Innsbruck, 11/05/2006 (Agence Europe) - Quelle nouvelle voie pour l'Europe, quel rôle pour les collectivités locales et régionales? Tel était le sujet de la discussion qui s'est tenue dans le droit fil du message du Président Barroso à l'ouverture des travaux des 23èmes Etats généraux du Conseil des Communes et Régions d'Europe (CCRE) le 10 mai à Innsbruck (voir EUROPE n° 9189). Répondre aux citoyens et les écouter est essentiel car il y va de la durabilité de la société, de la solidarité, de la justice sociale et de la compréhension de la valeur ajoutée de l'Europe par les citoyens, ont souligné d'entrée de jeu Jeremy Smith, le Secrétaire général du CCRE, et Hilde Zach, maire d'Innsbruck.
Le Président du Nationalrat Andreas Khol a remplacé lors de cette rencontre le chancelier Schüssel, retenu à Vienne pour le Sommet UE/Amérique latine/Caraïbes.
Présentant les résultats de la réunion du comité directeur du CCRE, mercredi dans la matinée, Jeremy Smith s'est félicité de la décision du comité d'avoir "une Maison commune des régions et des communes à Bruxelles" et a dit espérer que tous les représentants des collectivités locales et régionales signeront la Charte pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale qui sera lancée le 12 mai, jour où ces mêmes collectivités seront invitées à soutenir les Objectifs du Millénaire pour le développement pour lutter contre l'extrême pauvreté.
Le Président du CCRE et maire de Vienne, Michael Häupl (qui est membre du Comité des Régions) a évoqué l'incertitude entraînée par le « non » des Néerlandais et des Français au Traité constitutionnel. Selon lui, au lieu de critiquer ce texte, « les citoyens européens devraient y trouver une réponse positive à leurs inquiétudes: c'est donc une erreur de voter contre ». Le Traité constitutionnel ne peut pas être considéré comme abandonné, insiste le Président du CCRE. Maire de Bonn, Mme Bärbel Dieckmann a posé la question de savoir quelle est la nouvelle voie à suivre en Europe. « Celle que nous avons suivie jusqu'ici a été couronnée de succès, et malgré les positions différentes, la réalité européenne est très positive. Nos enfants ne se souviennent même plus qu'il fallait, il y a peu de temps, une carte d'identité aux frontières! », s'est-elle exclamée. Le CCRE doit s'engager en faveur des jumelages avec des villes et communes partout dans le monde, a-t-elle estimé, en notant: « aujourd'hui, notre réalité est une réalité globalisée, et les jumelages sont des partenariats fondés sur des projets pour un monde durable et plus juste ». Mme Kalliopi, maire adjointe d'Athènes où elle est responsable des affaires européennes et internationales, a insisté sur le rôle des gouvernements locaux, et plus particulièrement des municipalités, à l'avenir. « Il existe une demande réelle de plus d'efficacité politique, d'une participation politique plus forte des citoyens et d'une plus grande efficacité de la bureaucratie", a noté Mme Kalliopi en indiquant que sa vision « du rôle des collectivités locales et régionales s'articule en trois piliers: 1) complémentarité entre les actions des gouvernements locaux ; 2) compétitivité et innovation ; 3) cohésion et promotion de l'action des autorités locales, entre autres en matière de réduction de la pauvreté, d'éducation, de régénération urbaine, de lutte contre l'exclusion ». Et de conclure: "C'est ce type d'élan dont l'UE a besoin". « L'importance croissante de nos régions » a été soulignée par Jan Olbrycht, vice -président de la commission du développement régional du PE et "très vieil ami du CCRE", comme l'a relevé Jeremy Smith, en indiquant que Jan Olbrycht en avait été le vice-président et qu'il a aussi été président de la Région de Silésie (Pologne). L'Europe a changé, et nous devons modifier notre stratégie, notamment en vue du prochain élargissement, s'est exclamé le député européen. Dans cette perspective notamment, "les partenaires les plus importants pour les institutions européennes sont justement les communes et régions", et "le dialogue doit être quotidien », a-t-il insisté. Quant à la stratégie de Lisbonne, "ce qu'on en attend n'est pas génial. Alors comment faire?", a demandé le député européen polonais, qui répond lui-même: "En travaillant avec les villes. Nous en avons besoin. C'est très important qu'elles participent au débat, qu'il ne faut pas laisser aux seuls experts".
Les participants ont eu un échange de vues sur la perception qu'ont les citoyens des changements en Europe. Selon Michael Häupl, "dans les villes, on diffuse une opinion négative sur l'Europe (…). Pour les citoyens, l'Europe, c'est le château de Kafka: on ne le voit pas, mais il fait partie de notre vie quotidienne. C'est une valeur immatérielle!". Mme Kalliopi a rappelé qu'Athènes est une ville qui accueille un nombre très important d'immigrés économiques provenant essentiellement du sud-est européen. "La cohésion, chez nous, c'est savoir comment cohabiter avec les immigrés et comment travailler avec eux. Athènes est un exemple de réussite dans ce domaine pour le monde entier", a conclu la maire-adjointe. « L'Europe ne saurait pas s'isoler de monde. Le monde globalisé ne concerne pas seulement les immigrés. Il concerne aussi, entre autres, la protection de l'environnement! », a enchaîné Bärbel Dieckmann. Le député européen polonais Jan Olbrycht (PPE-DE) a estimé que les collectivités territoriales ont un rôle à jouer dans la coopération au développement et dans les relations extérieures: « il s'agit de créer des liens, de nouer des contacts, de faire en sorte que les gens aient confiance ». Pour conclure, Michael Häupl a souligné: "la politique européenne est liée à des contenus (…). Je pense qu'il faut qu'on accepte qu'il existe des différences d'opinion. Notre ennemi, c'est la léthargie, l'absence de débat, la dépolitisation, le manque de démocratie".