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Bulletin Quotidien Europe N° 9138
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La BEI et les difficultés budgétaires de la stratégie de Lisbonne

La BEI et la prise de risque. La Banque européenne d'investissement a fait le choix d'intensifier sa participation à la politique de l'UE en faveur des pays africains et sa contribution au succès de la stratégie de Lisbonne. C'est ainsi que j'interprète les décisions et orientations annoncées par son président Philippe Maystadt, d'abord en créant, avec la Commission européenne, un Fonds fiduciaire (Trust Fund) qui soutiendra le développement des infrastructures en Afrique, ensuite en exposant au Conseil Economie/Finances son projet pour le financement du volet recherche de la stratégie de Lisbonne. Ayant été confirmé à la présidence de la BEI pour une nouvelle période de six années, M. Maystadt a évidemment considéré qu'il pouvait désormais engager l'institution dans de nouvelles initiatives à moyen terme.

Ces initiatives ont une caractéristique commune: un engagement accru dans la prise de risques. C'est une querelle ancienne. Une partie des emprunteurs (réels ou potentiels), certains parlementaires européens et quelques services de la Commission reprochaient à la BEI d'être trop frileuse, de ne financer que des opérations sûres. La réponse, on la connaît: la BEI (qui avait dû d'abord acquérir la confiance du monde bancaire, plutôt méfiant à sa naissance) doit veiller à consolider son «triple A» qui lui permet d'emprunter aux meilleures conditions. La perte de cette notation signifierait aggraver le coût de ses financements, au détriment de tous ses clients. Ses deux nouvelles initiatives combinent, en recourant en partie à ses réserves et à l'intervention du budget de l'Union, la prise de risque avec la crédibilité financière, à l'avantage de deux politiques européennes prioritaires - aide au développement et recherche - en confirmant que l'orientation fondamentale ne consiste pas à maximiser les profits mais à accompagner l'action et les politiques de l'UE.

10 milliards supplémentaires pour la recherche. L'initiative «recherche» est, sous l'angle cité, significative (je reviendrai demain sur l'initiative africaine). La relance de la recherche est l'un des piliers de la stratégie de Lisbonne, l'objectif de l'UE étant de consacrer à ce domaine 3% du PIB européen. Or, cet objectif est compromis par les restrictions budgétaires: les perspectives financières 2007- 2013 établies par les chefs de gouvernement ont durement réduit les crédits proposés par la Commission et demandés par le Parlement européen. Quelques retouches sont encore possibles dans la négociation finale qui est en cours, mais des raisons financières (déficits budgétaires nationaux) et politiques (refus de plusieurs Etats membres d'augmenter sensiblement les dépenses européennes) rendent irréaliste l'espoir de revenir aux chiffres de la Commission et du PE. Dans ce contexte, la BEI a annoncé sa disponibilité à intervenir. Elle est déjà impliquée, on le sait, dans la stratégie de Lisbonne au niveau de 50 milliards d'euros pour la période 2000/2010, dont 35 milliards sont déjà prêtés (efficacité énergétique, recherche, soutien aux PME, infrastructures). Par la nouvelle initiative, elle est disposée à engager 10 milliards d'euros supplémentaires pour la période 2007-2013, spécifiquement destinés à des projets à risque où elle estime que normalement elle ne pourrait pas intervenir (les résultats d'une recherche ne sont jamais, par définition, acquis à l'avance).

Les conditions du succès. Comment combiner risque et garanties? Par une couverture financière ad hoc des «risques de perte» potentiels. La BEI a évalué à 2 milliards d'euros le coût de cette couverture: un milliard serait fourni par les bénéfices de la BEI elle-même dans la période considérée, et un milliard devrait être mis à disposition par la Commission européenne sur la dotation du nouveau programme «recherche». Ainsi, un milliard prélevé sur le budget pourrait contribuer à des investissements pour 10 milliards, et peut-être davantage, dans des projets auxquels la BEI ne participerait pas normalement.

Le succès de l'opération, à laquelle le Conseil Ecofin a réservé un accueil de principe positif, est subordonné à trois conditions: a) que les nouvelles perspectives financières et le nouveau programme européen de recherche soient définitivement approuvés ; b) que la Commission, qui gère le programme de recherche, confirme sa disponibilité à réserver environ un milliard (éventuellement récupérable) à cette opération ; c) que le secteur privé s'engage dans l'opération. Ce dernier point est évidemment essentiel. Le retard de la recherche en Europe par rapport notamment aux Etats-Unis résulte essentiellement de l'insuffisance des investissements privés. Les entreprises qui annoncent cette année encore des bénéfices record, ne peuvent pas continuer à les réserver à leurs actionnaires et managers en négligeant les investissements tout en exigeant, pour la recherche, des financements publics. Un certain équilibre doit être rétabli. De ce point de vue, le projet de la BEI représente presque un test. (F.R.)

 

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