Strasbourg, 18/01/2006 (Agence Europe) - En adoptant mardi (662 oui, 12 non et 19 abstentions) le rapport de Christa Prets (PSE, autrichienne) sur « des stratégies de prévention de la traite des femmes et des enfants vulnérables à l'exploitation sexuelle », le Parlement européen préconise une série de mesures portant à la fois sur la prévention, la sensibilisation et la répression et pose pour la première fois, comme l'a souligné dans son intervention la Française Nicole Fontaine, la coordinatrice du Groupe PPE-DE sur ce rapport, « les jalons d'une véritable politique commune de lutte contre ce terrible fléau des temps modernes ». Le Parlement demande notamment de prévoir à l'échelle de l'UE une journée avec un logo international contre la traite, d'adopter des mesures législatives pour empêcher d'utiliser les nouvelles technologies, en particulier l'Internet, pour exploiter des femmes et des enfants à des fins sexuelles, et de: - prendre des mesures pour lutter contre la traite des femmes et la prostitution forcée lors de grands événements sportifs (tels que la Coupe mondiale de football 2006 en Allemagne) ; - organiser des campagnes de sensibilisation en direction à la fois des personnes vulnérables dans les pays d'origine, pour les alerter sur les risques de la traite, et du public dans les pays de destination, pour réduire la demande. Le Parlement souligne l'importance de la coopération avec le Conseil de l'Europe et d'autres organisations internationales pour développer des orientations communes. Le Parlement note que seules la Belgique et l'Italie ont jusqu'à présent instauré un droit de séjour pour les victimes de la traite des femmes après que les trafiquants aient été jugés et souligne qu'il serait opportun d'inciter les victimes à s'exprimer et à contribuer ainsi à prouver la culpabilité des suspects, et aussi d'autoriser les déclarations anonymes dans le cadre des enquêtes sur ce type de trafic.
Dans les statistiques, « le sujet est encore tabou », a constaté lors du débat lundi soir Christa Prets, dont le rapport évoque entre 600.000 et 800.000 victimes par an à travers le monde (100.000 femmes dans l'UE). « Nous avons besoin d'un système de collecte de données uniforme », dit Mme Prets, qui demande un système de sanctions modernes et « beaucoup de préventions » en direction du triangle client-commerçant-victime. Il s'agit d'un « devoir moral et pas seulement institutionnel et juridique », a estimé le Commissaire Franco Frattini, qui a assuré: la lutte contre le trafic organisé des êtres humains est « une priorité personnelle de mon mandat ». Le Commissaire chargé de la justice, de la liberté et de la sécurité a abondé dans le sens du rapporteur, s'exprimant en faveur d'une approche intégrée fondée sur « le principe du respect absolu de chaque personne humaine ». M. Frattini a souligné que des efforts techniques se poursuivront pour parvenir à développer avec Europol une base de données. En outre, il s'est prononcé pour un soutien aux victimes qui, a-t-il dit, ne doivent pas être aidées uniquement au moment où elles collaborent avec la police, mais doivent être aussi aidées à se réinsérer dans la société. Je comprends que le rapporteur ne veut pas mettre au centre du débat la question de la prostitution, mais mon avis personnel est qu'il faudra aussi aborder ce thème, a-t-il ajouté, en estimant qu'il faut s'attaquer au phénomène sous l'angle du consommateur et faire preuve de plus de dureté à l'encontre des clients. Inger Segelström (PSE, suédoise) a elle aussi appelé à traiter la question de la prostitution. Force est de constater qu'en dépit d'un intérêt médiatique récent, la prise de conscience est encore faible, a déploré Nicole Fontaine (PPE-DE, française). L'ancienne Présidente du Parlement européen se félicite pour sa part que le rapporteur « évite opportunément le débat entre traite et prostitution », que les divergences entre législations nationales feraient tourner court. Sur le même sujet, Lissy Gröner (PSE, allemande) et sa compatriote de la GUE-NGL, Feleknas Ucka, ont rappelé que lors de la Coupe du monde de football 40.000 prostituées supplémentaires devraient être « recrutées ». M. Frattini leur a assuré qu'il écrirait au gouvernement allemand pour qu'il veille à ce problème, tout en estimant que les autorités fédérales disposent de suffisamment d'instruments pour le combattre.