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Bulletin Quotidien Europe N° 8974
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La priorité à la recherche ne peut pas impliquer pour l'UE la renonciation à la politique de cohésion ni 0 la sauvegarde de l'agriculture

La divergence sur les chiffres était pratiquement aplanie. Les témoignages qui se multiplient confirment que l'échec du Sommet sur les nouvelles perspectives financières de l'UE a été voulu. Dans la nuit de vendredi à samedi derniers, la divergence sur les chiffres était pratiquement aplanie. L'effort demandé à Tony Blair à propos du chèque britannique avait été réduit de façon radicale, le montant garanti ayant été sensiblement augmenté et la dégressivité ayant été éliminée au moins jusqu'en 2013. L'effort supplémentaire annoncé par les pays d'Europe centrale et orientale (disposés à renoncer à une partie des financements en leur faveur) aurait permis de donner satisfaction pour l'essentiel aux Etats membres qui insistaient encore pour obtenir une diminution supplémentaire de leur contribution. Mais Tony Blair a dit non. Aux quelques chefs de gouvernement qui essayaient de convaincre la présidence à faire une dernière tentative, Jean-Claude Juncker aurait répondu: « c'est inutile, ils ne sont pas venus pour négocier mais pour bloquer ». Et M. Blair lui-même a confirmé cette interprétation en déclarant que ce qu'on lui proposait «n'était pas le type de budget qu'il voulait pour l'Europe ». Dans la conférence de presse finale, M. Juncker a affirmé que la demande de modifier en quelques heures la structure même du budget de l'Union signifiait vouloir l'échec.

Construire sans démolir. Certes, Tony Blair n'a pas tort en affirmant que le budget de l'Union doit faire davantage de place à la recherche, à l'innovation et à l'éducation, qui sont les priorités pour rendre l'Europe compétitive au niveau mondial. Le compromis Juncker impliquerait la révision totale du nouveau programme de recherche proposé par la Commission et actuellement en discussion au Parlement ; c'est un problème à discuter. Mais derrière l'attitude de M. Blair se profile nettement la volonté de démolir les deux politiques les plus communautaires, ambitieuses et structurées, la politique de cohésion (que la thèse britannique voudrait transformer en un simple chèque aux régions les plus désavantagées) et la politique agricole (voir cette rubrique d'hier). Ceci justifie les affirmations de source française, allemande et belge, reprises en conférence de presse par le président du Conseil européen, selon lesquelles l'objectif final de Londres est l'abandon de toute velléité d'Union politique et d'Europe puissance. Même la Commission européenne s'était ralliée en définitive au compromis Juncker (voir cette rubrique dans le bulletin n. 8970), deux seuls commissaires sur vingt-cinq ayant estimé (d'après les informations disponibles) qu'il était inacceptable car il ne faisait pas assez de place aux politiques d'avenir. Tous les autres acceptaient l'effort requis.

Deux débats déjà conclus. Le débat sur le maintien d'une véritable politique communautaire de cohésion s'était déroulé bien avant, d'abord au sein de la Commission et ensuite au Conseil, avec la participation active et passionnée des autorités régionales et locales des Etats membres ; et le résultat avait été un appui ferme à cette politique. Le débat sur l'agriculture avait été plus long et difficile, et il est loin d'être terminé, à cause notamment de la confusion qui persiste entre la PAC (susceptible de révisions permanentes) et la sauvegarde de l'activité agricole en Europe. La PAC a été source d'abus, de distorsions et de fraudes, et les exploitants agricoles ont eu tort d'en défendre tous les aspects, même les moins défendables. Mais les réformes (toutes réalisées contre l'avis des organisations agricoles) l'ont suffisamment assainie et modifiée, en introduisant notamment le principe selon lequel tout versement d'aide européenne est subordonné au respect de règles environnementales rigoureuses. La PAC se rapproche de plus en plus de la protection indispensable de l'agriculture européenne, en s'éloignant de la simple défense des producteurs.

Lien entre recherche et agriculture. Il me reste à souligner le lien entre la politique agricole révisée et la recherche. La protection de l'environnement, l'autorisation ou l'interdiction des organismes génétiquement modifiés (OGM) et la sécurité des aliments dépendent, plus ou moins directement, de la recherche. Une politique de la recherche qui serait développée au détriment de l'agriculture serait dénuée de toute logique, car ses objectifs ne concernent pas seulement la productivité de l'économie mais aussi la sauvegarde de l'environnement et l'amélioration de la qualité de la vie. On glisserait dans l'absurde en laissant péricliter l'activité agricole au nom de la recherche car l'agriculture (je cite maintenant la phrase d'une fonctionnaire de la Commission) représente «le tissu de fond de la civilisation européenne, rempart contre la déchéance, la corruption, l'exode vers la ville, le gigantisme des agglomérations urbaines, les bidonvilles, la criminalité, la violence, la drogue ». Cette emphase n'est pas pour me déplaire. (F.R)

 

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