim Massimov à la presse en marge d'une conférence à Astana. « Je ne parlerai pas de pourcentages à ce stade », a-t-il toutefois précisé avant d'ajouter: « Mais nous pensons que l'équilibre économique a été brisé au détriment du gouvernement kazakh ». Selon les termes initiaux du contrat passé entre le Kazakhstan et six compagnies pétrolières étrangères, l'énergéticien kazakh KazMunaïGas détient 8,33% du projet au sein d'un consortium piloté par l'italien ENI et qui comprend le néerlandais Royal Dutch Shell, le français Total et l'américain Exxon Mobil qui détiennent 18,52% chacun, ainsi que l'américain ConocoPhillips (9,26%) et le japonais Inpex (8,33%). Avec une capacité de 38 milliards de barils dont 18 sont considérés comme accessibles, le champ pétrolier de Kashagan détient les plus grandes réserves découvertes depuis 40 ans. Mais son exploitation représente un défi technique majeur, les réserves se situant à plus de 5 000 mètres sous le lit de la mer Caspienne où la température peut atteindre moins 40° l'hiver. Le 27 août dernier, les autorités kazakhes ont ordonné la suspension pour trois mois des travaux à Kashagan après un différend sur le calendrier de mise en production du champ et sur des dépassements de coûts qui auraient explosé par rapport au montant envisagé au départ. Selon le gouvernement kazakh, les coûts du projet, établis sur 40 ans, sont désormais évalués à 136 milliards de dollars contre 57 au départ. Et, initialement prévu en 2005, le début de la production a été reporté au deuxième semestre 2010. Outre l'explosion des coûts et les retards, les autorités kazakhes accusent le consortium dirigé par ENI de ne pas remplir ses obligations environnementales. S'il a confirmé le souhait d'Astana de garder la mainmise sur ce projet grâce auquel le Kazakhstan entend devenir un des dix premiers producteurs mondiaux de brut et doubler sa production au cours de la prochaine décennie, M. Massimov a toutefois démenti vouloir exclure les investisseurs étrangers du secteur pétrolier kazakh. Il a en outre convié la direction d'ENI et le commissaire européen à l'Energie, Andris Piebalgs, à participer aux négociations pour trouver une solution négociée. « Le Kazakhstan est à l'abri de tout prétendu nationalisme des ressources naturelles », a assuré M. Massimov, en précisant néanmoins qu'Astana avait un « plan B » pour pallier un refus des pétroliers étrangers de satisfaire à ses demandes. Porte-parole de M. Piebalgs, Ferran Tarradellas a assuré à EUROPE vendredi que le commissaire à l'Energie « [n'excluait] pas de se rendre à Astana ». « Mais, pour le moment, la Commission suit sans interférer les négociations entre les compagnies européennes et les autorités kazakhes », a-t-il conclu. (eh)