Bruxelles, 13/06/2005 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont confirmé, dimanche soir à Luxembourg, leurs divergences sur les perspectives financières 2007-2013. La dernière version du document de compromis de la Présidence luxembourgeoise, datée du 2 juin, a fait davantage de mécontents que de satisfaits. A la lumière des entretiens de Jean-Claude Juncker avec chacun des chefs d'Etat ou de gouvernement, la présidence présentera mercredi une ultime version de son « cadre de négociation », avant les grands marchandages du Conseil européen. M. Juncker rencontre mardi Tony Blair, pour évoquer la ristourne britannique, qui semble la clé de la négociation. « Nous sommes résolus à parvenir à un accord lors du Conseil européen », a déclaré lundi à la presse le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, pour qui « cela ferait du bien à l'Europe ». Un accord exige « un compromis équilibré et donc, l'acceptation de sacrifices, à condition qu'ils soient répartis équitablement ».
Lors du conclave, le ministre de l'Allemagne, Joschka Fischer, a indiqué que son pays est prêt à faire des efforts à condition que chacun en fasse autant. Il a estimé que le chèque britannique restait la clé de négociation, en rappelant que la situation du Royaume-Uni aujourd'hui n'est plus comparable à celle de 1984 (accords de Fontainebleau accordant la ristourne budgétaire). L'Allemagne a réitéré sa position en faveur d'une maîtrise des dépenses du budget de l'UE à 1% du revenu national brut (RNB) de l'UE et d'une concentration des fonds de cohésion sur les nouveaux Etats membres. Elle a marqué sa préférence pour un mécanisme généralisé de correction budgétaire, alors que la présidence propose des mesures spécifiques pour les trois pays dont la contribution au budget est excessive (Allemagne, Pays-Bas, Suède). « L'Allemagne est prête à bouger, dans la mesure du possible », a déclaré M. Fischer à la presse, lundi à Luxembourg, avant d'appeler « tout le monde » à bouger également. Il a admis que l'heure n'était pas encore au compromis et que c'était logique qu'à ce stade de la négociation « tout le monde bétonne sa position nationale ». Un compromis lors du Conseil européen est possible « si tout le monde fait des concessions », a-t-il répété, mais il est aussi possible qu'à la fin du Sommet, la présidence présente une solution intermédiaire, en expliquant les progrès réalisés. Selon l'Allemagne, ce genre de scénario serait déjà positif et serait une option à ne pas exclure, car il faut rester réaliste. La France a estimé que le compromis de la présidence (875 milliards d'euros, 1,06% du RNB en crédits d'engagements) était encore trop coûteux et qu'il ne respectait pas intégralement l'accord du Sommet d'octobre 2002 sur la fixation, des dépenses agricoles de marché et de paiements aux exploitants, de 2007 à 2013, car il manque 6 milliards d'euros pour la Roumanie et la Bulgarie. La présidence propose de retenir l'accord d'octobre 2002 et d'ajouter 2 milliards d'euros pour la Roumanie et la Bulgarie, alors que les besoins pour ces deux pays s'élèvent à près de 8 milliards d'euros. La France a plaidé pour le plafonnement, puis l'élimination du chèque britannique. La présidence propose de le geler à 4,6 milliards d'euros en 2007, puis de le diminuer progressivement. Le Royaume-Uni s'est opposé à l'élimination progressive de sa ristourne, en estimant que les inégalités budgétaires demeurent et en critiquant la Politique agricole commune (PAC), qui représente 40% du budget de l'UE et qui ne profite qu'à 5% de la population de l'UE, a répété la délégation britannique. Le Royaume-Uni a donc appelé à une remise à plat de la manière dont les crédits agricoles sont dépensés et a indiqué qu'il versait depuis 1984 deux fois plus d'argent au budget de l'UE qu'un autre pays riche (la France). Pour l'Italie, la proposition de la présidence est inacceptable, pour deux raisons: - les réductions des fonds de cohésion ne tiennent pas la route ; - la contribution italienne au budget risque d'augmenter. L'Italie a demandé une élimination progressive du chèque britannique. L'Espagne a demandé soit une période plus longue de disparition des aides qu'elle touche au titre du Fonds de cohésion (fin des aides à compter de 2012 au lieu de 2009 selon le compromis de la présidence) soit une « autre solution ». L'Espagne a demandé, comme la France, l'Irlande et la Pologne notamment, de respecter l'accord de 2002 sur les dépenses agricoles et de prévoir une enveloppe supplémentaire pour la Roumanie et de la Bulgarie. L'Espagne a protesté contre les réductions prévues en matière de pêche. Le Portugal a jugé « inacceptable » le compromis de la présidence, qui réduit fortement les aides dont il bénéficie au titre de la politique de cohésion (80% de l'argent qu'il reçoit au budget de l'UE provient de la politique de cohésion). Le Portugal a demandé des économies sur la PAC en incluant, dans les montants prévus en 2002, les dépenses pour la Roumanie et la Bulgarie. Le Danemark et la Suède se sont opposés à des réductions trop importantes pour la recherche et la formation. En outre, plusieurs Etats membres (République tchèque, Pologne, Portugal, Finlande) se sont opposés aux réductions des crédits pour le développement rural. Pour l'Autriche, le compromis de la présidence est un pas dans la bonne direction, mais il faudrait réduire encore les soutiens pour la politique de cohésion. Le document de la présidence est une « véritable déception » pour les Pays-Bas, qui se demandent comment ils pourraient expliquer à l'opinion publique que leur contribution serait encore plus importante à partir de 2007 qu'en 2006. La Belgique a regretté que les aides à la compétitivité (recherche, formation) fassent les frais du compromis luxembourgeois et jugé insuffisante l'élimination progressive proposée des aides régionales en faveur du Hainaut.