Essen, 04/06/2007 (Agence Europe) - L'interaction bénéfique entre la protection de l'environnement, l'innovation et l'emploi était à l'agenda du Conseil informel de l'Environnement (1er-3 juin) à Essen, sur le site de la Zollverein, ancienne mine de charbon classée au patrimoine mondial de l'Unesco, fer de lance d'une région allemande (la Ruhr) qui a entamé, avec succès, la révolution industrielle des technologies environnementales innovantes. L'objectif était de réfléchir aux moyens concrets de faire de l'innovation technologique le vecteur d'une politique industrielle européenne écologique, performante pour la prospérité économique de l'Europe, et durable pour la qualité de vie des générations futures.
Mission accomplie: les ministres de l'Environnement de l'UE, ainsi que leurs homologues invités des Etats de l'AELE (Suisse, Liechtenstein, Norvège, Islande), et des pays candidats (Turquie, Croatie et ex-république yougoslave de Macédoine), ont estimé que la lutte contre le changement climatique, l'épuisement des ressources naturelles conjugué à une demande toujours croissante en énergie, et le déclin de la biodiversité justifiaient la mobilisation de tous les secteurs de l'activité économique pour relever ce défi. Les mesures concrètes qu'ils ont identifiées pour offrir un cadre à l'action constituent l'amorce d'une réponse aux demandes formulées par le Conseil européen des 8 et 9 mars (que l'Europe se transforme en une économie hautement efficace sur le plan énergétique et émettant peu de gaz à effet de serre, que les Etats membres promeuvent les éco-innovations et que la Commission réalise une stratégie intégrée pour la promotion de l'éco-innovation au début de 2008). Ces pistes d'action seront formalisées lors de la prochaine session du Conseil Environnement, les 28 et 29 juin.
A l'issue de la session qu'il a présidée, Sigmar Gabriel, ministre allemand de l'Environnement, de la protection de la Nature et de la Sûreté nucléaire, a résumé l'enjeu de la rencontre en ces termes: « Les technologies écologiques jouent d'ores et déjà un rôle exceptionnel pour la croissance et l'emploi en Europe. Selon les prévisions, le volume du marché mondial de ces technologies va doubler, passant d'environ 1000 milliards d'euros en 2005 à 2 200 milliards en 2020. La politique doit fixer les bonnes orientations pour que l'Europe puisse affirmer son rôle de leader technologique et économique en la matière ». Le temps presse car « le Japon et l'Australie nous rattrapent. Il convient de ne pas perdre cet avantage », a souligné M. Gabriel. Et d'ajouter: « Le concept de politique industrielle écologique est la réponse économique à la question écologique (…) Nous voulons apporter notre concours au développement durable mondial et exploiter ainsi les immenses chances pour l'économie et l'emploi en Europe ». Reprenant les termes de Jeremy Rifkin, économiste et essayiste américain « visionnaire », qui a participé au débat, le Président a ajouté: « Nous sommes au crépuscule de la génération du pétrole et à l'aube d'une nouvelle révolution énergétique ».
Parmi l'éventail des mesures préconisées par les ministres, le Président a cité: - l'amélioration du système européen d'échange des quotas d'émission de gaz à effet de serre pour l'après-2012 - amélioration qui « revêt une importance primordiale » et devra conduire à des méthodes d'attribution des quotas d'émission plus uniformes, à la fin de la gratuité des quotas alloués, et à une fixation des plafonds d'émission plus transparente ;
- une nouvelle génération de réglementation environnementale avec des « standards dynamiques » pour stimuler la commercialisation des innovations dotées d'une grande efficacité énergétique (notamment dans le secteur des appareils ménagers électriques). Cette mesure devra s'inspirer du modèle « Top runner » qui, depuis un certain temps, fait ses preuves au Japon: dans cette démarche, le produit le plus efficace devient le standard auquel tous les autres produits doivent se conformer dans un laps de temps déterminé, ce qui donne lieu à une course à l'efficacité ; - le développement du plan d'action de 2004 pour les écotechnologies (ETAP) en le liant plus étroitement à la législation environnementale (toute nouvelle mesure réglementaire devra s'accompagner d'actions précoces pour promouvoir la recherche et la diffusion des écotechnologies adéquates) ; - des politiques de marchés publics verts aux niveaux régional et local (les autorités publiques ont un pouvoir d'achat équivalent à 16% du PIB, a fait observer Sigmar Gabriel); - la réorientation de la stratégie de Lisbonne vers la promotion des écoinnovations de manière à ce que la stratégie révisée devienne la pierre angulaire de la stratégie intégrée qu'envisage la Commission pour promouvoir les écoinnovations ; - la poursuite de l'harmonisation de la fiscalité de l'énergie dans l'UE par la suppression urgente des subventions nuisibles à l'environnement ;- l'intensification des efforts de recherche sur les technologies énergétiques durables.
Rappelant que la politique énergétique européenne doit assurer la compétitivité, la durabilité, et l'accessibilité, Andris Piebalgs, Commissaire européen à l'Energie, a souligné que la Commission, à elle seule, ne peut réussir ce progrès. « Nous avons besoin du soutien des Etats membres pour la mise en œuvre de l'efficacité énergétique, et poursuivre les travaux de recherche sur l'énergie renouvelable », a-t-il déclaré. Cette réunion a, selon lui, été bénéfique en ce qu'elle a permis de prendre le pouls des Etats membres, et de découvrir le potentiel offert par les technologies environnementales innovantes, présentées à « ECOTEC - le marché du savoir en matière de technologies environnementales », qui s'est tenu sur le site du Zollverein, à l'occasion de la rencontre ministérielle. Parmi les réalisations présentées par une centaine d'entreprises européennes, le Commissaire a jugé « très révélateur, le stand de ThyssenKrup qui a fait la démonstration des progrès dans la construction d'éoliennes, et la capacité de l'industrie à répondre à la demande, quelle que soit cette demande », ainsi que le potentiel de l'énergie photovoltaïque « qui offre beaucoup de possibilités pour le logement ». « Si la politique donne un signal clair, l'industrie peut suivre », a souligné M. Piebalgs.
Mogens Peter Carl, directeur général de l'Environnement à la Commission européenne, représentant le Commissaire à l'Environnement Stavros Dimas (en convalescence), a insisté sur le rôle incombant aux autorités publiques, d'encourager ce processus, et non de se substituer au secteur privé. La proposition de directive sur la table en vue d'améliorer la qualité des carburants et celle sur la réduction des émissions de CO2 des voitures particulières « qui sera présentée en fin d'année ou début 2008 » servent cet objectif.
Climat: Sigmar Gabriel plaide pour la mise aux enchères à 100% des quotas d'émission
Dans la perspective de la réforme de l'ETS et des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus stricts à l'horizon 2020 (-20% au moins par rapport à 1990, voire 30% en cas d'accord avec les autres pays industrialisés dans le cadre d'un accord international), il convient, selon Sigmar Gabriel, d'harmoniser le système pour s'en servir comme d'un instrument de marché, de mettre en place un système de contrôle du marché, de prévoir que la vente aux enchères des quotas d'émission soit beaucoup plus importante. M. Gabriel souhaite que 100% des quotas (au lieu de 10% maximum actuellement) soient mis aux enchères. « Si on veut prendre au sérieux un instrument de marché il faut mettre un terme aux profits indus des entreprises (qui ont revendu des crédits d'émission acquis gratuitement: NDLR) en les investissant dans l'adaptation de l'économie mondiale au changement climatique. Faute de quoi, on laissera aux entreprises ce qui a déjà été payé par les consommateurs », a déclaré le Président, en répondant aux questions de la presse.
Si, les ministres de l'Environnement attendent avec impatience la réforme du système pour en accroître l'efficacité, tous ne vont pas aussi loin que la Présidence allemande. Ainsi, le Royaume-Uni n'est pas du tout favorable à l'harmonisation des systèmes nationaux. D'autres pays, comme l'Espagne, souhaitent que la mise aux enchères des quotas soit progressive et se limite, dans un premier temps, au secteur de l'énergie (un secteur dans lequel les entreprises peuvent répercuter le coût sur les consommateurs). D'autres secteurs risqueraient de perdre en compétitivité au niveau global, redoute la ministre espagnole Cristina Narbona Ruiz.
Oui à l'hydrogène, mais comme une mesure parmi d'autres
Avant que les ministres ne débattent des mesures requises pour une politique industrielle écologique en Europe, ils avaient entendu un exposé de Jeremy Rifkin, sur le rôle de l'UE dans la troisième révolution industrielle - celle de l'économie de l'hydrogène qu'il appelle de ses vœux. L'hydrogène offre, selon lui, un formidable instrument, un « support universel » pour stocker les énergies renouvelables et les distribuer. « Mettre en commun l'énergie, la stocker sous forme d'hydrogène, la mettre en réseau, ce sera ça la troisième révolution industrielle. Les pays en développement qui n'ont pas d'énergie seront les grands bénéficiaires de la technologie de réseau pour l'énergie », avait déclaré M. Rifkin, appelant l'UE à exporter les technologies « pour qu'il y ait des turbines à vent et des cellules à énergie partout dans le monde ». « En Europe, vous êtes le laboratoire, la référence. Gardez la barre haute pour nous aider à entrer dans une nouvelle ère économique durable et prospère en surmontant la crise de la biosphère ». Son plaidoyer enthousiaste a été bien accueilli mais avec des réserves.
Francisco Nunes Correia, ministre portugais (au nom de la future Présidence), a souligné l'importance d'une diversité d'approches et estimé que l'UE avait « choisi la mauvaise approche en gelant les technologies par la réglementation ». Selon lui, les technologies innovantes ont besoin de marchés. D'où la nécessité de créer l'effet d'entraînement (pool effect) par des politiques de marchés publics verts. « Gérer la qualité de la vie, c'est gérer les ressources, la sécurité de l'énergie, la sécurité de la vie », a estimé le ministre autrichien Josef Pröll, ravi que les politiques de l'environnement deviennent de plus en plus des politiques qui orientent l'économie. « L'économie de l'hydrogène est un point de départ. Mais il y a toutes sortes d'autres idées. Il faut se lancer », a-t-il ajouté. Gabor Fodor, nouveau ministre de la Hongrie, s'est demandé pourquoi les entreprises ne s'engageaient pas plus rapidement dans la voie tracée par M. Rifkin, si les vertus de l'hydrogène sont tellement évidentes. Et d'inviter le visionnaire américain à venir faire sa démonstration devant les ministres de l'Economie et de l'Agriculture de l'UE. Cristina Narbona a félicité la Présidence allemande pour l'identification des faiblesses européennes comme l'insuffisance des instruments d'action et des financements. « J'aimerais ajouter le manque de plates-formes technologiques entre initiatives publiques et privées, l'indigence des moyens alloués à la recherche sur l'hydrogène comme source de production d'énergies renouvelables et l'absence d'harmonisation des instruments fiscaux des Etats membres ». Estimant que le défi de la perte de biodiversité doit être plus sérieusement traité, la ministre espagnole a par ailleurs plaidé pour une étude indépendante sur la dimension économique de cette perte pour le secteur agricole et agro-alimentaire. Pour Jacqueline Cramer, ministre des Pays-Bas, « l'économie de l'hydrogène s'intègre dans une perspective de durabilité mais c'est une technologie parmi d'autres. Pour réussir le changement, c'est un ensemble d'autres technologies qu'il faut développer ». Un avis que partage la Commission. « Il ne faut pas mettre tous nos œufs dans le même panier », a averti Mogens Peter Carl, en rappelant l'erreur commise dans les années 60 quand on voyait dans le nucléaire la solution miracle. (an)