Bruxelles, 05/12/2006 (Agence Europe) - La capacité d'absorption est un terme à bannir des textes. Telle est la conclusion d'une étude du Centre for European Policy Studies (CEPS), qui s'applique à démonter ce concept pour évaluer la pertinence des éléments qui le composent. Présentée mardi, cette étude présente la notion sous l'angle de ses composantes. Il en distingue six, aucune n'offrant de réponse figée à un débat dont l'horizon pertinent est de plusieurs années. Hormis celui concernant la Croatie, l'échéance plausible d'un élargissement d'ampleur se situe en effet plutôt autour de 2015, voire de 2020 si l'on tient compte des possibles arrangements transitoires en matière de libre circulation des travailleurs, d'accès à la zone Schengen ou à l'euro, note les auteurs de l'étude, jugeant que d'ici là les opinions auront évoluées, en fonction des réalités d'alors. Comme l'estime la Commission, la proposition d'établir des frontières définitives n'est en revanche pas pertinente d'un point de vue stratégique, souligne aussi le CEPS.
Selon son analyse, la capacité d'absorption doit être décomposée en six éléments objectifs: Le marché intérieur de l'UE et la zone euro. L'impact économique d'un élargissement est positif et ne doit pas être confondu avec le débat plus délicat sur les effets de la mondialisation, explique le CEPS. Le marché du travail. La réalité de l'évolution démographique en Europe appellera peut être à terme de reconnaître la nécessité d'une immigration pour faire face aux carences du marché du travail. Le budget communautaire. Cette question semble plutôt gérable et tient surtout à la vitesse du rattrapage économique des nouveaux membres. S'ils sont en mesure de se rapprocher rapidement du niveau de vie communautaire, ils ne seront plus éligibles à certains financements (fonds structurels ou de cohésion notamment) et pèseront moins sur les dépenses communautaires. L'architecture institutionnelle de l'UE. La question reste entière mais une réponse ne doit pas attendre un prochain élargissement significatif. Une demande récurrente des chefs d'Etat et de gouvernement en faveur d'une analyse de la capacité future d'absorption de l'UE n'apporte pas beaucoup d'éléments nouveaux, dans la mesure où il leur incombe à eux de trancher en faveur d'ajustements permettant d'améliorer cette capacité, souligne l'étude. La possibilité pour la société d'absorber l'immigration. Le climat de tensions et de peurs liées au terrorisme ou l'islamisme radical ne favorise pas une approche objective du phénomène migratoire, souligne le CEPS, qui estime en particulier que l'opinion publique a tendance à faire l'amalgame avec la Turquie. Une meilleure information s'impose, plaide le rapport. Enfin, la possibilité pour l'UE d'assurer sa sécurité stratégique. Ce point rejoint la question de la définition des frontières de l'UE, présentant un certain nombre de risques pour la stabilité dans les Balkans ou la démocratie en Ukraine notamment.
Si la notion d'absorption a été abandonnée par la Commission au profit de celle d'intégration (EUROPE n° 9302), l'analyse fournie dans son rapport spécial sur la future stratégie d'élargissement de l'UE n'a pas convaincu le Parlement européen. Dans une résolution adoptée par la commission des affaires étrangères, les députés ont regretté le manque d'analyse approfondie, en particulier sur les volets institutionnels et financiers (EUROPE n° 9313). C'est un concept fonctionnel et certainement pas géographique, a répété mardi, Timo Summa, directeur au sein de la DG élargissement de la Commission. Si nous ne subissons pas une pression excessive pour réaliser l'ajustement institutionnel, nous ne disposons pas d'un délai illimité, a-t-il estimé, en espérant que les discussions du Conseil européen de la semaine prochaine permettront un nouveau consensus sur l'élargissement. L'analyse du CEPS est disponible sur le site Internet suivant: http: //shop.ceps.be/BookDetail.php?item_id=1381. (ab)