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Bulletin Quotidien Europe N° 9148
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Franco Frattini veut rétablir l'obligation de visa pour certains pays pendant la Coupe du monde de football afin de lutter contre la prostitution forcée - Campagne contre l'exploitation sexuelle des femmes

Bruxelles, 09/03/2006 (Agence Europe) - Le Commissaire européen à la Justice Franco Frattini a lancé mercredi l'idée de rétablir l'obligation de visa pour certains pays pendant la période de la Coupe du monde de football en juin prochain, afin de lutter contre le risque de prostitution forcée en Allemagne. « Je vais proposer le rétablissement des visas temporaires pour les pays d'où proviennent les prostituées », a déclaré le Commissaire lors d'un séminaire au Parlement européen à Bruxelles. Sans être plus précis, Franco Frattini a évoqué « des pays d'Amérique latine, d'Europe de l'Est, d'Afrique et d'Asie ». Une étude de la Coalition contre le trafic de femmes (CATW), citant les autorités de Berlin, prévoit l'arrivée de 50.000 prostituées, dont 40% originaires d'Amérique latine, lors du Mondial (9 juin-9 juillet). Le Brésil, qui est l'un des favoris de la compétition, fait partie des 13 pays d'Amérique latine qui ne sont pas soumis à l'obligation de visa pour rentrer dans l'espace européen Schengen: selon une enquête du quotidien brésilien Folha de São Paulo publiée fin février, de nombreuses prostituées brésiliennes se rendront en Allemagne, mêlées à des groupes de supporters. En Europe de l'Est, hors de l'UE, seules la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie bénéficient d'une dispense de visa de la part des pays Schengen: il paraît cependant peu probable que l'UE rétablisse des visas pour ces trois pays, même pour une durée limitée à 45 jours, notamment en raison de leur future adhésion à l'UE. Le Commissaire demandera par ailleurs aux Etats membres d'être particulièrement vigilants dans les contrôles aux frontières et la délivrance des visas. « Nous savons tous que les prostituées voyagent avec des visas de tourisme, il faudra donc examiner minutieusement toute demande de visa pendant cette période », a-t-il souligné. Friso Roscam Abbing, son porte parole, précise à cette occasion que « les contrôles douaniers seront renforcés, particulièrement à l'encontre des jeunes femmes ne possédant pas de tickets pour assister aux matchs ». L'agence Frontex pourrait jouer un rôle de coordination. Reconnaissant que l'UE manque « de données fiables » sur la criminalité et la prostitution forcée (mais aussi légalisée), M. Frattini propose de réaliser une étude d'impact sur ces phénomènes dans le cadre du programme Daphné, afin de « mieux connaître la réalité sur le terrain et de pouvoir se doter d'une stratégie globale ». Mettant en valeur le plan d'action européen de lutte contre la traite d'êtres humains approuvé par le Conseil en décembre dernier, le Commissaire entend lancer une journée européenne dédiée à cette lutte (EUROPE n° 9051). M. Frattini a aussi lancé l'idée de créer un numéro vert que les femmes en détresse pourront utiliser au moment de la coupe du monde. Il va écrire à la ministre autrichienne de l'Intérieur Liese Prokop afin que l'ensemble de ces mesures soient proposées lors du Conseil JAI des 27 et 28 avril.

Pour marquer la Journée internationale de la femme, la commission des Droits de la femme du Parlement européen a organisé ce mercredi un séminaire pour attirer l'attention sur la prostitution forcée en marge des grands événements sportifs internationaux. Margot Wallström, Commissaire chargée des relations institutionnelles et de la communication, a ouvert les travaux en expliquant que « la prostitution et l'exploitation sexuelle sont contraires à toutes les valeurs de l'Union » et qu'il est par conséquent « inadmissible que des milliers de jeunes femmes soient obligées de se livrer à la prostitution dans le cadre de la coupe du monde ». Pour Vladimir Špidla, Commissaire à l'emploi et aux affaires sociales et à l'égalité des chances, « tant que nous n'avons pas de politique commune en cette matière, l'élément prévention est essentiel ». Jan Figel, Commissaire à l'éducation et la culture, estime que « c'est notamment sur le banc des écoles qu'un grand travail de prévention peut être réalisé ». Les parlementaires européennes Anna Záborská (PPE-DE, slovaque), présidente de la Commission des droits de la femme, Hiltrud Breyer (Verts/ALE, allemande) et Christa Prets (PSE, autrichienne) ont rappelé combien il est important de s'attaquer à « cette forme moderne de l'esclavage ». Christa Prets, à l'origine d'un rapport adopté par le Parlement en début d'année sur les mesures de lutte contre le trafic des femmes et des enfants à des fins d'exploitation sexuelle, explique que « chaque année, en Europe, 100 000 femmes environ sont victimes du trafic d'êtres humains. Plusieurs milliers de filles et de femmes seront soumises, de force, à une exploitation sexuelle, lors de la Coupe du monde de football en Allemagne». Hiltrud Breyer insiste: « l'UE doit sortir le carton rouge contre cette activité criminelle et lucrative ». Anna Záborská espère que « cette campagne ne sera qu'un début et qu'elle fera l'objet d'une action à l'échelle nationale et au niveau européen ». Au cours de la session plénière du Parlement du 13 au 16 mars à Strasbourg, un débat aura lieu à ce sujet, suivi de l'adoption d'une résolution visant à mettre en œuvre une campagne européenne d'information et d'éducation du public sur la prostitution forcée lors des événements sportifs mondiaux.

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