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Bulletin Quotidien Europe N° 9112
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Energie: l'UE peut avoir confiance si le « réflexe européen » joue

Le dossier de l'énergie est pratiquement inépuisable. Chaque fois que j'y consacre un commentaire, je suis conscient de ses lacunes. Même les aspects qui paraissent les plus évidents ont des contre-indications et suscitent des controverses. Je ne parle pas de l'énergie nucléaire ni de l'exploitation des schistes bitumineux, où les oppositions sont claires. Mais il y a aussi les réserves à l'égard des parcs d'éoliennes, les critiques aux installations portuaires destinées à accueillir le gaz liquéfié, les polémiques à propos de la possibilité de développer sur une grande échelle les biocarburants dans une Europe où les grands espaces sont peu nombreux. Pour ne pas parler des manœuvres politiques sous-entendues et des intérêts personnels camouflés en intérêts nationaux. La Commission européenne devrait tenir compte de tous les aspects, sans craindre d'aborder aussi les «sujets qui fâchent» dans le document d'ensemble qu'elle prépare à l'intention du Sommet de mars (voir cette rubrique dans le bulletin n. 9103). En attendant, je poursuis mes remarques éparses.

1. L'UE et les péripéties russo-ukrainiennes. L'accord entre Gazprom et Naftogaz n'a pas réglé le conflit ni apaisé les polémiques. Et ceci qui est compréhensible en raison la nature spéciale des relations entre la Russie et l'Ukraine. Ces deux grands pays sont liés par l'histoire et la culture (une partie des Ukrainiens parlent russe, et nombre de grands de la littérature russe sont nés en Ukraine, il suffit de citer Gogol), ainsi que par les accords particuliers concernant la Crimée et l'ancienne flotte soviétique. Moscou a avalé la politique de l'Ukraine de rapprochement à l'UE, mais il fallait s'attendre à ses réactions économico-politiques. Le gouvernement de Kiev insiste à présent pour que l'UE accepte la candidature de son pays à l'adhésion, mais l'Europe ne peut pas prendre sous la pression des événements une décision qui implique ses frontières futures et sa politique de voisinage, ainsi que de toute évidence ses relations avec Moscou. Des attitudes émotives seraient totalement déplacées, aussi bien de la part du Conseil que du Parlement européen.

2. Rien à modifier à l'égard de la Turquie. La même attitude prudente s'impose à l'égard de la Turquie. Les événements récents ont confirmé, voire renforcé l'importance des projets de gazoducs destinés à transporter en Europe le gaz en provenance de la mer Caspienne et des pays avoisinants, parce que la diversification des sources d'approvisionnement est vitale pour l'UE. Mais j'estime, contrairement à d'autres observateurs, que cette exigence stratégique n'a rien à voir avec l'adhésion turque. Il n'est pas indispensable d'être membre de l'UE pour lui fournir de l'énergie. On ne fait pas partie de l'Union parce qu'on a du pétrole ou du gaz à vendre ou à transporter. Autres sont les critères et ils ne changent pas.

3. La dépendance est réciproque. Si l'Europe définit et applique des politiques efficaces et déterminées d'économies d'énergie, de diversification des sources et de développement d'énergies alternatives, elle ne doit pas craindre les chantages des pays fournisseurs, que ce soit l'Iran ou d'autres. Elle dépend de ses fournisseurs, mais ceux-ci dépendent d'elle. La distance est grande entre les rodomontades et la réalité. 90% des exportations de Gazprom sont dirigées vers l'UE et représentent une ressource vitale pour le budget russe. Pendant les crises politiques avec les Etats-Unis, les fournisseurs sud-américains attaquent copieusement les autorités de Washington, mais ils n'ont jamais interrompu leurs fournitures pétrolières, le Venezuela en tête. La Bolivie souhaite attirer les investissements européens, tout en négociant, c'est son droit, de nouveaux contrats ; elle aura les uns et les autres, si elle offre la sécurité juridique. Et personne n'ignore à quel point certaines revendications d'autonomie sentent le pétrole, que ce soit en Iraq, en Turquie ou ailleurs, Certes, la soif énergétique croissante de la Chine et de l'Inde aiguise la concurrence, mais ces pays ont besoin eux aussi de stabilité et de prix raisonnables. Pour tous, les vrais ennemis sont les terroristes.

4. Avoir confiance. L'UE dispose des atouts nécessaires pour faire face à la situation et pour l'améliorer, si les chefs de gouvernement ont, les 23 et 24 mars, le «réflexe européen», même si certaines orientations sont très controversées. Pour le nucléaire, si les positions des Etats membres continuent à diverger, il faudra accepter que le choix reste national, tout en admettant que les adversaires du nucléaire continuent librement leur bataille. Les orientations qui font l'unanimité (lutte contre les gaspillages, préservation de l'environnement, soutien à l'utilisation de la biomasse) doivent être confirmées et consolidées au niveau communautaire, l'ouverture des marchés et la concurrence doivent être renforcées, le progrès scientifique et technologique (dans le nucléaire, la réduction de la consommation dans les transports, la liquéfaction du gaz, etc.) doit être soutenu. Si c'est le cas, l'Europe peut et doit avoir confiance en elle-même.

(F.R.)

 

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