Bruxelles, 15/05/2006 (Agence Europe) - Dominé par les questions énergétiques et notamment celle de la nationalisation des gisements d'hydrocarbures boliviens (EUROPE n° 9191), le 4ème Sommet UE-Amérique latine et Caraïbes, le 12 mai à Vienne, n'a pas permis d'enregistrer de réels progrès dans la coopération entre les deux zones. Comme nous l'avions annoncé vendredi dernier, les 58 chefs d'Etat et de gouvernement présents à Vienne ont toutefois adopté formellement une déclaration commune pour renforcer le partenariat stratégique birégional - lancé en 1999 à Rio - et la défense des droits de l'homme et de l'environnement, tout en combattant la drogue et la pauvreté (EUROPE se réserve de publier intégralement la déclaration conjointe). A l'issue du Sommet qu'il coprésidait avec le président mexicain Vicente Fox, le chancelier autrichien et président du Conseil européen de l'Union, Wolfgang Schüssel, s'est déclaré « très satisfait » de la décision des deux parties de renforcer un partenariat aux « résultats déjà probants, avec le doublement prévu du volume du commerce et des investissements depuis cinq ans entre les deux régions ». Les échanges entre l'Europe et l'Amérique du Sud se sont en effet élevés à 118,4 milliards d'euros en 2005, soit une augmentation de 13,4% par rapport à 2004.
Nationalisation du gaz bolivien: M. Morales calme le jeu mais le dossier est loin d'être clos
A l'origine de tensions qui menaçaient de faire dérailler le sommet, le dossier des gisements de gaz boliviens « renationalisés » s'est refermé samedi en rassurant quelque peu dirigeants et investisseurs européens ainsi que brésiliens, sur son issue prochaine. Accentuant la tension dès son arrivée à Vienne, le président bolivien Evo Morales avait calmé le jeu vendredi en garantissant, via une lettre adressée à l'Espagne, « une sécurité juridique vraie et durable » aux compagnies étrangères établies sur son territoire. Principales compagnies concernées, l'espagnole Repsol, la française Total, les britanniques British Gas et British Petroleum ainsi que la brésilienne Petrobras étaient menacées, depuis le 1er mai, d'être expulsées faute de signer dans les six mois de nouveaux contrats d'exploitation avec La Paz, déterminée à obtenir une meilleure répartition de la rente énergétique au profit du peuple bolivien. La lettre de M. Morales à Madrid n'a toutefois pas empêché M. Schüssel de faire preuve de la plus grande fermeté lors de la conférence de presse clôturant les travaux du Sommet UE/ALC vendredi soir. « Tout dépend de ce que vous voulez. Peut-être ne voulez-vous pas d'investissements étrangers », a affirmé le chancelier autrichien avant de conclure: « mais, si vous en voulez, alors il faut en assurer la sécurité. Il est clair, en tout cas, qu'il faut beaucoup d'argent et de technologies pour l'exploration d'hydrocarbures ». Après le message non moins ferme lancé par le Premier ministre britannique Tony Blair appelant la Bolivie (et accessoirement le Venezuela, dont le président, Hugo Chavez, par ses discours anti-impérialistes radicaux n'inquiète pas moins les Européens au sujet du pétrole) à « utiliser leurs ressources énergétiques de manière responsable » et, « dans leur intérêt économique, à travailler avec les investisseurs étrangers », le président français Jacques Chirac a cherché, pour sa part, à calmer le jeu en insistant aussi bien sur « le respect de l'intérêt légitime de l'Etat bolivien que sur celui des entreprises étrangères opérant dans le pays ». A l'issue de sa rencontre avec M. Morales, M. Chirac s'est montré confiant, affirmant que le président bolivien se souciait « d'avoir avec les entreprises énergétiques concernées un dialogue et un accord qui excluent - c'est ce que j'ai compris - tout esprit d'expulsion ou de spoliation ». Après les capitales européennes, M. Morales devait également rassurer Brasilia. C'était, semble-t-il, chose faite samedi matin, dans le cadre d'une rencontre bilatérale avec le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. « Nous sommes voisins et donc alliés », a déclaré M. Morales à l'issue de la rencontre, dénonçant un « malentendu médiatique ». « Des négociations vont se poursuivre pour fixer les prix de façon rationnelle pour qu'ils bénéficient au Brésil comme à la Bolivie », a conclu le président Morales.
Le lancement des négociations pour un accord UE/Amérique centrale, unique percée du sommet
Les négociations pour un accord UE/Mercosur s'enlisant, et le lancement des négociations pour un accord d'association UE/Communauté andine (CAN) étant freiné par le récent retrait du Venezuela de la CAN, le coup d'envoi donné aux négociations pour un accord d'association UE/Amérique centrale constitue le principal résultat des sommets subrégionaux qui ont suivi samedi le 4ème Sommet UE/ALC.
UE/Amérique centrale - L'Union et six pays d'Amérique centrale (Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama et Salvador) ont donné le coup d'envoi samedi aux négociations pour un accord d'association et de libre-échange qui pourrait voir le jour d'ici 2010. Le lancement de ces négociations est le fruit d'un « processus d'intégration régionale réussi » qui pourrait à l'avenir être complété d'une union douanière et d'une monnaie commune, s'est félicité M. Schüssel à l'issue du sommet. « Ce futur accord permettra de renforcer les échanges commerciaux bilatéraux qui s'élèvent déjà à 8 milliards d'euros », a-t-il ajouté. M Barroso a quant à lui souligné l'importance d'un tel accord pour le processus de démocratisation en Amérique centrale.
UE/Caraïbes - Lors du 2ème Sommet UE/CARIFORUM, dirigeants européens et caribéens se sont engagés à renforcer leur partenariat sur la base du dialogue politique, la coopération au développement et les relations économiques. L'Union a en particulier promis de soutenir le projet de Marché unique et d'Economie unique - lancé en janvier dernier et qui devrait voir le jour d'ici 2008 - auquel sont parties prenantes six Etats ACP des Caraïbes qui ont ainsi franchi un pas important dans le processus d'intégration régionale. L'Union s'est en outre engagée à contribuer à la conclusion heureuse d'un Accord de partenariat économique (EPA) entre les pays du CARIFORUM, notamment par le biais des ressources du 10ème Fonds européen de développement (FED), dont M. Barroso a annoncé « une augmentation substantielle ». Les parties ont par ailleurs souligné l'importance du soutien de l'Union aux petites économies vulnérables des Caraïbes - dont la plupart figurent parmi les États les plus endettés du monde - pour renforcer leur compétitivité et la diversification de leur économie. Dans ce contexte, les Européens ont en particulier pris note des préoccupations des dirigeants caribéens quant à l'impact négatif pour leurs économies des réformes entreprises par l'Union sur les marchés des principaux produits de base. Ces dirigeants se sont toutefois félicités de l'assistance spécifique fournie par l'Union aux secteurs du sucre, de la banane, du riz et du rhum dans la région Caraïbe. Européens et Caribéens ont également convenu d'approfondir leur coopération en matière de cohésion sociale, de migrations, de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée et de VIH/sida. Enfin, les parties se sont félicitées du déroulement des élections présidentielle et parlementaire en Haïti et se sont engagées à assister le gouvernement haïtien dans le processus de réconciliation nationale.
UE/Chili - Coprésidant le Sommet UE-Chili, M. Schüssel, et la présidente chilienne Michelle Bachelet se sont félicités dans une déclaration commune « des résultats atteints dans la mise en œuvre de l'accord bilatéral d'association ». « C'est un instrument qui a permis de donner un élan considérable aux relations bilatérales, non seulement dans le domaine du commerce mais également dans celui du dialogue politique et de la coopération », souligne la déclaration conjointe. Déjà renforcés dans des domaines d'intérêt mutuel tels que l'éducation supérieure, l'emploi et la politique sociale, « ces dialogues politiques devraient se poursuivre et être étendus à d'autres domaines tels que la propriété intellectuelle, la société de l'information et l'environnement », ajoute la déclaration. Sur le plan économique, « nous voyons que le Chili s'oriente dans la bonne direction », s'est félicité M. Schüssel, soulignant le dynamisme des relations bilatérales dans le domaine du commerce et des investissements. Evoquant la coopération en faveur du développement, M. Schüssel et Mme Bachelet se sont félicités de l'engagement, dans le cadre du Country Strategy Paper 2002-2006, des fonds destinés au Chili (34,4 millions d'euros) et affectés à la modernisation de l'Etat et au soutien à la création et au développement d'entreprises innovantes.
UE/Communauté andine - Cette rencontre devait être une des percées majeures du 4ème Sommet UE/ALC, il n'en a rien été. Le lancement des négociations pour un accord d'association et de libre-échange entre l'Union et la Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur et Pérou) a été repoussé aux calendes grecques, le processus d'intégration régionale andine ayant été fortement compromis par le retrait du Venezuela en avril dernier (EUROPE n° 9191). Le président péruvien Alejandro Toledo Manrique, dont le pays sera hôte du prochain Sommet UE/ALC en 2008, s'est néanmoins montré confiant samedi quant au lancement des négociations d'ici 2008. « Il existe certains obstacles à l'intégration qui n'empêcheront cependant pas le processus de rapprochement entre l'Union et la CAN », a-t-il expliqué avant de poursuivre: « L'intégration européenne a, elle aussi, régulièrement rencontré des problèmes. Tout processus d'intégration régionale fait l'objet d'intenses négociations. La Communauté andine est vivante ».
UE/Mexique - Européens et Mexicains ont procédé, lors du Sommet UE/Mexique, à une évaluation des résultats de l'accord global d'association dans les domaines politique, économique et de coopération lancé en 2001. L'Union s'est en particulier félicitée de l'abolition de la peine de mort au Mexique et de la ratification par Mexico du Statut de Rome sur la Cour pénale internationale (CPI).
UE/Mercosur - Comme prévu, le Sommet UE/Mercosur n'a permis aucune percée dans les négociations pour un accord d'association et de libre-échange relancées en septembre dernier, les pourparlers butant toujours sur les questions agricoles. Bien que le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) soit une entité en proie à d'importantes dissensions internes, la déclaration conjointe finale souligne que les discussions du Sommet ont notamment mis l'accent sur l'intégration régionale et les décisions « visant à améliorer la libre circulation des biens et des personnes dans le Mercosur et à renforcer son cadre institutionnel ». Les parties ont, en outre rappelé leur attachement « à la conclusion d'un accord d'association interrégional ambitieux et équitable » qui soit « un instrument permettant de renforcer les relations politiques, économiques, commerciales et de coopération contribuant à la réduction des disparités socioéconomiques existantes ».