Hong-Kong, 19/12/2005 (Agence Europe) - « S'il ne fait pas de la Conférence un véritable succès, le compromis auquel nous sommes parvenus sauve certainement le Doha Round de l'échec », a estimé le Commissaire au Commerce Peter Mandelson, à l'issue de la cérémonie de clôture de la 6ème Conférence ministérielle de l'OMC. M. Mandelson a salué l'adoption d'un paquet de mesures en faveur des PMA et félicité son homologue zambien, Dipak Patel, pour son engagement au nom des pays les plus vulnérables durant la semaine de discussions. Le Commissaire a toutefois estimé que « la non couverture de tous les produits des PMA dans le cadre de l'initiative « duty free-quota free » constitue une déception ». Il considère « décevantes » aussi les avancées en termes d'accès au marché sur le volet des NAMA. Le représentant américain au Commerce, Rob Portman, a pour sa part mis l'accent sur la nécessité de parvenir à « une percée sur la réduction des droits de douane (...), sans quoi les négociations agricoles et le Doha Round n'aboutiront pas ». « Je qualifierais de modeste, mais pas d'insignifiant, le texte de déclaration ministérielle », a estimé le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, à moitié satisfait de la percée que représente la fixation d'une date pour l'élimination des subventions à l'exportation de produits agricoles. « C'est un compromis honnête. Nous voulions la date de 2010 pour la fin des subventions. C'est une déception. Mais nous avons désormais une date, et une date pour toutes les formes de subventions à l'exportation qui donne de la crédibilité au processus », a-t-il expliqué devant la presse. « L'Union doit quelque chose aux pays en développement. Nous avons montré une véritable volonté de négocier. Nous n'avons pas eu le sentiment qu'il en était de même de l'autre côté », a déclaré le ministre argentin du Commerce, Alfredo Chiaradia, soulignant en particulier les difficultés des Européens à faire des concessions en termes d'accès au marché agricole. « Je suis sûr que nous parviendrons à la fin de ce cycle parce que notre élan ne fera que se renforcer. La nouvelle architecture économique de cette décennie doit être reconnue par le monde développé », a commenté quant à lui le ministre indien du Commerce, Kamal Nath, qui, pendant toute la semaine, avait appelé les pays riches à éliminer leurs subventions agricoles, premier facteur, selon lui, de « perpétuation des inégalités ». « On attendait beaucoup plus sur les dossiers agricole, coton et paquet de mesures en faveur des PMA », a noté le ministre mauricien du Commerce et porte-parole des ACP, Madun Dullo. « Nous notons quelques progrès dans les services et les NAMA, mais nous soulignons l'inconsistance des mesures du paquet aide au commerce », a-t-il ajouté, en mettant également l'accent sur les inquiétudes des ACP concernant le parallélisme établi dans le texte de compromis sur les démantèlements tarifaires dans les volets agricole et industriel (qui doivent être accomplis « à un niveau d'ambition comparablement élevé »).
José Manuel Barroso: « Ceux qui croient que le succès de Doha dépendra des concessions agricoles de l'UE se trompent »
Grâce à l'accord à Hong-Kong, « le cycle de Doha est encore une bonne voie, ce qui est un résultat positif en soi », a commenté lundi le Président Barroso devant la presse à Bruxelles (voir autre nouvelle). Pour que le cycle soit un succès, il faudra que tous les membres de l'OMC fassent en 2006 des concessions substantielles, notamment dans les domaines des services et des produits industriels. M. Barroso avertit: « L'UE ne pourra pas sauver ce cycle à elle seule ». « Si nos partenaires pensent que le succès du cycle de Doha sera fondé sur des concessions européennes en matière agricole, ils se trompent. Si les autres veulent un accord, il faudra qu'ils acceptent de faire des concessions dans les domaines des produits industriels et des services. J'espère que c'est clair maintenant», a souligné M. Barroso. A Hong-Kong, a affirmé M. Barroso, il y a eu une “excellente coopération” entre les Etats membres et la Commission, et les deux Commissaires Peter Mandelson (commerce) et Mariann Fischer-Boel ont fait un « travail excellent » en gardant une « ligne forte de l'Union, en dépit des pressions » exercées sur eux, notamment en matière agricole (où l'UE a fait preuve d'une « flexibilité considérable »). L'engagement de supprimer progressivement les subventions à l'exportation d'ici 2013 est une « contribution importante » de l'UE au succès de Doha, mais cet engagement est strictement conditionnel: « nous le ferons d'ici 2013, mais seulement si les autres supprimeront aussi leurs subsides à l'exportation ou toutes les autres mesures équivalentes aux subventions à l'exportation », a insisté M. Barroso. Le résultat de Hong-Kong en matière de développement est « relativement bon », a-t-il encore estimé.
Commentaire de la Commissaire Mariann Fischer Boel
Dans un communiqué, la Commissaire européenne à l'Agriculture Mariann Fischer Boel se félicite que la date retenue pour l'élimination des subventions à l'exportation soit 2013, ce qui « est clairement lié à la période lorsque la réforme actuelle de la PAC sera pleinement opérationnelle ». Le reste du texte de Hong-Kong à ce sujet « n'est pas un cadeau de Noël pour nous », admet-t-elle, en ajoutant: ce qui compte, c'est que nous définirons plus tard ce que signifie le mot « substantiel », et que nous n'accepterons pas que cela aille jusqu'à semer le désordre sur nos marchés et à exiger de nouvelles réformes.