Bruxelles, 06/03/2007 (Agence Europe) - Alors que les rencontres bilatérales entre négociateurs du G-4 (Union européenne, Etats-Unis, Brésil et Inde) et le directeur général de l'OMC Pascal Lamy se poursuivaient mardi à Genève après plusieurs jours de réunion (à Londres en fin de semaine dernière puis au siège de l'OMC en Suisse), la ministre française du Commerce Christine Lagarde a une nouvelle fois appelé à des concessions « de l'autre côté de la table », id est des Etats-Unis et des pays émergents du G-20. « On a vraiment un sentiment que ce sont les Européens qui sont à la manoeuvre tout le temps », a-t-elle regretté depuis Sydney où elle rencontrait son homologue australien Warren Truss. Mme Lagarde a notamment mis l'accent sur les efforts consentis par l'Europe avec la réforme de la PAC en 2003 et le projet de réforme des soutiens à l'exportation en 2005. La ministre française a par ailleurs rappelé qu'elle était favorable à un délai de bouclage des négociations porté à 2009 pour permettre une révision de l'ensemble des paramètres qui ont présidé aux négociations depuis 2004: l'environnement, le rôle des pays émergents et la finalité des grandes productions agricoles. « Mon sentiment, c'est que sauf à aboutir à une solution qui convienne dans des délais très rapides, ce serait probablement utile de faire une pause pour réexaminer le périmètre de la négociation et y intégrer peut-être tout ou partie des éléments qui ont été abandonnés en 2004 », a-t-elle expliqué, avant d'ajouter: « pourquoi ne pas essayer d'avoir un bon accord plus large dans son champ d'application, quitte à ce que ce soit en 2009, plutôt que de faire un accord à toute force sur des paramètres qui sont un peu dépassés ».
Par ailleurs, comme nous l'avons indiqué hier (EUROPE n° 9379), les tractations entre les négociateurs du G-4 qui travaillent à la recherche d'un compromis sur les modalités en agriculture et sur les produits manufacturés, suscitent des tensions au sein de l'Union en réveillant les craintes des Etats membres « agricoles ». En se disant « profondément choqué par certaines des attitudes » prises dans la négociation par le principal négociateur européen, Peter Mandelson, le président français Jacques Chirac a ouvertement critiqué samedi dernier la tactique de négociation du Commissaire au Commerce à qui il reproche d'être prêt à sacrifier la PAC afin d'obtenir à tout prix un accord. Lundi, son ministre de l'Agriculture Dominique Bussereau a pris le relais et a appelé le Commissaire européen à « rester très ferme ». Et le Premier ministre français Dominique de Villepin de renchérir: « Notre agriculture n'a pas vocation à être la variable d'ajustement des négociations » de Doha. Rencontrant samedi dernier le président français, la ministre irlandaise de l'Agriculture avait fait preuve d'autant de fermeté. « Il n'y aucune preuve qu'il y ait eu la moindre concession de la part de nos partenaires pour justifier une concession de l'Union dans l'agriculture. L'Union ne doit pas faire de nouvelles concessions au-delà de son offre d'octobre 2005 et ne devrait même pas entretenir des discussions qui indiqueraient qu'elle soit même prête à envisager de telles concessions », avait insisté Mary Coughlan.(eh)