Strasbourg, 18/01/2006 (Agence Europe) - Sans surprise, et à une large majorité, le Parlement européen a rejeté mercredi la proposition de directive visant à libéraliser les services portuaires au sein de l'Union européenne. En adoptant par 532 voix pour, 120 contre et 25 abstentions les propositions de rejet déposées par plusieurs groupes politiques (Verts/ALE, GUE/NGL, PSE, ALDE, IND/DEM), le Parlement a dit non, pour la seconde fois, aux tentatives de la Commission européenne d'ouvrir les ports de l'UE à la concurrence. Dans un communiqué, le Commissaire chargé des Transports Jacques Barrot a fait savoir qu'il allait proposer à la Commission de « tirer toutes les conséquences » de ce vote.
Visiblement amer lors de la conférence de presse donnée à l'issue du vote, le rapporteur sur le dossier, le chrétien-démocrate allemand Georg Jarzembowski, a qualifié le vote de « négatif pour les entreprises (…) et les salariés » portuaires, qui ne bénéficieront, selon lui, d'« aucune sécurité juridique » dans les années à venir. « Je suis triste », a-t-il ajouté en espérant que la Commission « osera reprendre un nouveau départ ». Déception également, mais pour d'autres raisons, de l'Italien Paola Costa (ALDE), président de la commission des Transports, pour qui ce vote « émotif (…) n'aurait pas dû avoir lieu ». « Il aurait fallu dire que c'était honteux il y a six mois », a estimé M. Costa, dont une demande de renvoi de la proposition en commission parlementaire a été rejetée par le Parlement. Dans un communiqué, le groupe ALDE, qui s'est finalement rallié au rejet du texte, invite la Commission à « mener un processus complet de consultation avec toutes les parties concernées et à présenter, dès que possible, un Livre blanc sur les activités portuaires couvrant tous les aspects de la concurrence dans le secteur portuaire ».
Le triomphalisme était par contre de mise à gauche. « Le paquet portuaire est mort », s'est félicité le social-démocrate allemand Willi Piecyk, pour qui « ce texte est totalement superflu » car « la situation est bonne dans les ports » de l'UE. Qualifiant le vote de « historique », M. Piecyk n'a pas hésité à pointer du doigt « la faute de la Commission », car « le contenu était franchement mauvais, très mauvais (…), on ne pouvait pas l'améliorer ». « Maintenant, la Commission doit assumer ses responsabilités. Cette proposition doit être retirée. Au Parlement, elle est morte », a-t-il conclu. Pour le vert allemand Michael Cramer, même s'il a hérité de ce projet de la Commissaire Loyola de Palacio, le Commissaire Barrot n'est pas « innocent », car le projet a été adopté par le Collège « avec sa voix ». « M. Barrot serait bien avisé d'enterrer cette proposition », a-t-il prévenu. La « bombe à retardement » de l'ancienne Commissaire en charge des Transports Loyola de Palacio « a été rendue inoffensive », s'est félicité le Néerlandais Erik Meijer (GUE/NGL) pour qui «il ne faut plus mettre l'accent sur la libéralisation, mais sur la transparence » des investissements dans le secteur.
Dans un communiqué, le président du groupe GUE/NGL, le Français Francis Wurtz, a appelé ses troupes à poursuivre son combat contre la libéralisation en s'attaquant maintenant à la proposition de directive « Bolkestein », qui est à l'agenda de la session plénière du Parlement mi-février (rapport Gebhardt: NdlR). « Et maintenant, cap sur (la directive) Bolkestein » qui « prolonge et amplifie la même logique libérale » que la proposition de directive sur les services portuaires, « après le succès du rejet de la « Bolkestein des ports », (…), notre appel est plus actuel que jamais: les conditions de la victoire de la mi-janvier nous montrent le chemin vers un possible succès à la mi-février. Aidez-nous », peut-on lire dans le communiqué de M. Wurtz.
Satisfaction également pour le conservateur britannique Philip Bradbourn selon qui « le Royaume-Uni a échappé à un projet de législation totalement non voulu qui aurait ramené nos industries portuaires aux années 1970 ». « J'espère que la Commission tiendra compte de notre opposition et jettera ses plans une fois pour toutes », a-t-il ajouté.
« Le vote de ce jour est clair et net. Il ne laisse planer aucun doute sur la position du Parlement sur cette proposition », a indiqué M. Barrot, qui va à présent proposer au collège de la Commission « d'en tirer toutes les conséquences » et « de continuer le travail avec tous les acteurs concernés (Etats, opérateurs, utilisateurs, syndicats), en concertation avec le Parlement, pour jeter les bases d'une véritable politique européenne des ports qui permette d'encadrer et de rassurer les investisseurs ». « Je souhaite apporter, de la manière la plus appropriée, les réponses dont les ports européens ont besoin sur des sujets comme la transparence des tarifs, l'usage des infrastructures, le recours aux aides d'Etat et, plus généralement, l'intégration des ports dans la chaîne intermodale », a dit le Commissaire Barrot, qui a également insisté afin qu'on ne perde pas de vue « l'objectif que poursuivait ce texte », à savoir « aider les ports européens à répondre efficacement à l'augmentation du trafic maritime et au risque de saturation des capacités portuaires ».