Tunis, 19/03/2007 (Agence Europe) - L'Assemblée parlementaire EuroMed (APEM), réunie à Tunis le 18 mars, a consacré sa 3ème session au dialogue des cultures et au besoin d'instaurer une réelle compréhension entre les peuples d'Europe et du pourtour méditerranéen. Elle s'est aussi attachée à rehausser son propre rôle parallèlement à la coopération structurée menée par les gouvernements de l'UE et des pays partenaires. Il a été souligné dans presque toutes les interventions que l'APEM constitue à ce jour l'unique cadre de rencontre entre tous les pays riverains, surtout ceux en conflit. Quatre députés de la Knesset étaient d'ailleurs présents à Tunis. Palestiniens et Israéliens se côtoient au sein de l'APEM depuis sa création, donnant un sens à la « diplomatie parlementaire » que la nouvelle présidente de l'Assemblée Euromed, Anna Benaki Psarouda, veut placer parmi les priorités de son année de présidence qui a débuté au terme de la session.
Le débat sur le dialogue interculturel, placé également au centre du débat à l'initiative du président du PE Hans-Gert Pöttering, se résume au sentiment général exprimé par le secrétaire général de la Ligue arabe, selon lequel sans un tel dialogue, « nous serions tous perdants ». La session a aussi été marquée par un débat sur la situation au Moyen-Orient, le jour même où le nouveau gouvernement palestinien d'union nationale se soumettait au vote de confiance du Conseil législatif (voir autre nouvelle). La conviction quasi unanime est que l'UE et la communauté internationale doivent aider à la stabilisation politique en Palestine. Une très grande majorité des députés présents s'est prononcée pour la levée du boycott imposé à l'autorité palestinienne par refus de Hamas. La délégation israélienne a toutefois mis en garde contre toute ouverture qu'elle jugerait prématurée. Cette même délégation a aussi émis des réserves quant à sa participation à la session spéciale proposée par l'Egypte (en juin au Caire vraisemblablement) pour débattre de la situation générale dans cette zone. Un appui de principe favorable lui a été donné par les autres délégations.
L'APEM a également adopté par consensus une série de recommandations comportant diverses suggestions dans les domaines politique, économique et financier (création d'une banque régionale notamment), social, culturel, de lutte contre le terrorisme et pour la promotion des droits des femmes. Plus que le contenu de ces textes non contraignants, la préoccupation centrale a été de faire évoluer le mode de fonctionnement de cette assemblée, laquelle peine à achever sa « crise de croissance ». Ce qui a été le plus mis en cause, plus dans les couloirs que dans les discours formels, est l'absence de règles et de procédures claires et précises. Le besoin d'une « culture parlementaire » commune aurait pu, selon un avis ambiant, épargner les nombreux « incidents de séance » constatés et pallier ce que Jamila Madeira (PSE, Portugal), représentant le Parlement européen à la commission économique, appelle le « manque de charisme » et d'ordre dans le déroulement des débats au sein des commissions parlementaires. Le président Pöttering a lui aussi souligné, au terme de son discours inaugural de la session, qu'une des tâches principales qui incombent à la nouvelle présidente de l'APEM, Anna Benaki Psarouda, présidente du parlement hellénique, sera de travailler à la mise en ordre de l'institution conjointe. Le mandat du groupe de travail sur le règlement et les financements de l'Assemblée EuroMed a été prorogé d'un an pour y travailler.
Les absences de la Commissaire européenne (un discours a été lu à la tribune par un membre du cabinet de Benita Ferrero-Waldner) et de Javier Solana, pourtant invités, ont été ouvertement critiquées par le président sortant de l'APEM, le Tunisien Fouad Mebazaa. M.Solana en particulier a été mis en cause parce qu'il se serait désisté à la dernière minute et aussi parce qu'il ne s'est pas présenté une seule fois devant l'Assemblée parlementaire.
A l'ouverture des travaux, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Abdelwahab Abdallah, a affirmé l'engagement de son pays dans le processus de Barcelone et le désir de nouer des relations étroites et confiantes entre les deux rives de la Méditerranée. La réduction des disparités de développement est une «condition essentielle pour consolider la prospérité et la stabilité de la région », a-t-il affirmé, ajoutant que « la montée des phénomènes de l'extrémisme, de la violence et de la xénophobie » ainsi que « la montée des tensions et de conflits nécessitent de la part des gouvernements, des parlements et des peuples d'œuvrer davantage à renforcer le dialogue ». Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, a lui aussi plaidé pour une « vision nouvelle » face à l'intensification des « bruits de guerre ». M. Moussa a formellement demandé la levée des restrictions européennes à l'encontre de l'Autorité palestinienne et lancé un appel en faveur d'une Méditerranée exempte d'armes nucléaires. Il a prôné pour le Liban une sortie de crise « sans vainqueurs ni vaincus ». M. Moussa a rappelé l'engagement arabe à entreprendre des réformes, soutenu l'initiative hispano-turque sur le dialogue des civilisations et salué celle émise par Malte de réunir un Sommet euro-arabe.
Au nom de la Présidence allemande de l'UE, Günter Gloser, ministre délégué aux Affaires européennes, a rappelé le « programme ambitieux » mis au point par l'Allemagne dans le cadre du processus de Barcelone, axé sur le rôle des médias et des sociétés civiles. Il a aussi plaidé pour un dialogue social concret et pour une coopération renforcée dans les divers domaines d'intérêt commun (migrations, universités, jeunesse, éducation, et sur l'énergie). Il a salué l'avènement de la coopération inter-parlementaire, parallèlement au dialogue entre les gouvernements de l'espace euroméditerranéen. Le secrétaire général de l'UMA a pour sa part affirmé la prise de conscience des pays du Maghreb de la nécessité de « compter, en premier lieu, sur leurs propres moyens ». Habib Ben Yahia a souhaité l'inclusion de la Mauritanie, membre de l'UMA, dans le processus de Barcelone.
Dans son discours, Hans-Gert Pöttering a rappelé les positions européennes, et celles du Parlement européen en particulier, sur les divers sujets de préoccupation dans la région, relevant le signe encourageant que constitue la participation active des Israéliens et des Arabes à l'APEM. Celle-ci étant appelée à « jouer un rôle décisif dans le processus de Barcelone ». Le président du PE s'est « réjoui » de l'idée d'une session spéciale consacrée au conflit israélo-arabe mais, a-t-il prévenu, « personne dans ce débat ne doit se sentir isolé ». La question a suscité un débat heurté au sein d'une réunion du groupe ad hoc au point que la session s'est tenue, fait inédit, à huis clos.
Sitôt après la séance d'ouverture, l'assemblée s'était livrée au débat sur le thème central - le dialogue interculturel - avec la conviction générale qu'il ne saurait être limité à un dialogue sur les religions. Le reste de la journée a été consacré à l'examen des différentes recommandations proposées par les trois commissions parlementaires (politique et de sécurité, économique et culturelle, sociale et sur les matières humaines) et des commissions ad hoc ou des groupes de travail (EUROPE reviendra sur ces débats). Mme Benaki Psarouda a clos la session en présentant son programme de présidence et surtout en affirmant sa volonté de faire que l'APEM « prenne du poids et de la consistance en ayant une influence positive sur les assemblées nationales qui sont le reflet des peuples ». Son credo sera de rehausser « l'apport parlementaire » au processus de Barcelone.
En marge de la session, de nombreux contacts ont été noués bilatéralement. Le président Pöttering a eu des entretiens avec les autorités locales et participé à un colloque sur l'Euroméditerranée organisé par la fondation Konrad Adenauer. Tana De Zulueta (sénatrice verte italienne) et présidente de la commission culturelle de l'APEM, Hélène Flautre (groupe des verts européens) et Beatrice Patrie (PSE) ont pour leur part participé jeudi soir à une conférence organisée par la LTDH (Ligue locale des droits de l'homme) dont les difficultés de fonctionner sont pointées du doigt par le PE. De son côté, le groupe PPE-DE a eu des entretiens avec le RCD, le parti au pouvoir en Tunisie. (fb)