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Bulletin Quotidien Europe N° 8967
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Perspectives financières de l'Union: espoirs et obstacles

Il serait facile… Il serait facile (et gratifiant pour mon «image européenne») d'écrire que le compromis de Jean-Claude Juncker sur les perspectives financières 2007-2013 est trop restrictif, et que le minimum acceptable est ce que le Parlement européen a voté la semaine dernière. Mais la situation est plus nuancée. Entendons-nous: le Parlement a fait cette fois-ci un travail remarquable. Il a résisté à la tentation de la surenchère et de la démagogie et il a approuvé un cadre budgétaire inférieur à la proposition de la Commission, alors qu'autrefois il aurait contenté tout le monde en acceptant les revendications de chaque groupe politique ou de chaque groupe national. En distribuant des financements à gauche et à droite, il aurait gagné des sympathies partout, et certains de ses membres se seraient assurés des soutiens électoraux pour le futur. Ni le rapporteur Reimer Böge ni la commission temporaire présidée par le président du Parlement Josep Borrell, ni en conclusion la plénière n'ont suivi la voie de la facilité. L'idée que la position du Parlement se rapproche autant que possible du compromis idéal n'est pas saugrenue. D'ailleurs, aussi bien le président de la Commission, José Manuel Barroso, que la présidence du Conseil représentée par le ministre luxembourgeois aux Affaires européennes, Nicolas Schmit, lui ont rendu hommage.

La tâche du président du Conseil. Mais voici le problème: la tâche et les responsabilités du président du Conseil européen sont différentes. Il ne peut pas proposer ce qu'il estime personnellement souhaitable et justifié, mais ce qui pourrait, d'une façon réaliste, être accepté par tous les chefs de gouvernement (l'unanimité est nécessaire), tout en sauvegardant exigences et ambitions. Aucun gouvernement ne pourra voir tous ses désirs exaucés. Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Joaquin Almunia, a observé à propos du compromis Juncker: « Aucun Etat membre n'en est satisfait. C'est un bon signe: si dix pays étaient contents, quinze se considéreraient comme perdants. Pour un bon compromis, chacun doit être insatisfait de quelque chose ». De son côté, Jean-Claude Juncker a déclaré: « Si le Conseil européen peut, à quelques millimètres près, se mettre d'accord sur les propositions de la présidence, il montrerait son sens de la responsabilité et son bon sens. S'il n'était pas en mesure de le faire, viendra le jour où un autre Conseil européen se mettra d'accord exactement sur les mêmes solutions. Mieux vaut le faire maintenant au lieu de reporter un compromis qu'on pourrait déjà avoir, et éviter ainsi que l'Europe s'enlise dans une crise durable ».

Cet appel à la flexibilité a soulevé des échos positifs, notamment de la part du chancelier Schröder et du président Chirac (voir cette rubrique dans le bulletin n. 8965), mais aussi des réserves. L'Italie menace d'un veto à propos des financements régionaux, mais on espère qu'il s'agit là d'une menace tactique. Tony Blair laisse comprendre qu'il peut discuter du « rabais britannique », mais à la condition que l'on rediscute en même temps le financement de la PAC et les thèses de son pays sur la politique de cohésion (l'UE n'aiderait que les Etats membres moins prospères ; ceux dont le niveau de vie dépasse la moyenne communautaire devraient s'occuper eux-mêmes de leurs zones en retard). En même temps, M. Juncker a réaffirmé que si la question britannique est mise de côté, aucune possibilité d'accord n'existe ; et il rencontre ce mardi Tony Blair à Luxembourg en tête à tête

Le noeud de la recherche. Si le Sommet parvient à un compromis, encore faut-il que celui-ci soit accepté par le Parlement. Sinon, l'UE n'aurait pas de perspectives financières pluriannuelles mais seulement des budgets annuels sur lesquels le Parlement a (presque) le dernier mot. Sur quoi le Parlement pourrait-il se braquer ? Le chapitre le plus délicat est celui de la recherche: priorité de la stratégie de Lisbonne, il semble à certains observateurs trop pénalisé par le compromis Juncker. Soyons clairs: des coupes sont prévues par rapport à la proposition de la Commission, mais les augmentations par rapport à la situation actuelle sont appréciables. Il faut examiner de près ce dossier de la recherche, en étant conscients de son importance, mais sans démagogie. On ne peut pas négliger l'avertissement de Nicolas Schmit devant les parlementaires: par rapport aux propositions de la Commission, des réductions sont nécessaires dans tous les domaines, si l'on veut aboutir à un équilibre des efforts demandés aux Etats membres et à un chiffre global acceptable par tous. On souligne de plus en plus l'exigence de tenir compte de la volonté exprimée par les peuples ; or, ceci est valable aussi pour les peuples qui estiment qu'on leur demande trop comme participation financière, sans pour autant glisser en dessous de ce qui est indispensable pour sauvegarder l'essentiel. (F.R.)

 

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