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Bulletin Quotidien Europe N° 9089
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/conseil europeen

Les députés attaquent la Présidence britannique -
M. Alexander: nous sommes prêts à payer « notre part équitable, mais pas plus » -
M. Barroso exhorte la présidence à faire plus

Strasbourg, 14/12/2005 (Agence Europe) - Lors de leur débat de mercredi matin sur le Conseil européen de jeudi et vendredi, les députés européens, mécontents de devoir s'exprimer sans savoir ce que serait la nouvelle proposition de la présidence du Conseil sur les perspectives financières 2007-2013, attendue seulement quelques heures plus tard (voir autre nouvelle), ont été presque unanimes pour dénoncer, avec plus ou moins de véhémence, les défaillances du semestre de Présidence britannique, mais aussi l'attitude des gouvernements en général. A propos des perspectives financières (le « plat de résistance » de ce Sommet, comme l'a dit le Président Barroso), le ministre britannique aux Affaires européennes Douglas Alexander s'est borné à prévenir: ce que nous allons présenter aujourd'hui ce n'est pas une proposition « entièrement nouvelle », il s'agit d'une proposition révisée, qui doit être « réaliste » comme la précédente, étant donné l'état des budgets des Etats membres. « La marge de négociation est étroite », a-t-il averti. Et, au sujet du rabais britannique, il a précisé, en s'exprimant cette fois comme ministre britannique et pas comme président du Conseil: « nous sommes prêts à payer notre part équitable, mais pas plus ». Les propositions de juin dernier auraient signifié que notre contribution nette au budget de l'UE aurait dépassé d'un tiers celle de la France, a-t-il noté, en insistant: ceci n'est pas équitable, et nous ne l'accepterons ni cette semaine, ni l'année prochaine. Nous avons besoin d'un accord qui soit acceptable non seulement pour les pays bénéficiaires de nos politiques, mais aussi pour ceux qui contribuent le plus à ces politiques, a mis en garde M. Alexander.

José Manuel Barroso a résumé en conclusion la teneur de ce débat: j'ai ressenti surtout un « sentiment d'inquiétude très sérieuse face à un manque d'ambition qui pourrait hypothéquer » notre avenir, inquiétude pour le risque d'une « Europe à deux vitesses, divisée, pour sa capacité de se doter des moyens nécessaires pour faire face victorieusement à la mondialisation et, donc, se battre pour le bien-être et l'emploi de nos citoyens ». « Je vais fortement exprimer cette inquiétude devant les chefs d'Etat et de gouvernement », a assuré le Président de la Commission européenne aux députés, tout en ajoutant: « la messe n'est par encore dite (…). Demain, nous devons parvenir à un accord qui ouvre réellement des perspectives, et pas seulement des perspectives financières ». Et, en s'adressant à la Présidence britannique, il a lancé: n'êtes-vous pas préoccupés de voir que la majorité écrasante des députés rejette votre propositions ? Ne trouvez-vous pas « étrange » que les seuls députés satisfaits de ce manque d'ambition soient justement ceux qui ont une vision « nationaliste, étroite et rétrograde » de l'Europe ? La contradiction entre la vision esquissée par Tony Blair il y a six mois et le manque d'ambition de la Présidence britannique n'est-elle pas « étrange » ? Pensez « stratégiquement », a dit M. Barroso à la présidence, mais aussi aux autres Etats membres, en estimant qu'un accord est possible, mais qu'il exigera qu'on se comporte en « hommes d'Etat ». Cet accord, a-t-il répété, devra comporter: un niveau plus élevé de dépense, un traitement équitable pour les nouveaux Etats membres, une adaptation du rabais britannique (ce dont on parle maintenant n'est pas son abolition, mais la réduction de son augmentation, a-t-il lancé), une réelle clause de révision de la structure du budget, la prise en compte de certaines très bonnes suggestions du Parlement européen, par exemple sur la flexibilité (voir autre nouvelle sur la conférence de presse de M. Barroso).

Au cours du débat, Gary Titley a été le seul à prendre la défense de la Présidence britannique (qu'il a félicitée notamment pour les résultats sur REACH et l'eurovignette). Le travailliste britannique a demandé à Douglas Alexander, en ironisant sur les prétentions des autres Etats membres: pourriez-vous nous dire quel Etat membre va au sommet en demandant ce qu'il peut faire pour l'Europe plutôt que ce que l'Europe peut faire pour lui ? La salve de critiques est partie avec Hans-Gert Pöttering, président du groupe PPE-DE, qui a martelé: pour nous, le critère essentiel est la solidarité, et si l'accord sur le budget ne l'exprime pas, « nous serons obligés de le rejeter ». Le rabais britannique est désuet, et à terme il doit disparaître, a estimé l'élu de la CDU, en s'écriant: si les pays d'Europe centrale et orientale doivent payer ce rabais, ça ne va pas. Très remonté, le président du groupe socialiste Martin Schulz a rappelé: en juin dernier, Tony Blair disait que nous sommes en crise par manque de leadership, mais six mois après je ne vois toujours pas de signes de leadership, et « s'il y a crise, c'est la crise du Conseil européen » dans son ensemble. Toutes les présidences du Conseil, a remarqué le social-démocrate allemand, nous disent: ne plaidez pas trop pour l'Europe, ce n'est pas un thème « attrayant » pour les citoyens ; or, ce n'était pas très différent il y a cinquante ans, mais alors nous étions gouvernés par des hommes d'Etat, pas par des « commerçants ». « Nous en avons marre, ça ne peut pas continuer comme ça », a-t-il lancé. A propos du rabais britannique, il a parlé de « nouvelle mathématique », selon laquelle la réduction d'une augmentation est une vraie baisse. Il y a six mois, nous avions applaudi la vision de Tony Blair, y compris concernent l'investissement en un « avenir hig tech pour notre Union », s'est souvenu M. Schulz, qui a dit à Douglas Alexander: le 10 avril 1912, la foule avait applaudi, à Southampton, le départ du symbole de high tech qu'était …le Titanic. « Aujourd'hui, nous sommes sur le bateau de la Présidence britannique. Le capitaine n'est pas William Dennis Smith, mais Anthony Charles Lynton Blair. Et notre capitaine a un grand avantage sur le pauvre Smith. Il a l'iceberg en face de lui, et il a encore le temps de l'éviter (…). Laissez-moi vous donner nos coordonnées pour l'iceberg. C'est 1,03%. C'est le centre de l'iceberg. N'allez pas dans cette direction (…), choisissez la direction Böge et vous arriverez dans un port

sûr », a plaisanté M. Schulz en faisant allusion au rapport Böge sur les perspectives financières adopté en juin dernier par le Parlement. Il y a deux ans, un chef d'Etat et cinq chefs de gouvernement écrivaient au Président Prodi demandant de maintenir le budget à 1% maximum, a rappelé pour sa part le président du groupe ALDE Graham Watson, pour qui, « signée par des plumes empoisonnées », cette lettre est « la source de nos problèmes ». Car, a-t-il expliqué, certains signataires de cette lettre ont réclamé ensuite des politiques qu'ils ne sont pas prêts à financer… Pas d'accord, c'est mieux qu'un mauvais accord, car nous ne voulons pas compromettre les intérêts de l'Europe à long terme, a affirmé le libéral démocrate britannique, qui a salué la lettre envoyée lundi par le Président Barroso à Tony Blair (EUROPE n° 9087).

Très en verve, le coprésident du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a dénoncé « l'instrumentalisation du Parlement européen » par la Présidence britannique, « lorsque vous en avez besoin » vous n'avez pas pu faire passer la rétention de données dans votre parlement, vous le faites chez nous »). La présidence nous dit qu'il « faut être modernes », or, dans la dépense agricole, elle veut sacrifier le développement rural, qui est « ce qu'il y a de plus moderne » dans le budget, et pour l'énergie elle mise sur l'énergie nucléaire, qui est l'énergie « des années 60 », alors que « la modernité, c'est l'hydrogène », a-t-il protesté. Le vert allemand s'en est pris aussi aux autres pays « radins », y compris le sien, et a lancé à l'élue de l'UMP Françoise Grossetête: « dites à Chirac que la défense de la politique agricole française, telle qu'elle est, est un scandale ! ». Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, s'est indigné: « Comment peut-on envisager de régler les querelles politico-budgétaires britanno-britanniques sur le dos des nouveaux Etats membres (…), tout en se déclarant champion de l'élargissement ? ». Selon lui, « il fallait une bonne dose d'aplomb » à Jack Straw pour comparer les fonds alloués à ces pays à « deux plans Marshall », alors que le chèque britannique, « selon ses propres chiffres, représenterait entre 2000 et 2013 un plan Marshall pour la seule Grande-Bretagne, cinquième puissance économique mondiale ! Ce n'est plus l'Europe, c'est le jackpott ! ». Ne laissons pas revenir le temps « I want my money back », a plaidé M. Wurtz. Cristiana Muscardini, coprésidente du groupe UEN, a critiqué comme d'autres la présidence pour avoir présenté ses propositions à la dernière minute, alors qu'on aurait dû avoir le temps de les discuter entre toutes les institutions (elle l'a fait pour empêcher que les autres puissent faire des contre-propositions, a affirmé Jean-Marie Le Pen, élu du Front national français). Dans le même groupe, Roberta Angelilli s'est plainte: l'Italie est le principal payeur du chèque britannique, et Tony Blair « a choisi de faire exploser les contradictions d'une Europe déchirée par les égoïsmes nationaux ». Plusieurs autres députés italiens ont dénoncé les propositions britanniques, comme Enrico Letta (ALDE) qui a averti: c'est une vision de l'Europe fondée sur des « privilèges acquis », une Europe qui se trahit elle-même. Armando Dionisi (PPE-DE) a cité pour sa part De Gasperi qui disait, justement, « pour unir l'Europe, il faut se débarrasser d'un monde de privilèges, de lâcheté et de rancoeurs… ». Comme eux, Gerardo Galeto (PPE/DE, espagnol) a reproché à la Présidence britannique d'avoir brisé le principe européen de la cohésion, alors que la libérale danoise Karin Riis-Jorgensen a dit à Tony Blair (que le président Barroso avait comparé au « Sheriff de Nottingham », ennemi de Robin des Bois): « jouez le rôle de Robin des Bois, enlevez aux riches pour donner aux pauvres ! ». Ne créez pas un nouveau mur en Europe, a plaidé aussi Margie Sudre (PPE-DE, française), qui a dénoncé, en outre, dans la position britannique, « un sous-entendu qui frôle la menace: si la PAC n'est pas réformée en 2008, le Royaume-Uni garde son chèque inchangé ». « Quand arrêterez-vous de faire des voyages en Europe et vous commencerez à vivre en Europe ? », a demandé le vert autrichien Johannes Voggenhuber aux Britanniques.

Sortons de l'UE, réclament MM. Farage et Mote

Nigel Farage, coprésident du groupe Ind/Dem, a dit à M. Douglas: regardez la réalité en face, nous n'avons jamais été « si isolés (…) si mal aimés que maintenant en Europe », alors, je fais une proposition: prolongeons la Présidence britannique de six mois, et on verra que « nous ne sommes pas faits pour ce club ». Aux autres Etats membres, l'élu du UKIP a lancé: vous dites que nous freinons votre mouvement, alors « débarrassez-vous de nous, jetez-nous dehors ! ». Le non inscrit Ashley Mote, du même parti, a renchéri: « Monsieur Heath nous avait menti pour nous persuader d'adhérer », nous devons sortir de cette Union « qui n'est pas une démocratie parlementaire », mais un « nouveau Soviet où Poutine se sentirait chez lui ».

Déception des élus des nouveaux Etats membres

La proposition britannique reflète l'égoïsme des pays « grands et riches », a déploré le Polonais Bronislaw Geremek (ALDE), en appelant de ses vœux une Europe « pas seulement élargie, mais aussi unifiée ». Son compatriote Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE) a affirmé: il vaut mieux pas d'accord qu'un mauvais accord, nous demandons de la solidarité, « pas de la charité, nous ne sommes pas des mendiants ». C'est dommage, a dit le Polonais non inscrit Ryszard Czarnecki, qu'à l'époque du cinéma en trois dimensions on revienne au cinéma en noir et blanc d'il y a cinquante ans, avec le « Sheriff Barroso et le bandit Blair ».

Pour un message fort à l'égard du président iranien

Douglas Alexander a annoncé que le Conseil européen se prononcera aussi contre les dernières inacceptables déclarations du président iranien sur Israël (EUROPE n° 9088), et M. Pöttering a noté: ceux qui nient le droit d'Israël à exister le font aussi pour un Etat palestinien. J'ai une suggestion, a dit M. M. Cohn-Bendit : excluons les Iraniens des compétitions sportives internationales, alors il y aura débat chez eux.

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