Strasbourg, 19/03/2007 (Agence Europe) - Lors du débat sur les perspectives de la construction aéronautique européenne dans le contexte du plan de restructuration d'Airbus « Power 8 », qui s'est tenu le 14 mars à Strasbourg à la demande du Président du Groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, les parlementaires européens ont dénoncé une mauvaise gestion aux lourdes conséquences sociales et plaidé pour une alternative au plan de restructuration d'Airbus, éventuellement par un financement public (voir EUROPE n°9361,9377 et 9382).
Constatant les difficultés d'Airbus, constructeur « numéro 1 sur le marché mondial en 2006 », qui souffre des retards de livraison de l'A380 et de la faiblesse du dollar, le secrétaire d'Etat allemand chargé de l'aérospatiale Peter Hintz a déclaré que le fait que l'avionneur soit en plein processus de restructuration et de recherche de partenaires est du ressort de l'entreprise, non des politiques. Le vice-président de la Commission européenne Günter Verheugen s'est quant à lui montré critique envers les politiques « qui ne peuvent pas et ne doivent pas s'immiscer dans les décisions économiques des entreprises » (voir aussi EUROPE n° 9387). Il a souligné le « devoir moral qu'il y a à aider les travailleurs licenciés », notamment en termes d'aides à la reconversion. Le vice-président a enfin appelé « les acteurs européens du secteur à prendre garde à ne pas subir les mêmes dommages en termes d'images que ceux que l'industrie automobile européenne a pu subir ces dernières semaines, du fait de leur manque de réactivité aux exigences de notre époque en termes d'environnement ».
Christine Veyrac (PPE-DE, France) a demandé à la Commission européenne d'examiner les différentes possibilités de recours au Fonds européen d'ajustement à la mondialisation et au Fonds social européen au profit des salariés touchés par les restructurations. Elle a également réclamé « un nouveau pacte d'actionnaires qui fera une plus grande place à l'actionnariat industriel. Ceci signifie », a expliqué la députée européenne, « que les actionnaires doivent indiquer leurs intentions: veulent-ils poursuivre la participation ou faut-il trouver de nouveaux partenaires financiers et industriels ? ». L'idée d'une participation des régions françaises pour sauver Airbus semble relever, pour Mme Veyrac, de « l'irréalitude totale, cette prise de participation ne pouvant s'élever à plus de 0,6% du capital ». Matthias Groote (PSE, Allemagne) a appelé Peter Hintz « à s'investir pour le maintien des sites et pour que Power 8 ne soit pas appliqué tel quel », en considérant que ce n'est pas aux employés de payer le prix des erreurs de gestion. Gérard Onesta (Verts/ALE, France) a estimé que, pour sortir de la crise, il faut « remettre l'avion à sa juste place, en-dessous des lois » mais également « procéder à une recapitalisation publique ». M. Onesta a également plaidé pour « une restructuration du mode de fonctionnement intergouvernemental » et « pour une rationalisation du mode industriel ». « Pour que l' industrie aéronautique ait un avenir, il faut créer d'urgence un Fonds européen pour la recherche, l'emploi et la formation », a estimé Jacky Henin (GUE/NGL, France), en ajoutant que « dans 10 ans, 30% des effectifs d'EADS (le groupe européen de défense et d'aéronautique et maison-mère d'Airbus, NDLR) vont partir à la retraite, et il faut, pour sauver leur savoir-faire, un plan d'embauche et de formation massif », a-t-il conclu. Et sa collègue allemande Gabi Zimmer (GUE/NGL) de demander « combien de temps encore la Commission et le Conseil toléreront que des directeurs d'entreprises compensent leurs propres échecs par le licenciement des travailleurs ? ». « Airbus est un projet européen qui exige des solutions européennes », a affirmé le chef de file des socialistes européens au PE, l'Allemand Martin Schulz . « Ce devait être notre fierté d'être européen. Or, Airbus représente l'un des échecs les plus cuisants de la stratégie de Lisbonne censée faire de l'économie européenne un pôle d'excellence ». Et pour le socialiste français Kader Arif, « comme dans le cas de Volkswagen à Forest (Belgique), l'affaire Airbus montre les carences du dialogue social en Europe ». Et de manière plus générale, « Airbus soulève le problème de l'absence de politique industrielle en Europe », a ajouté M. Arif en annonçant que les députés socialistes vont inviter les représentants des syndicats d'EADS et ceux de la Confédération européenne des syndicats (CES) les 28 et 29 mars à Bruxelles en marge de la session plénière du PE pour en débattre.
Par ailleurs, le porte-parole de la Commission européenne, Johannes Laitenberger, a rappelé lors du point presse du 14 mars, qu'« Airbus ne peut pas profiter du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation. Ce Fonds est un instrument de dernier recours et qui a vocation d'intervenir sur demande d'un Etat membre, quand les autres voies pour venir en aide aux travailleurs sont épuisées ». (gb)