Bruxelles, 06/03/2007 (Agence Europe) - Rarement un Conseil européen aura été focalisé sur un nombre aussi réduit de sujets - mais très importants - que le Sommet de printemps que les chefs d'Etat et de gouvernement tiendront ces jeudi et vendredi (8/9 mars) à Bruxelles sous la présidence d'Angela Merkel. Les conclusions que les dirigeants adopteront vendredi ne compteront que trois grands chapitres: la politique intégrée de l'UE en matière d'énergie et de climat, l'amélioration de la réglementation (« better regulation ») et la stratégie pour la croissance et l'emploi. Même si les ministres des Affaires étrangères discuteront jeudi soir de certaines questions internationales (Irak, Liban, Somalie), aucune mention n'en sera faite dans les conclusions du Conseil européen, ont expliqué mardi des sources de la Présidence allemande de l'UE.
« Nous voulons nous concentrer sur des sujets qui sont véritablement importants pour les citoyens européens et ne pas publier de longues conclusions dont tout le monde sait qu'elles contiennent une multitude de sujets qui n'ont même pas été évoqués par les chefs d'Etat et de gouvernement lors de leur réunion », expliquent ces mêmes sources. « L'énergie, la lutte contre le changement climatique et la création d'emplois (stratégie de Lisbonne) sont des thèmes qui touchent directement les citoyens. En engrangeant des résultats concrets sur ces sujets, nous espérons pouvoir dégager une ambiance et une dynamique positive qui permettra à la Présidence de faire des progrès dans la préparation de la Déclaration de Berlin (qui sera approuvée le 25 mars) et dans le débat sur la Constitution européenne », affirment-elles encore. Le Président de la Commission, José Manuel Barroso, a lui aussi souligné l'importance de ce Sommet pour la réalisation de l' « Europe des résultats », si chère à sa Commission. « C'est un Conseil européen décisif pour les générations futures, car il s'agit d'équiper l'Europe pour la mondialisation. Les décisions de ce Conseil européen auront un impact au-delà des frontières de l'Europe et au-delà de cette génération », a-t-il dit mardi devant la presse. « Ce Sommet est plus important que beaucoup d'autres dans le passé. Il ne parlera pas de 'cuisine interne', mais d'énergie et de changement climatique. Washington, Moscou et Pékin nous regarderont pour voir si nous sommes crédibles » dans ces domaines, a estimé M. Barroso.
Le Conseil européen, qui sera précédé jeudi matin par le Sommet social tripartite (au cours duquel il sera notamment question de l'énergie, du climat, de l'innovation et de la flexicurité), commencera jeudi en fin d'après-midi par la traditionnelle réunion des dirigeants avec le Président du Parlement européen (il s'agira de la première participation de Hans-Gert Pöttering dans sa nouvelle fonction).
Energie/changement climatique. La première session de travail, jeudi soir, sera ensuite consacrée à l'énergie et au changement climatique. Les objectifs de l'UE pour la réduction des émissions de CO2 (20% unilatéralement d'ici 2020 et 30% si d'autres pays développés s'y joignent) « ne sont pas contestés », expliquent des sources de la Présidence qui reconnaissent que la répartition exacte du fardeau entre les Etats membres (« burden sharing ») - dont il ne sera pas encore question à ce Conseil européen - risque de prendre du temps, « plutôt deux ans que deux mois ». En revanche, comme l'ont aussi confirmé lundi les discussions au Conseil Affaires générales (EUROPE n° 9379), la question du caractère contraignant ou non de l'objectif des 20% pour les énergies renouvelables reste en suspens et devra être tranchée par les dirigeants européens eux-mêmes. La Présidence allemande a tempéré mardi les espoirs de parvenir à un accord sur cette question. « Nous sommes en face de deux grands camps (d'Etats membres) qui s'opposent sur le caractère contraignant de l'objectif des 20%. Il ne faut pas avoir trop d'espoir de parvenir à un accord », ont expliqué les sources. Ce qui compte pour la Présidence, c'est qu'il y ait « pour la première fois un concept intégré » en matière d'énergie et de lutte contre le changement climatique qui fixe non seulement des objectifs mais qui décrive aussi les moyens d'y arriver. « Même si l'objectif n'était pas contraignant, il créerait tout de même une dynamique ». Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a réitéré mardi son appel en faveur d'un objectif contraignant pour les énergies renouvelables. « C'est très important d'avoir des objectifs contraignants, c'est une question de crédibilité. D'ailleurs, c'est le monde des affaires lui-même qui demande des objectifs contraignants, peu importe qu'il s'agisse de 18, 20 ou 22%, afin d'avoir une sécurité de planification », a-t-il dit à la presse. Quant à la séparation des activités de production de la distribution (« unbundling »), « nous ne nous attendons pas à ce qu'il y ait des changements majeurs par rapport au projet de conclusions », lesquelles reportent à plus tard une décision sur la nécessité d'aller plus loin vers une séparation patrimoniale, telle que proposée par la Commission, explique la Présidence.
Déclaration de Berlin (50ème anniversaire du Traité de Rome). Jeudi soir, au dîner, la chancelière Angela Merkel présentera à ses collègues les premiers résultats des consultations que la Présidence allemande a menées ces dernières semaines, notamment dans le groupe des « sherpas », sur la préparation de la Déclaration de Berlin. « Nous sommes très contents du déroulement des consultations et des échos en provenance des différentes capitales, à la fois en ce qui concerne nos idées et la méthode de travail choisie », affirme la Présidence qui reconnaît l'existence de « sensibilités différentes » parmi les Vingt-sept mais qui refuse de parler de « divergences ». Ainsi, Berlin n'est pas au courant d'une opposition britannique contre la mention de l'euro comme l'une des principales réussites de l'intégration européenne. Pour l'instant, il n'existe encore aucun projet de texte, assure la Présidence allemande, et il ne sera pas question jeudi soir d'entrer dans un exercice de rédaction, mais la chancelière souhaite néanmoins entendre les avis de ses collègues et obtenir un « mandat » pour la rédaction d'un texte final. « La mise sur papier du texte sera de la responsabilité de la Présidence », expliquent les sources. La Présidence veut un texte simple, clair et compréhensible pour tous les citoyens européens: « La déclaration ne sera pas écrite par des fonctionnaires européens ». Il sera sans doute aussi « difficile » d'y parler d'une future « Constitution », estime la Présidence qui souhaite à tout prix éviter « une bataille des mots ». Pour José Manuel Barroso, il est « évident » que la déclaration devra aussi parler de l'euro, tout comme de l'élargissement. « Je pense qu'il y aura des références (sur ces deux sujets) dans le texte. Je n'ai entendu personne s'y opposer jusqu'ici », a-t-il dit mardi.
Marché transatlantique. Jeudi soir, les chefs d'Etat et de gouvernement parleront aussi brièvement de l'initiative d'Angela Merkel de créer, d'ici 2015, un « marché unique transatlantique » (Transatlantic Single Market) sans obstacles non tarifaires (voir EUROPE n° 9353 et 9360). Le sujet a déjà été brièvement évoqué au Coreper. « Maintenant, nous souhaitons entendre l'avis des dirigeants sur l'orientation générale du projet », notamment en vue de préparer les décisions qui devraient être prises sur ce sujet lors du Sommet UE/Etats-Unis le 30 avril prochain à Washington, expliquent des sources de la Présidence.
Stratégie de Lisbonne/Mieux légiférer. Vendredi matin, les dirigeants discuteront de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne révisée pour la croissance et l'emploi et de l'initiative « Mieux légiférer » (voir EUROPE n° 9379 pour les résultats des discussions du Conseil Affaires générales de lundi sur ces points), avant d'adopter les conclusions du Conseil européen. (hb)