login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9497
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE-Turquie: les évolutions récentes renforcent l'exigence de liens étroits mais elles ne modifient pas les perplexités face à l'adhésion

La position de la France est inchangée. Rien de nouveau au niveau européen à propos de la Turquie. Ni l'élection du nouveau président turc ni les propos apaisants de Nicolas Sarkozy n'ont, à mon avis, modifié la situation. La position du président français, opposée à l'adhésion de la Turquie à l'UE et en faveur d'un partenariat élargi et renforcé, n'a pas changé. Les interprétations que j'ai lues du discours prononcé par
M. Sarkozy le 27 août à Paris sont inexactes. Je n'ai peut-être pas eu de chance dans mes lectures. Laissons alors de côté les interprétations pour revenir au texte prononcé, qui est disponible en version écrite.

M. Sarkozy a établi un lien entre les relations avec la Turquie et la réflexion qu'il a formellement demandée à propos de l'Europe à l'horizon 2020-2030 (après l'entrée en vigueur du nouveau Traité, après le réexamen de la politique agricole et après la définition des nouvelles perspectives financières pour la période 2013-2020). Il a précisé: « Si cette réflexion sur l'avenir de notre Union est lancée, la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation avec la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent, à la condition que ces chapitres soient compatibles avec les deux visions: soit l'adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu'à l'adhésion. Je ne vais pas être hypocrite: chacun sait que je ne suis favorable qu'à l'association. C'est l'idée que je défends depuis des années et que j'ai portée pendant toute la campagne électorale. Je pense qu'elle sera un jour reconnue par tous comme la plus raisonnableEt M. Sarkozy a expliqué: «Sur les trente-cinq chapitres qu'il reste à ouvrir, trente sont compatibles avec l'association. Cinq ne sont compatibles qu'avec l'adhésion. J'ai dit au Premier ministre turc: occupons-nous des trente compatibles avec l'association ; on verra pour la suite». Il semble évident que parmi les cinq chapitres à ne pas négocier figurent l'Union économique et monétaire (et donc la participation à l'euro) et les questions institutionnelles (poids au sein du Conseil, nombre des membres du Parlement européen, présence dans la Commission européenne).

Le président a ajouté: « Si on devait refuser cette formule de compromis, je veux simplement rappeler que, pour la poursuite des discussions, il faut l'unanimité.» En clair: la France utiliserait dans ce cas la possibilité de bloquer l'ouverture des négociations sur de nouveaux chapitres. M. Sarkozy confirme donc son opposition à l'adhésion ; il accepte que soient négociés les dossiers relatifs aux domaines compatibles avec l'association, mais il s'y opposerait si cette limitation n'est pas acceptée. L'assouplissement de la position française consiste donc à accepter de négocier les modalités de l'association, à la condition que la réflexion sur l'Europe future (y compris, il l'avait déjà souligné, ses frontières) soit parallèlement entamée.

Perplexités qui subsistent. Sur l'élection d'Abdullah Gül à la présidence de la République turque, il n'y a rien à objecter. Les règles démocratiques et constitutionnelles ont été respectées. Il est logique que les institutions européennes l'aient félicité en des termes souvent chaleureux (voir notre bulletin n° 9490). Plusieurs personnalités européennes de premier plan ont en même temps estimé que cette nomination facilitera l'adhésion turque à l'Union. Jusqu'à quel point peut-on partager cette opinion ?

M. Gül appartient à ce qu'on qualifie généralement d'« islamisme modéré » et il a fait preuve d'équilibre et de sagesse dans ses fonctions ministérielles, ainsi que d'ailleurs le Premier ministre. Mais rien n'indique que l'attitude de leur pays changera sur des questions essentielles telles que: l'occupation militaire d'une partie de l'UE (le Nord de Chypre) ; la liberté religieuse effective, avec des droits identiques pour toutes les croyances ; les droits des minorités (les Kurdes en tête, mais pas seulement) ; l'égalité des sexes ; le respect de la laïcité. L'attitude à l'égard du Kurdistan irakien et en général les orientations des militaires (qui ont exprimé ouvertement leurs réticences à l'égard du nouveau président de la République) sont difficiles à prévoir. Sans oublier la question préliminaire: la Turquie est-elle un pays géographiquement européen ayant vocation à faire partie de l'UE ? La réponse devrait sortir de la réflexion européenne que M. Sarkozy réclame.

Entre-temps, le soutien de l'opinion publique turque à l'entrée dans l'UE a radicalement baissé, sauf dans les milieux économiques, dans la ville d'Istanbul et sur la côte méditerranéenne. Personne ne conteste la nature européenne de ces zones ; ce n'est pas le cas pour la partie essentielle du pays.

Conclusion: les évolutions récentes plaident pour un renforcement des liens entre l'UE et la Turquie, mais ne réduisent pas les hésitations à l'égard de l'adhésion à part entière. Ce serait plutôt, à mon avis, le contraire. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
CALENDRIER
INTERPENETRATION ECONOMIQUE