Strasbourg, 06/04/2006 (Agence Europe) - A la demande de Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL du Parlement européen, la Commission européenne a fait jeudi après-midi une déclaration sur l'escalade de la violence en Turquie depuis les obsèques d'un membre du PKK, fin mars à Dyarbakir. Cette violence, qui s'est propagée du Sud-Est du pays jusqu'à Istanbul, a fait beaucoup de morts, a constaté le Commissaire européenne Kyprianou (15 victimes en une semaine, a noté le vert allemand d'origine turque Cem Özdemir). La Commission condamne le terrorisme sans possibilité d'équivoque, et le PKK est « une organisation qui figure sur la liste de l'UE sur les organisations terroristes », a affirmé M. Kyprianou, tout en invitant les forces de sécurité turques à faire preuve de « retenue » et le gouvernement turc à aborder « d'une manière globale » le problème des Kurdes - pas seulement sous l'angle sécuritaire, mais aussi sur le plan économique, social, culturel (c'est bien, mais je regrette que vous ne parliez pas aussi d'un « dialogue politique, d'une solution politique », a commenté la libérale britannique Sarah Ludford). Les critères de Copenhague exigent le respect de la diversité culturelle et la promotion des droits culturels, a rappelé M. Kyprianou, en insistant aussi sur la nécessité de permettre le retour des « personnes déplacées à l'intérieur » et de leur donner une compensation pour les pertes subies. Nous évoquerons ces problèmes dans le contexte de notre « monitoring régulier » du respect des critères politiques d'adhésion, a-t-il aussi indiqué. Et il a tenu à noter que, dans son discours d'août 2005, le Premier ministre Erdogan avait reconnu la nécessité de résoudre pacifiquement la question kurde.
Au cours du débat, les députés européens se sont exprimés en général dans le même sens, mais avec des différences d'accent: les uns plus sévères pour les Kurdes, les autres pour la Turquie. Le non inscrit polonais Jan Tadeusz Masiel est allé le plus loin contre Ankara, estimant que « nous aurions parfaitement le droit de suspendre les négociations avec la Turquie ». Depuis le début de ces négociations, la situation en Turquie s'est détériorée, a estimé Frederika Brepoels (PPE-DE, néerlandaise), qui a mentionné aussi l'assassinat du responsable de l'Institut kurde à Bruxelles. Le déficit démocratique en Turquie est largement lié au problème kurde, a averti Feleknas Uca (GUE/NGL, allemande d'origine kurde), en souhaitant l'envoi d'une délégation ad hoc en Turquie. La plupart des députés ont appelé à un dialogue entre les autorités turques et les Kurdes modérés, en soulignant qu'un tel développement serait très positif pour les perspectives européennes de la Turquie. C'est le cas de la travailliste néerlandaise Emine Bozkurt¸ qui a affirmé: Erdogan a tendu la main aux Kurdes, qui doivent réagir de manière positive. Et du vert allemand Cem Özdemir¸ qui a dénoncé l'utilisation disproportionnée de la force par les militaires turcs, mais aussi les « provocations » du PKK. L'Etat turc se démocratise, le PKK doit en faire autant, cette organisation née de la guerre froide doit « évoluer » et renouveler ses dirigeants, a-t-il lancé. Au sein du même groupe, l'Ecossais Alyn Smith a partagé l'avis de M. Özdemir, selon lequel, dans ce conflit, tout n'est pas « noir et blanc ». Plusieurs députés grecs sont intervenus dans le débat, et ils ont tous demandé à la Turquie de choisir le dialogue plutôt que de laisser faire les militaires, et de permettre aux Kurdes d'exercer leurs droits de citoyens: Konstantinos Hatzidakis (PPE-DE), Panagiotis Beglitis (PSE) et Mario Matsakis (ALDE). La majorité des Kurdes rejette la violence et désire vivre en paix dans un pays prospère, a fait valoir Camiel Eurlings (PPE-DE, néerlandais), pour qui « nous devons investir dans ces personnes ». Tout en rappelant que, comme membre du Parlement des Pays-Bas, il s'était battu pour inscrire le PKK sur la liste des organisations terroristes, M. Eurlings a exhorté les autorités turques à rechercher chez les Kurdes des interlocuteurs valables, souhaitant une solution pacifique. Dans le même groupe, le conservateur britannique Geoffrey Van Orden s'en est violemment pris au PKK: de temps en temps, il lance une trêve (la dernière remonte à juillet 2005), puis il reprend ses actes terroristes, s'est-il indigné.
(Sur proposition de Vittorio Agnoletto, membre italien du groupe GUE/NGL et coordinateur du Groupe d'amitié Parlement européen/Kurdes, une cinquantaine de députés de plusieurs groupes politiques ont « signé et envoyé à Ankara une « lettre ouverte » au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan pour condamner le comportement des autorités turques dans la gestion de la crise à Diyarbakir », indique un communiqué. Les députés européens demandent aussi aux institutions européennes de « prendre les mesures appropriées pour l'ouverture d'un dialogue formel, politique et constructif entre le gouvernement d'Ankara et les Kurdes »).