Bruxelles, 03/10/2006 (Agence Europe) - La commission du Commerce international du Parlement européen a procédé mardi à un examen d'étape du rapport sur la « construction de la zone de libre-échange euroméditerranéenne ». Le rapporteur Kader Arif (PSE, France) a expliqué à ses homologues membres de la commission qu'on ne peut traiter de ce dossier sur l'avenir de la zone Euromed comme d'un autre, en raison de sa connotation politique (Moyen-Orient, Liban) et sans tenir compte du « contexte institutionnel brouillé ».
M. Arif faisait ainsi référence à « l'échec du Sommet de Barcelone » de novembre dernier, qui a été « dominé par le thème de la sécurité ». Il a aussi englobé dans ce « contexte brouillé » les conditions dans lesquelles est mise en œuvre la PEV (politique européenne de voisinage) à laquelle d'ailleurs n'adhèrent pas tous les pays de la région (Algérie) et qui, selon le rapporteur, suscitent plus ou moins de « craintes » dans d'autres. Le contexte est aussi celui d'une nette « asymétrie des échanges », un déséquilibre qui affecterait aussi bien le commerce Nord-Sud en Méditerranée que Sud-Sud, entre pays partenaires dont les échanges demeurent trop faibles. Il faudrait certes ne négliger aucun des volets du processus de Barcelone mais, a ajouté M. Arif, on ne peut pas agir sans les faire avancer ensemble et à des rythmes parallèles. Il a souligné aussi la faiblesse des investissements et l'impact, en particulier sur le textile, de la montée en puissance du commerce asiatique, surtout chinois. Il a également souligné le frein que représente la difficulté d'assurer la libre circulation des travailleurs et même temps d'épargner aux pays du nord de la Méditerranée les « images violentes » des boat-peoples de migrants illégaux. Il estime enfin que l'objectif 2010 pour la mise en place d'une zone de libre-échange multilatérale n'est plus « réaliste » et a cité à l'appui une étude commandée par la Commission à une équipe de l'université de Manchester qui conclut à la difficulté de respecter cette échéance. Cette zone de libre-échange ne pourra être que « progressive, graduelle et concertée », a conclu M. Arif.
Commentant l'approche adoptée par le rapporteur, Tokia Saïfi (PPE-DE) note, elle aussi, le « contexte difficile » mais demeure « optimiste » et souligne la sensibilité du secteur textile pour lequel elle souhaite une attention plus grande. On doit, des deux côtés, redoubler d'efforts d'ici 2010 pour préserver ce secteur, a-t-elle dit. D'autres eurodéputés ont également souligné le risque d'une « ouverture trop rapide » des marchés, notamment dans des secteurs sensibles comme l'eau, l'énergie et ont recommandé pour la plupart de ne pas trop insister sur l'échéance de 2010 mais de s'en tenir à une démarche « pragmatique ».
En réponse, Michele Villani, au nom de la DG commerce de la Commission européenne, a rappelé que 2010 n'est qu'un objectif, d'autant que si on examine le degré d'avancement, des pas ont été franchis. Il renvoie aux calendriers de démantèlement en cours d'exécution avec presque tous les pays de la zone (sauf avec la Syrie) qui suivent un rythme « réaliste ». La logique serait celle du « pragmatisme et non du volontarisme » et, d'ici 2010, il faudra surtout faire preuve, dit-il, d'un « maximum de flexibilité » car les « contraintes sont multiples, surtout au plan technique ». En conclusion, le rapporteur a insisté sur le besoin dans cette phase de veiller à « appliquer un traitement différencié » pour tenir compte de la diversité des situations et faciliter la recherche de solutions praticables. (fb)