Strasbourg, 13/06/2005 (Agence Europe) - Face à un hémicycle presque vide, le président du Conseil de l'UE, Nicolas Schmit, a confirmé mercredi dernier la grande importance que le Conseil attribue à la réforme des Nations unies, qui sera l'un des sujets du Sommet européen de juin. Le Conseil soutient le concept global de sécurité collective proposée par le Secrétaire général, Kofi Annan, et M. Schmit a souligné l'accord de principe du Conseil au paquet de propositions Annan et l'intention de l'Union de jouer un rôle de leader dans le processus qui mènera au sommet de septembre à New York. La création d'une Commission pour la consolidation de la paix est une priorité pour le Conseil de l'UE et le Conseil peut donner aussi son accord à la création d'un Conseil des droits de l'homme de caractère permanent. Le Commissaire Joe Borg a salué lui aussi les propositions sur la Commission pour la consolidation de la paix (dans laquelle l'UE devrait aussi avoir un siège) et le Conseil des droits de l'homme, en se félicitant en particulier du fait qu'on exige des membres de ce Conseil qu'ils prouvent leur engagement concret en faveur des normes sur le respect des droits de l'homme. M. Borg plaide également pour une meilleure intégration du facteur « environnement » dans le travail de l'ONU.
Le rapporteur, Armin Laschet (CDU), a estimé notamment que l'Europe devrait essayer d'obtenir un siège unique au Conseil de sécurité, en ajoutant: siège unique ou pas, je souhaite plus d'Europe plutôt que moins, y compris à l'ONU. Le social-démocrate allemand Jo Leinen est pour un siège unique à long terme: en attendant, il faut trouver les moyens pour que l'UE fasse mieux entendre sa voix. Luisa Morgantini (GUE, italienne), qui plaide pour une véritable refondation des Nations unies, est d'accord avec cette position. D'autres, comme Jas Gawronski (Forza Italia), estiment qu'à un siège commun devrait correspondre une politique étrangère commune, qui n'existe pas encore.
M.Gawronski n'est pas favorable à l'attribution d'un siège permanent à un des Etats de l'Union (et donc pas à la candidature allemande). Tous les pays ont le droit d'être représentés au Conseil de sécurité, et une réforme qui figerait sa composition finirait par l'affaiblir, insiste-t-il. D'accord avec lui, Francisco Millan Mon (PPE/DE, espagnol) affirme: si on ajoute un siège permanent au Conseil de sécurité, ce doit être pour l'UE. Ce n'est pas l'avis d'Alexander Graf Lambsdorf (FDP allemand): après les « non » français et néerlandais à la Constitution européenne, l'attribution d'un siège à l'Union devient de moins en moins vraisemblable, et il faut donc défendre la solution qui donnerait davantage de poids à l'UE au Conseil de sécurité, en demandant un siège allemand. L'Allemagne travaillerait dans un esprit européen, en étroite consultation avec les institutions européennes, assure le libéral allemand. Son compatriote vert Frithjof Schmidt a plaidé en revanche pour un siège de l'Union (et s'est prononcé pour la transformation du Programme Environnement de l'ONU en un véritable organe des Nations unies). L'ONU doit revenir à ses racines, l'Assemblée doit redevenir plus active, demande le conservateur britannique Nirj Deva, alors que pour Hélène Flautre, verte française, c'est sur la réforme de la protection des droits de l'homme qu'il faut se concentrer. Hélène Goudin (Indépendence et Démocratie) se demande quel sort on fera, dans ces réformes, aux petits pays: va-t-on prendre vraiment en considération les préoccupations d'un pays comme le mien, la Suède ? L'Union en tant que telle n'a rien à dire sur cette réforme, martèle en revanche le Français Paul-Marie Coûteaux, membre du même groupe, pour qui c'est l'affaire des Etats: selon lui, le rejet de la Constitution par la majorité des Français et des Néerlandais le confirme. Cette remarque a suscité un mouvement de colère du socialiste français Michel Rocard: la mort du projet constitutionnel ne signifie pas la fin de tous les efforts qui nous unissent, s'est-il écrié, en déplorant aussi que seulement une vingtaine de parlementaires participent à cet important débat. Sur le siège unique de l'UE au Conseil de sécurité, l'ancien premier ministre français a constaté: oui, il existe des raisons de souhaiter ce siège, oui, les temps ne sont pas mûrs. Conclusion: ne nous en occupons pas trop, essayons de bien travailler à ce que nous pouvons raisonnablement obtenir.
Dans sa longue résolution (que nous publierons intégralement), le Parlement invite le Conseil à approuver sans réserve le rapport de Kofi Annan, en souscrivant en particulier à l'idée que la sécurité, le développement économique et social, la préservation de l'environnement et le respect des droits de l'homme sont inextricablement liés, et en insistant sur la réalisation des objectifs du Millénaire. Le Parlement, qui souligne que l'élément central de la réforme du Conseil de sécurité doit être le renforcement de son autorité, de sa réelle représentativité de toutes les zones géographiques et de sa légitimité et primauté dans le maintien de la paix et de la sécurité, affirme que l'attribution à l'UE d'un siège au Conseil de sécurité « reste le but
poursuivi par l'Union dès lors que seront réunies les conditions politiques, constitutionnelles et juridiques nécessaires ». Selon le Parlement, en outre, l'attribution à l'UE d'un siège permanent supplémentaire serait cohérent avec la Constitution européenne. Par ailleurs, le Parlement demande l'établissement d'une Assemblée parlementaire de l'ONU, le renforcement du Comité économique et social (qui devrait être mis, pour les questions économiques, financières, d'environnement et de développement, sur le même pied que le Conseil de sécurité) et l'élargissement du rôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique.