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Bulletin Quotidien Europe N° 9148
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Objectifs, ambitions et limites du « Livre vert » de la Commission sur l'énergie

On ne peut pas contenter tout le monde. Après avoir présenté mercredi aux opinions publiques le «Livre vert» de la Commission européenne sur une stratégie pour l'énergie, José Manuel Barroso et Andris Piebalgs ont appris au moins une chose: on ne peut pas contenter tout le monde. Leur conférence de presse n'était pas encore terminée, et déjà déferlait l'avalanche des réactions. Pour les verts du Parlement européen, la Commission aurait dû exclure le nucléaire, mais pour les conservateurs, elle a échoué en évitant de souligner le rôle clé de l'énergie nucléaire ; pour l'association représentative des énergies renouvelables, elle a raté l'occasion de relancer ces énergies ; pour les « Amis de la terre », elle préconise une politique énergétique « pour les dinosaures » ; pour Greenpeace, elle donne la préférence aux énergies fossiles polluantes et à risque ; pour le WWF, elle manque de vision à long terme ; pour Eurochambres, elle néglige la libéralisation des marchés qui est la clé du succès. Et je ne parle pas de ceux qui avaient déjà protesté avant que le document existe, au point d'amener M. Barroso à observer que plusieurs aspects du texte avaient été révisés dans la matinée même de mercredi et qu'il serait peut-être utile de lire le document avant de le commenter.

Ce que M. Barroso attend du Sommet. Il est vrai que ce document ne comporte pas beaucoup de suggestions opérationnelles, ni de révélations ou d'orientations renversantes. Mais un Livre vert n'est pas un programme d'action ; il ouvre le débat, qui serait inutile si on en connaissait déjà les résultats. M. Barroso a souligné que c'est «un défi lancé aux Etats membres» et qu'il attend du prochain Sommet l'affirmation de la volonté politique d'agir en commun et le «sentiment d'urgence» (ce qui était anticipé dans cette rubrique du bulletin n. 9145). C'est l'essentiel, car l'Europe «dispose des dimensions et des instruments pour agir, si la volonté politique s'affirme ». Selon le président de la Commission, malgré ces limites, le document indique beaucoup d'orientations, d'objectifs et d'innovations institutionnelles. Il pose aussi la question d'un calendrier et d'objectifs chiffrés. La Commission ne manque pas d'idées et d'ambitions à ce propos, mais elle doit tenir compte du fait qu'en ce domaine les compétences sont partagées entre l'Union et les Etats membres. Elle a besoin d'un «oui» politique pour aller de l'avant.

Au-delà de ces idées générales, je voudrais souligner quatre aspects spécifiques évoqués par le président de la Commission en réponse aux questions de la presse:

1. L'absence de base juridique pour une stratégie européenne. Prévue par le Traité constitutionnel, cette base a été bloquée par les « non » qu'on connaît. Mais M. Barroso estime que cette lacune est amplement compensée par le changement de l'atmosphère politique. Hier, certains Etats membres se berçaient dans l'illusion de faire face isolément aux défis énergétiques. A Hampton Court, c'est le Sommet à l'unanimité qui a demandé à la Commission de proposer une stratégie européenne. La volonté politique et le sentiment d'urgence sont, selon le Président Barroso, plus importants que la faiblesse juridique.

2. Les tendances au «nationalisme économique». Les deux ou trois cas qui font la « une » des journaux ne doivent pas faire oublier que la «tendance lourde, profonde» va dans le sens de la création d'entreprises européennes (par la taille et par le mélange des nationalités). Nous avons aujourd'hui davantage de marché européen qu'hier, demain nous en aurons encore plus. Les agents économiques sont en train d'anticiper le marché unique et ouvert. C'est la rapidité de cette tendance qui provoque les quelques réactions et difficultés actuelles, estime le président, en observant: « Nous avons des entreprises européennes dans l'aéronautique, dans l'acier ; dans la défense ; pourquoi ne les aurions-nous pas dans l'énergie» ?

3. Le débat sur le nucléaire. M. Barroso a été très clair: la Commission n'interviendra pas dans l'energy mix qui sera choisi par chaque Etat membre, elle respectera les choix nationaux. Mais elle estime que le Sommet doit avoir à ce sujet un débat transparent et objectif, afin que les orientations de chacun soient connues, que les aspects de la sûreté soient dûment pris en compte et qu'une cohérence européenne existe.

4. La préférence de la Pologne pour une gestion mondiale de l'énergie (voir notre bulletin n. 9140) Nous tenons compte des soucis polonais, a dit M. Barroso, mais le principe de la solidarité communautaire est au centre de ce que la Commission préconise et des instruments qu'elle envisage (gestion des stocks, négociations en commun avec les pays tiers, etc.). Le Commissaire Piebalgs a ajouté que le Livre vert couvre entièrement les préoccupations polonaises. Ce qui n'empêche que les orientations actuelles du gouvernement polonais appellent quelques remarques dont cette rubrique rendra compte prochainement.

(F.R.)

 

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