Bruxelles, 21/06/2005 (Agence Europe) - Après trois jours de débats auxquels ont participé des membres des parlements nationaux d'Amérique latine et d'une délégation du Parlement européen emmenée par le socialiste portugais Manuel Antonio Dos Santos, la 17ème Conférence interparlementaire UE-Amérique latine, qui se tenait à Lima (Pérou) du 14 au 16 juin, s'est achevée par l'adoption d'un Acte final (préparatoire au 4ème Sommet UE-Amérique latine de Vienne en mai 2006) prévoyant le renforcement de l'intégration régionale et transatlantique et d'un dialogue sur les préoccupations communes des sociétés des deux continents.
La Conférence a notamment encouragé la mise en place d'une véritable zone de libre-échange latino-américaine d'ici 2010. L'Acte final demande que: (1) les négociations pour l'accord d'association et de commerce UE-Mercosur soient conclues avec succès dans les plus brefs délais. M. Dos Santos a souligné la nécessité d'une « impulsion politique pour surmonter les difficultés techniques qui bloquent depuis presque deux ans les pourparlers ». Il a regretté « qu'une fois de plus, les chiffres se sont imposés sur la volonté politique » et a averti: « si les deux parties ne donnent pas la priorité à la volonté politique pour faire progresser les négociations, alors le Sommet de Vienne est condamné à l'échec » ; (2) les négociations des accords d'association UE-Communauté andine et UE-Amérique centrale (Dialogue de San José) démarrent aussitôt que possible ; (2) les avantages dont bénéficient les pays andins et ceux d'Amérique centrale au sein du Système de préférences généralisées (SPG) soient maintenus ; (3) la dette extérieure des pays d'Amérique latine soit mieux négociée ; (4) des programmes d'investissements mixtes soient mis en œuvre afin de permettre l'intégration de l'Amérique latine dans les infrastructures de transport, les télécommunications et l'énergie.
Dans le domaine politique, l'Acte de Lima se prononce pour le renforcement de la démocratie participative, des institutions régionales et nationales et de partis politiques ouverts et démocratiques. Le fossé qui sépare les citoyens et les dirigeants et les partis politiques se creusant sans cesse, avec de graves conséquences pour le système démocratique, l'Acte de Lima encourage les efforts pédagogiques visant à faire reconnaître la politique comme instrument indispensable à tout changement institutionnel et au renforcement de partis politiques capables d'être les vecteurs des inquiétudes et des besoins des citoyens. La socialiste espagnole Rosa Diez Gonzalez a présenté à ce propos des suggestions visant à améliorer l'image des partis et des dirigeants politiques auprès des citoyens. Des institutions fortes étant la garantie d'une meilleure gestion de la mondialisation, la Conférence de Lima a notamment insisté sur la création d'une Assemblée euro-latino-américaine composée de membres du Parlement européen, des parlements régionaux et des Congrès du Mexique et du Chili et qui, sur le modèle de ce qui existe entre l'Europe et les pays de la zone Euromed, serve de cadre aux relations bilatérales. Du côté européen, cette idée a notamment été défendue par M. Dos Santos et l'Espagnol José Ignacio Salafranca (PPE). En outre ont été envisagées des mesures visant à renforcer le dialogue entre les deux continents: création d'un Secrétariat permanent chargé d'encourager les travaux interparlementaires, élaboration d'une Charte euro-latino-américaine pour la paix et la sécurité et création d'un Centre birégional de prévention des conflits.
Dans les domaines environnemental, social et de la coopération au développement, l'Acte de Lima prône la mise en place de mécanismes financiers novateurs pour promouvoir la cohésion sociale: il s'agit notamment du Fonds de solidarité birégional (doté de 500 millions d'euros au départ) dont les activités seraient axées sur le financement de programmes de lutte contre la pauvreté, de santé, d'éducation et d'infrastructures dans les pays et les régions où le revenu par habitant est particulièrement bas et où les inégalités sociales sont plus profondes. D'autre part, l'Acte de Lima condamne toute forme d'exploitation des enfants et de violences contre les femmes et appelle le Sommet de Vienne à adopter des engagements communs pour freiner le « nationalisme ethnique » (du côté sud-américain, cette tendance est notamment le résultat de siècles d'oubli de la population indigène de certains pays). En matière d'environnement, l'Acte de Lima appelle l'UE à contribuer financièrement et techniquement à la protection de la biodiversité en Amérique du Sud, et propose à cette fin le lancement de programmes spécifiques destinés à promouvoir des processus de production durable (notamment dans les zones indigènes). Dans ce contexte, le Vert français Alain Lipietz a appelé l'UE à « montrer sa solidarité technique et financière pour que les pays d'Amérique latine qui ont abandonné les énergies polluantes puissent vraiment accéder aux technologies propres ».
Enfin, les signataires de l'Acte final, inquiets des récents événements en Bolivie et en Equateur, appellent ces deux pays à progresser sur la voie du respect de l'État de droit, du renforcement des institutions démocratiques et d'une plus grande cohésion sociale.