Bruxelles, 23/02/2006 (Agence Europe) - Au terme de la première phase de l'enquête antidumping lancée en juillet dernier après le dépôt d'une plainte des industriels européens de la chaussure, le Commissaire au Commerce, Peter Mandelson, a recommandé jeudi aux Etats membres de l'Union d'imposer, à partir du 7 avril, des droits compensatoires provisoires contre les importations de chaussures en cuir en provenance de Chine et du Vietnam. Des mesures antidumping contre les chaussures de sécurité provenant d'Inde ne sont en revanche pas recommandées.
L'enquête menée depuis neuf mois par les services de la DG « Commerce » dans des entreprises désignées conjointement avec les autorités de Beijing et d'Hanoi ont donné « la preuve manifeste d'une intervention de l'Etat sur une échelle stratégique en Chine et au Vietnam », a expliqué M. Mandelson devant la presse. « A l'avantage comparatif détenu par ces deux pays (en termes de coûts du travail) s'ajoute une attitude contraire aux règles de concurrence », a-t-il poursuivi avant de préciser que l'enquête avait révélé des pratiques déloyales telles que le financement à taux préférentiel, des exemptions fiscales, des loyers fonciers non conformes aux prix du marché et une évaluation incorrecte des actifs. Sous la forme de subventions déguisées permettant aux producteurs chinois d'exporter vers le marché communautaire des chaussures en cuir à un prix inférieur à leur prix de production, « ce dumping soutenu par l'Etat cause de graves dommages aux fabricants européens », a souligné
M. Mandelson. Selon la Commission, depuis 2001 la production de chaussures en Europe a reculé d'environ 30%, les prix à l'importation ont chuté de plus de 20% et le secteur a perdu près de 4 000 emplois. Si cette évolution n'est pas seulement due aux produits importés en dumping, l'intervention publique en Chine et au Vietnam a exacerbé une concurrence déjà intense. M. Mandelson propose donc d'imposer des droits provisoires qui atteindront 19,4% du prix à l'importation pour les chaussures chinoises et de 16,8% pour les chaussures vietnamiennes à partir du 15 septembre prochain. Ces droits, auparavant, auront été introduits progressivement et seront respectivement pour les chaussures chinoises et vietnamiennes: - de 4,8% et 4,2% du 7 avril au 1er juin ; - de 9,7% et 8,4% du 2 juin au 13 juillet ; - de 14,5% et 12,6% du 14 juillet au 14 septembre. La progressivité de cette procédure doit permettre aux importateurs, distributeurs et détaillants de disposer d'une période de transition visant à leur garantir que leurs marchandises ne soient pas soudainement frappées d'un taux plein inattendu de droits à leur arrivée à la frontière. M. Mandelson souhaite toutefois recommander que soient exclues des mesures provisoires: - les chaussures pour enfants, « dans l'intérêt des familles avec des jeunes enfants » ; - les chaussures de sport de haute technologie, car l'enquête souligne que la production en Europe de cette catégorie de chaussures n'est pas suffisante pour avoir subi un préjudice. Au bout de six mois, sur la base d'un réexamen de marché (l'enquête va maintenant entrer dans sa deuxième phase), les Etats membres pourront décider de prolonger ou pas ces mesures, qui seront débattues lors d'une réunion du Comité antidumping le 9 mars.
« Les intérêts à la fois des consommateurs et des détaillants ont été soigneusement mesurés », a expliqué M. Mandelson qui a précisé que ces mesures antidumping concerneraient seulement 9% des paires de chaussures achetées par les consommateurs européens. En effet, selon les chiffres de la Commission, si l'Union imposait 20% de droits compensatoires sur un prix d'importation moyen de gros qui est actuellement de 8,5 euros, cela entraînerait une hausse de seulement 1,5 euro sur le prix de chaussures en cuir vendues entre 30 et 100 euros au détail. Cette hausse, d'autre part, n'a rien de certain, puisque les distributeurs pourraient choisir d'absorber cette hausse sur leurs marges ou leurs autres ventes. M. Mandelson a donc insisté sur « l'exercice d'équilibre » entre les intérêts des distributeurs, des industriels qui fabriquent sur le territoire européen et des grandes marques internationales qui ont largement délocalisé leur production en Asie. Et, se défendant de vouloir recourir à des mesures protectionnistes, il a assuré que la Commission s'efforcerait d'examiner ce dossier en étroite collaboration avec les autorités de Beijing et d'Hanoi.
Le ministre danois des Affaires économiques, Bendt Bendtsen, a aussitôt réagi en se disant « préoccupé que la Commission ait trouvé nécessaire de prendre des mesures protectionnistes mettant en danger le libre-échange, les compagnies et les consommateurs européens ». Même si M. Mandelson s'est efforcé de trouver un juste équilibre et a proposé des mesures moins importantes que l'on aurait pu le craindre, le Danemark reste « critique » à l'égard de telles mesures, a ajouté M. Bendtsen. Mercredi, Eurocommerce, qui défend les intérêts des distributeurs et détaillants en Europe, ainsi que le BEUC (Organisation des consommateurs européens ) ont, dans une déclaration commune, appelé l'Union à s'abstenir d'imposer des mesures antidumping contre les chaussures en cuir chinoises et vietnamiennes qui pourraient se traduire par une augmentation des prix de vente au détail de plus de 10 euros la paire, au détriment des consommateurs européens.