login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9313
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Orientations raisonnables pour les relations de l'UE avec l'Amérique latine

Le discours prononcé jeudi dernier par Benita Ferrero-Waldner sur les relations entre l'UE et l'Amérique latine a très opportunément clarifié les orientations de la Commission à l'égard de ce continent, si important pour l'Europe sur le plan à la fois politique, économique, culturel et historique. La commissaire européenne aux Relations extérieures a défini des objectifs réalistes, laissant enfin de côté le projet d'une colossale zone de libre-échange avec le Mercosur, qui, pendant tellement d'années, a représenté une sorte de fétiche, intouchable et en même temps irréalisable, responsable de tellement de malentendus et d'accrochages.

Le Parlement européen est resté seul. J'avais souligné la semaine dernière dans cette rubrique (bulletin n. 9308) que le Mercosur ne figure pas parmi les pays ou groupes de pays avec qui le Conseil envisage que soit négocié un Accord de libre-échange (ALE) de nouvelle génération. Après le demi-échec du Sommet UE/Amérique latine de mai (commenté dans le bulletin n° 9196), la nécessité de redéfinir des objectifs raisonnables était évidente. Il n'y a que le Parlement européen pour se laisser éblouir par le gigantisme d'une zone de libre-échange réunissant tous ensemble, l'UE, le Brésil, l'Argentine et les autres anciens et nouveaux membres du Mercosur. «La plus grande ZLE du monde !», s'extasie le rapporteur Daniel Varela Suanzes-Carpegna, avec à sa suite une masse de parlementaires prêts à céder à la rhétorique (avec l'exception du Groupe des Verts qui a souligné les exigences de la biodiversité et de la «soutenabilité» du projet, à la place de la « course effrénée vers l'ouverture des marchés au service des entreprises multinationales»).

Pour rendre apparemment acceptable un tel projet, le Parlement a inséré dans sa longue résolution un nombre incroyable de conditions, dont l'engagement du Mercosur à promouvoir des règles communes en matière commerciale, sociale et environnementale et à inclure parmi les secteurs à libéraliser les investissements, les marchés publics, les règles de concurrence, etc., plus « un mécanisme contraignant pour le règlement des différends». L'accord envisagé irait «bien au-delà des obligations respectives au sein de l'OMC» et serait subordonné à des accords spécifiques sur les vins et liqueurs, la protection des indications géographiques et l'application de normes sanitaires, phytosanitaires et de bien-être des animaux, sans oublier un « cadre réglementaire clair et stable» pour le transport maritime et aérien. Rien n'est oublié. Et tout ceci serait complété par l'établissement d'un «calendrier définitif» pour la conclusion rapide des négociations !

Catalogue irréaliste. Est-il besoin de souligner le caractère totalement irréaliste de ce catalogue ? Le Mercosur ne possède pas les structures politiques et administratives en mesure de négocier un accord du genre soigneusement décrit par le Parlement européen, et encore moins pour le gérer. Le fonctionnement du Mercosur était déjà instable et épisodique lorsque ses Etats membres étaient quatre, il est devenu aventureux et imprévisible avec les nouvelles adhésions décidées ou envisagées. Les quatre pays fondateurs (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) avaient fondé leur entreprise sur deux grands principes: la «clause démocratique» et l'économie de marché. Le Venezuela d'Hugo Chavez, comme par ailleurs la Bolivie d'Hugo Morales suivent d'autres voies qui sont peut-être appropriées pour leurs pays mais ne sont pas compatibles avec un accord couvrant tous les domaines cités par le PE. Les négociations avaient déjà échoué en 2004, avant la transformation du Mercosur ; on ne voit pas maintenant sur quelles bases elles seraient reprises. Il faut espérer que la nouvelle Assemblée parlementaire transatlantique UE/Amérique latine fonde ses travaux sur les réalités et non sur la démagogie et que le co-président européen Ignacio Salafranca les oriente pour faire de cette Assemblée le «bras politique» des relations entre les deux continents.

Ouvertures. Le discours de Mme Ferrero-Waldner indique des idées et des orientations couvrant les relations de l'UE avec l'ensemble des pays latino-américains, avec beaucoup d'ouvertures mais en soulignant que l'Etat de droit, la démocratie (qui ne signifie pas seulement l'organisation périodique d'élections) et la sécurité juridique demeurent indispensables si l'on veut attirer les investissements et concrétiser la coopération. À son avis, les décisions récentes de certains pays-latino-américains ne sont pas encourageantes à ce propos.

Par ailleurs, des études approfondies indiquent les domaines de coopération qui peuvent être développés, en mettant l'accent sur les investissements dans les infrastructures et sur le domaine des biocarburants. Il y a beaucoup à faire, y compris dans le domaine du commerce, si on se libère des mythes.

Le colosse brésilien mérite quelques considérations spécifiques. Ce sera pour demain.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES