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Bulletin Quotidien Europe N° 9438
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Un projet d'Union méditerranéenne irréaliste et velléitaire

Le projet Sarkozy ne répond pas aux attentes de l'autre rive. Mon commentaire précédent, consacré aux orientations européennes du président de la République française, a laissé de côté l'une de ses initiatives: le projet d'Union méditerranéenne. Il n'est, à mon avis, ni clair ni convaincant. Il réunirait les sept pays de l'UE baignés par la mer Méditerranée (y compris le Portugal, qui se considère et est considéré comme appartenant à ce groupe) et les pays de la rive Sud, la Turquie y compris, et Israël aussi (même s'il n'a pas été explicitement cité). Ce serait une nouvelle Union distincte de l'UE. Dans un discours à Toulon, M. Sarkozy avait parlé d'une Union «autonome» pouvant avoir «des liens avec les institutions européennes».

Mais cet aspect ne représente pas l'essentiel. La nature et la forme de la nouvelle Union pourraient être définies et précisées en cours de route. L'élément fondamental est que ce projet ne correspond ni à la situation ni aux aspirations des pays de la rive Sud. Les autorités turques ont indiqué qu'elles attendent des indications supplémentaires pour s'exprimer (M. Sarkozy avait indiqué que la Turquie «aura toute sa place dans l'Union méditerranéenne») mais que, pour elles, ce projet n'est en aucun cas une alternative à l'adhésion, qui reste leur objectif irremplaçable. Les autorités des autres pays de la rive Sud ne se sont pas exprimées officiellement, mais il suffit d'observer le demi-échec du processus de Barcelone pour se rendre compte de la nature des obstacles. La faillite du projet de zone de libre-échange euro-méditerranéenne à l'horizon 2010 (ce n'est qu'au sein du Parlement européen qu'on fait encore semblant d'y croire) est due en premier lieu au fait que les pays de la rive Sud n'ont aucune intention de réaliser une telle zone entre eux. Leurs divergences à la fois économiques et politiques la rendent impossible. Ce qui les intéresse, ce sont leurs relations bilatérales avec l'UE, et en premier lieu l'accès au marché européen. C'est un objectif compréhensible, mais qui n'a rien à voir avec une vraie zone de libre-échange globale où les marchandises, les services et les capitaux circulent librement entre tous les pays qui en font partie. Des résultats positifs ont été atteints dans le cadre bilatéral actuel, pour certains produits agricoles, pour les textiles et surtout pour les produits énergétiques. Mais l'Union allant de la Turquie et du Liban jusqu'au Maroc, les pays de la rive Sud n'y songent même pas. Et en l'absence du libre-échange entre les pays de la rive Sud, comment les investisseurs européens pourraient-ils être intéressés à des marchés nationaux très limités ? Si certains investissements interviennent, ils visent comme débouché le marché européen. L'Union globale est une vue de l'esprit.

Riche en paroles, pauvre en contenu. Les objectifs politiques diffèrent aussi profondément entre les pays de la rive Sud. L'Algérie n'est même pas intéressée à une Union dans le cadre du Maghreb, le Maroc non plus. La Libye vise davantage l'unité africaine qu'une Union méditerranéenne. Le Liban, en cas d'évolutions politiques positives, regarde les pays qui lui sont proches. Et tous aspirent à développer davantage leurs relations avec l'Europe sur un plan bilatéral. Les nombreuses structures multilatérales sont parfois utiles: processus de Barcelone, Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, organisations sectorielles, Forum Méditerranéen (qui vient de se réunir en Crète), quelques résultats en sortent. Mais rien ne permet d'entrevoir les prémisses d'une Union globale. Une nouvelle structure qui engloberait ce qui existe serait une construction politico-bureaucratique supplémentaire, forum pour exercices rhétoriques, riche en paroles, pauvre en contenu.

Deux objectifs urgents. Il est vrai que Nicolas Sarkozy semble avoir senti le danger. Après avoir payé son tribut à la rhétorique, il a indiqué que son Union méditerranéenne devrait se concentrer d'abord sur deux objectifs concrets: la sauvegarde de la mer Méditerranée (on sait à quel point elle est menacée) et l'environnement dans son ensemble. Ces deux objectifs devraient recueillir un appui unanime. Plus tard, on pourrait, a ajouté M. Sarkozy, envisager une politique commune de l'immigration, la lutte coordonnée contre le terrorisme, la sécurité globale de la région. Mais si les deux premiers objectifs sont urgents, et ils le sont, il faut les affronter tout de suite, sans oublier que la coopération dans le domaine de l'immigration illégale est déjà discutée dans le cadre de l'UE, en liaison avec les pays de la rive Sud les plus directement concernés, et des résultats positifs se dessinent. Le traitement de ces problèmes spécifiques ne doit pas être noyé dans un projet nébuleux qui suscite des méfiances dans les pays concernés et qui demanderait de toute manière des années de négociation et de controverses sans fin. Il vient à peine d'être lancé, et l'on entrevoit déjà un avant-goût de ce qui nous attend: j'en ferai état demain.

(F.R.)

 

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