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Bulletin Quotidien Europe N° 9192
Sommaire Publication complète Par article 42 / 43
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE /

*** LAURENCE BADEL, STANISLAS JEANNESSON, N. PIERS LUDLOW (sous la dir. de): Les administrations nationales et la construction européenne. Une approche historique (1919-1975). Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Euroclio", n° 31. 2005, 409 p. ISBN 90-5201-264-4.

Réunissant des communications présentées lors d'un colloque tenu à l'Université de Paris I en septembre 2003, cet ouvrage confirme la qualité et l'immense intérêt de la collection "Euroclio" qui, de fil en aiguille, voit des historiens de renom éclairer méthodiquement des aspects méconnus ou oubliés de la genèse et des premiers pas de la construction européenne. C'est tout particulièrement le cas cette fois pour une double raison. D'abord, l'éventuelle émergence d'une conscience européenne ayant conduit à la formulation de projets d'unions effectives est recherchée bien en amont des Communautés européennes elles-mêmes, le regard remontant aux premières années du siècle dernier. Ensuite, les administrations nationales (les autres aussi, d'ailleurs…) sont toujours, par nature, des serviteurs de l'ombre dont le grand public ne retient, dans le meilleur des cas, que le nom de l'un ou l'autre des ministres qui, à un moment donné, les a chapeautées. D'où les belles découvertes que permet la démarche scientifique privilégiée à cette occasion, le travail des historiens mettant enfin en lumière la manière dont une "culture" européenne a pu naître dans certains corps des Etats européens qui vivaient, sans le savoir, la fin de leur souveraineté absolue. Et, mieux encore, toutes ces contributions font revivre, le temps de quelques pages, la mémoire de certains grands commis de l'Etat aujourd'hui oubliés, pour peu qu'ils aient été jamais connus dans le grand public. Des hommes (point de femmes, à vrai dire, ce qui témoigne aussi d'une autre époque…) qui, par leur action dont rend compte minutieusement le livre, ont contribué - ou mis des bâtons dans les roues - à la lente mais inexorable maturation européenne des esprits.

Le pèlerinage a pour première station l'action du Service français de la Société des Nations, c'est-à-dire de la cellule qui, au sein du Quai d'Orsay, eut à accompagner en première ligne "la seule véritable tentative de construction proprement européenne de l'entre-deux-guerres, à savoir le plan Briand d'Union fédérale européenne". Pour Raphaële Ulrich-Pier (Université de Paris I), l'Europe n'y apparaissait pas encore comme une entité politique ou économique, mais les réflexions suscitées par l'initiative de Briand "ne furent pas tout à fait perdues et remontèrent par bribes lorsque la question de la construction européenne reprit de l'actualité à la fin des années 1940", lorsque l'ambassadeur de France à Londres, René Massigli, qui avait été l'un des patrons de ce Service, put écrire: "Au Foreign Office, on a tiré des cartons le plan Briand et on examine ce que l'on peut en tirer". Stanislas Jeannesson (Université de Paris IV) s'intéresse ensuite à la sous-direction des relations commerciales du Quai d'Orsay et à la reconstruction économique de l'Europe après la Première Guerre mondiale, faisant notamment revivre la figure de Jacques Seydoux qui, dès 1919, défend l'idée d'un rapprochement des industries française et allemande. On retrouve un temps, selon Sylvain Schirmann (Institut d'études politiques de Strasbourg), un esprit identique au sein des services économiques de l'Auswärtiges Amt qui, sous l'impulsion de Karl Ritter, oeuvrent en vue "d'une unité économique européenne en partant d'une entente franco-allemande". Pour sa part, Robert Boyce (London School of Economics and Political Science) dresse le portrait d'un Foreign Office souvent suspecté d'eurocentrisme et, encore sous Margaret Thatcher, d'être pro-européen, mais qui a souvent assaisonné son réalisme de tenaces préjugés anti-français, le Premier ministre Ramsay MacDonald allant même à parler de la France en ces termes en 1931: "Ses méthodes sont celles des pires Juifs. Agir au nom des valeurs morales n'est pas compatible avec la nature française. Voilà l'Allemagne qui s'effondre pendant que la France marchande". En tout cas, pendant l'entre-deux-guerres, les diplomates britanniques ne se firent guère, sauf très rares exceptions, les champions d'une coopération prononcée avec le continent, privilégiant une politique d'indépendance à son égard au nom de la priorité accordée à l'Empire. En étudiant le Mouvement général des fonds au tournant des années 30, Laure Quennouëlle-Corre fait notamment revivre la figure de Jacques Rueff qui proposa notamment à Alexis Léger, alors directeur de cabinet de Briand, de suggérer à son ministre l'idée de "l'exception d'Europe à la clause de la nation la plus favorisée", ce qui l'amena plus tard à constater dans ses Mémoires: "C'était le principal avantage de ma formule d'ouvrir la voie aux unions régionales, telle que serait ultérieurement la Communauté économique européenne"… La première partie se conclut par une contribution de Léonard Laborie (Université de Paris IV Sorbonne) qui décrit de manière fouillée "la place ambiguë de l'Europe" à la direction de l'exploitation postale dans l'entre-deux-guerres.

Dans la deuxième partie, ce sont les conséquences de l'intégration européenne à partir des années 50 pour différentes administrations. Toujours avec le même souci de précision et de rigueur scientifiques, d'autres auteurs y étudient tour à tour la manière dont la direction des affaires économiques du Quai D'Orsay et la direction des relations économiques extérieures du ministère français de l'Economie et des Finances ont évolué face au traité de Rome, le rôle du Department of Economic Affairs lors de la deuxième candidature britannique à l'adhésion, l'attitude du ministère ouest-allemand des Affaires étrangères de l'origine de l'intégration européenne jusqu'en 1974, celle de l'administration italienne pendant les dix premières années de la Communauté économique européenne, ainsi que la position prise par la direction des carburants du ministère français de l'Industrie face aux projets de politique pétrolière communautaire. La troisième partie est consacrée aux "nouvelles méthodes de travail", à savoir celles nées au sein du Secrétariat général du comité interministériel français, mais surtout du fait de "l'émergence du Coreper" et à la lumière du fonctionnement de la Représentation permanente des Pays-Bas dans les années 60. Il va de soi que pour certains lecteurs, l'intérêt se doublera, dans ces parties, du plaisir de retrouver certains personnages connus…

Michel Theys

*** KLAUS SCHWABE (sous la dir de): Konrad Adenauer und Frankreich 1949-1963. Stand und Perspektiven der Forschung zu den deutsch-französischen Beziehungen in Politik, Wirtschaft und Kultur. Bouvier Verlag (Bonn). Collection "Rhöndorfer Gespräche", n° 21. 2005, 264 p.. ISBN 3-416-03075-3.

Les "Rhöndorfer Gespräche" rassemblent depuis 1969 des responsables politiques, historiens et experts dans ce village situé près de Bonn, de l'autre côté du Rhin, où Konrad Adenauer avait passé les dernières années de sa vie. Depuis 1978, les contributions à ces colloques sont recueillies dans un livre et cette 21ème édition est consacrée au thème "Konrad Adenauer et la France 1949-1963, état et perspectives de la recherche sur les relations franco-allemandes dans la politique, l'économie et la culture". Parmi les participants à cette dernière rencontre figurait l'un des grands connaisseurs de l'Allemagne, Alfred Grosser, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, qui, à cette occasion, s'est interrogé sur le thème "Adenauer, la France et l'Europe", et ce qu'il en reste aujourd'hui. Un Pr. Grosser très en verve qui décrit avec vivacité la relation entre Adenauer et Schuman, deux personnalités poussées à la fois par le "réalisme et l'idéalisme". "Pourquoi devrait-ce être ou l'un ou l'autre ?", se demande Alfred Grosser qui remarque aussi: Robert Schuman était un homme d'Etat aussi parce qu'il n'était pas quelqu'un qui attend les résultats des sondages avant d'agir. Imaginons, dit Grosser: "Robert Schuman organise le 1er mai 1950 un sondage en France: voulez-vous que, cinq ans à peine après la fin de la guerre, un Etat allemand soit traité sur un pied d'égalité ? Je présume que 90% auraient dit non. Il a agi dans ce sens, et la majorité était pour !"

Ce recueil reprend aussi un échange entre Alfred Grosser et Paul Collowald (ancien directeur général à l'information au Parlement européen et ancien chef de cabinet du président du Parlement, Pierre Pflimlin) au sujet de ce que Collowald appelle la "controverse autour du 9 mai 1950". Collowald a de cette époque un souvenir très précis (il rappelle en particulier sa longue conversation, "jeune journaliste à Strasbourg", le 12 août 1949, avec Robert Schuman) ; il a aussi attentivement lu ses classiques et dans son intervention au colloque de Rhöndorf, il a cité, à propos de cette "date fondatrice de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne", des versions contradictoires de Pierre Gerbet. Dans son "ouvrage de référence" de 1999, "La construction de l'Europe", Pierre Gerbet écrivait: "Schuman fit remettre, le 9 mai au matin, par un membre de son cabinet, une lettre personnelle au Chancelier Adenauer et un résumé de la proposition française". Or, dans la contribution de Gerbet à l'ouvrage "Le plan Schuman dans l'histoire" publié en 2004 figurent, à propos de la rencontre de Robert Mischlich avec Konrad Adenauer, "deux versions: celles de Robert Mischlich, membre du cabinet de Robert Schuman, qui se situerait le mardi 9 mai vers 10 heures du matin, et celle de Herbert Blankenhorn qui précise que cette visite de l'émissaire français aurait eu lieu le lundi 8 mai à midi". Tel un détective, Paul Collowald retrace ce qu'avait pu être la journée de Robert Mischlich à Bonn, "sa mission secrète accomplie", et pioche dans d'autres publications moins connues, comme "Robert Schuman, Architekt des Neuen Europa" de Rudolf Mittendorfer (1983) où, étonné, il lit: "Lundi matin, le 9 mai 1950, le Conseil des ministres français était réuni. Robert Schuman avait l'intention de présenter le Plan au Conseil, mais il devait attendre d'abord l'accord d'Adenauer »… « Le 9 mai n'était pas un lundi, mais un mardi ! », s'exclame Paul Collowald qui, dans la foulée, épingle d'autres exemples récents d'erreurs sur les dates historiques autour du 9 mai, en reprochant à pas mal d'hommes politiques de succomber à la tentation de "nous expliquer ce qui s'est passé le 9 mai 1950, alors qu'ils jouaient aux billes avec leurs copains de cinq ou six ans". (MG)

*** CHRISTINE DE MAZIERES, BABETTE NIEDER: L'Europe par l'école. Un plaidoyer franco-allemand. Editions ESKA (12 rue du Quatre-Septembre, F-75002 Paris. Tél.: (33-1) 42 865573 - fax: 42604535 - Internet: http: //http://www.eska.fr ). 2006, 131 p.. ISBN 2-7472-0940-7.

"Nous ne sommes ni l'une ni l'autre des spécialistes de l'éducation ni des linguistes, mais simplement des Européennes convaincues, dont le parcours personnel et professionnel est marqué par les relations franco-allemandes", expliquent les auteurs de ce livre passionné et concret qui développe "un projet d'européanisation de l'école" en s'adressant "à tous ceux, parents, professeurs, élèves, politiques, qui s'interrogent sur l'état de notre système éducatif et sur l'avenir de l'Europe". L'Allemande Babette Nieder, qui a travaillé à la Commission européenne sur les questions éducatives et culturelles et a été pendant cinq ans à la tête de l'Office franco-allemand de la jeunesse, représente l'association "Génération EUROPE 21" auprès de la Maison de l'Europe dirigée à Paris par Catherine Lalumière, alors que Christine de Mazières, de double culture française et allemande, préside l'association Initiative Paris-Berlin. Leur livre, "volontairement conçu dans une perspective franco-allemande" (et rédigé dans les deux langues), part d'un constat sur le "non" français à la Constitution européenne lors du référendum du 29 mai 2005, alors qu'un an auparavant, un sondage Sofres montrait que "72% d'entre eux approuvaient le principe d'une Constitution européenne". "A l'origine de ce paradoxe, la peur", et à l'origine de cette peur, "la méconnaissance", soulignent Babette Nieder et Christine de Mazières, pour qui il faut donc "un changement de cap": "Il faut recommencer l'Europe par l'éducation. Apprendre l'Europe dès le plus jeune âge". Elles en sont très convaincues et ont beaucoup d'idées très précises, fondées sur leur connaissance intime de l'Europe, mais aussi sur ce qu'elles ont appris sur la capacité d'apprendre des enfants. Selon elles, le projet d'une école "qui prépare tous les enfants à être des citoyens à part entière" devrait reposer sur quatre principes: démarrer deux langues étrangères avant l'âge de neuf ans ; rendre l'apprentissage de l'anglais obligatoire, mais comme seconde langue (car "toutes les études montrent que les élèves qui ont commencé par une autre langue se trouvent, à la fin de leur période scolaire, avec des connaissances de l'anglais au moins aussi bonnes que ceux ayant commencé par l'anglais") ; limiter l'enseignement linguistique à cinq ans, puis utiliser les langues acquises dans d'autres matières ; créer un "enseignement de civilisation européenne". En rappelant le livre "L'Europe racontée aux enfants" de l'historien Jacques Le Goff, les auteurs estiment que ce cours de civilisation européenne pourrait aborder, "outre le mythe de l'Europe et les symboles de l'Europe (…), l'histoire européenne dans ses traits communs depuis la Grèce antique, que toutes les nations européennes partagent comme base culturelle": histoire des idées philosophiques, politiques et religieuses, histoire de l'art, histoire des grandes découvertes scientifiques et techniques, histoire des échanges économiques européens… Tout cela exigera évidemment un effort particulier du côté des enseignants, des enseignants qui pourraient ainsi devenir les "hussards de l'Europe", notent Babette Nieder et Christine de Mazières qui exhortent: "Si nous, Français et Allemands, avons réussi en commun Airbus, Ariane et l'Eurocorps, alors faisons-nous confiance pour réussir l'école des futurs citoyens de l'Europe, qui sera déterminante pour notre avenir commun". (MG)

*** THIERRY CORNILLET: Guide des aides de l'Union européenne. Parlement européen (ASP 09G103, rue Wiertz, B-1047 Bruxelles. Courriel: tcornillet@europarl.eu.int). 2006, 143 p..

Député européen centriste, le Français Thierry Cornillet est un européen convaincu. Conscient de la méconnaissance par certains des aides financières que l'Union peut apporter "à tout porteur de projet d'intérêt européen", il propose ici un guide destiné à orienter ceux-ci "dans l'univers -semé de crédits - du financement européen". Conçu dans un esprit résolument pratique, le guide présente succinctement 86 programmes d'aide, classés par thème. Après une brève description, l'auteur précise notamment qui peut en bénéficier, quel est le montant du soutien, quelles sont les conditions et donne les contacts pertinents. Les annexes permettent d'effectuer une recherche par programmes ou par type de bénéficiaire. Ce guide est gratuit et disponible par retour de courrier en écrivant à Thierry Cornillet aux coordonnées reprises ci-dessus. (FRo)

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