Bruxelles, 09/03/2006 (Agence Europe) - L'institut CESifo a présenté mercredi à Bruxelles le rapport de son groupe d'experts sur l'économie européenne en 2006. Huit économistes issus de sept pays européens se sont intéressés aux défis de la croissance et des politiques budgétaires, dégageant plusieurs pistes de réflexion ambitieuses et peu orthodoxes. La croissance dans la zone euro devrait atteindre 2% en 2006 et l'inflation pourrait se situer à 1,9% en rythme annuel, constate le rapport, qui juge que la situation sur le marché du travail ne s'améliorera que marginalement. Malgré un niveau d'inflation conforme aux objectifs de la Banque centrale européenne (BCE), la Banque devrait encore durcir sa politique monétaire, estiment les auteurs, en regrettant surtout la poursuite de la tendance au déficit dans les finances des Etats membres, ce qui entraîne un mélange de politiques indésirables pour la croissance en Europe. Si les Etats s'engagent plus fortement à réduire leurs déficits publics, il pourrait y avoir une marge de manoeuvre supplémentaire pour que la politique monétaire soit moins stricte, espèrent-ils. Et de suggérer d'introduire de nouveaux incitatifs à la discipline budgétaire, qu'ils jugent considérablement affaiblie depuis la réforme du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). La BCE pourrait, par exemple, ajuster sa politique en acceptant de revoir à la hausse l'objectif de stabilité des prix si elle constate un renforcement conséquent du cadre budgétaire. Une autre voie possible serait une coordination des politiques budgétaires accrue entre certains Etats membres dont les finances publiques sont les plus équilibrées.
Quant aux déséquilibres mondiaux, caractérisés principalement par les déficits américains, les auteurs craignent un ajustement brutal. Les craintes d'un scénario « dur » devraient, selon les experts, inciter encre plus la zone euro à renforcer sa politique budgétaire au plus vite afin d'éviter des contraintes en cas de crise financière.
La croissance européenne ne repose pas sur une seule source, insistent aussi les auteurs, pour qui la stratégie de Lisbonne devrait être un peu plus flexible. Dans certains Etats membres (Finlande, Suède, Royaume-Uni, Irlande), la croissance doit beaucoup aux nouvelles technologies, alors que dans d'autres (Espagne, Grèce), elle a pu se fonder sur des éléments plus traditionnels (accumulation de capital et productivité horaire du travail). Ces pays, ainsi que les Etats membres issus du dernier élargissement, devraient continuer à s'appuyer sur ces moteurs de la croissance et se rapprocher progressivement de la frontière technologique au moyen de transferts de technologies, préconise le rapport.
Une partie de l'analyse porte également sur l'impact des politiques d'éducation en Europe et celui de la politique de concurrence sur les fusions acquisitions. Les auteurs mettent en garde contre la tentation de créer des champions européens et affirment que, face aux « instincts nationalistes » de certains Etats membres, il faut une politique de concurrence vigoureuse. Certains marchés sont oligopolistiques par nature, observent les auteurs, qui plaident aussi pour l'instauration d'un panel administratif, au sein de la Commission mais indépendant, chargé de se prononcer sur les cas de fusions et de limiter les pressions politiques dans certaines affaires. Une solution plus extrême consisterait à glisser ensuite vers une agence indépendante de la concurrence, sur le modèle de la US Federal Trade Commission. (Le rapport est disponible sur le site du CESifo: http: //http://www.cesifo-group.de/portal/page?_pageid=36 ,286932&_dad=portal&_schema=PORTAL).