Varsovie, 17/05/2005 (Agence Europe) - Au terme de deux jours de réunion dans la capitale polonaise, les chefs d'Etat ou de gouvernement des quarante-six Etats membres du Conseil de l'Europe ont adopté le 17 mai la Déclaration de Varsovie dans laquelle ils renouvellent leur credo en faveur de la démocratie, des droits de l'Homme et de l'Etat de droit. Rappelant que depuis les Sommets de Vienne (1993) et de Strasbourg (1997), le Conseil de l'Europe s'est élargi jusqu'à rassembler la quasi-totalité du continent, les Quarante-six disent attendre "le jour où le Bélarus sera prêt à rejoindre le Conseil de l'Europe". "Ce Sommet est l'occasion de renouveler notre engagement envers les valeurs et les principes communs enracinés dans le patrimoine culturel, religieux et humaniste de l'Europe", peut-on lire dans cette déclaration qui affirme aussi: "Le Conseil de l'Europe s'attachera à sa mission essentielle qui est de préserver et promouvoir les droits de l'Homme, la démocratie et l'Etat de droit. Toutes ses activités doivent contribuer à cet objectif fondamental. Nous nous engageons à développer ces principes en vue de garantir leur mise en œuvre effective par tous les Etats membres. (…) Nous sommes également déterminés à renforcer et rationaliser encore les activités, les structures et les méthodes de travail du Conseil de l'Europe et à en accroître la transparence et l'efficacité, pour qu'il assume la position qui lui revient dans une Europe en mutation".
La déclaration insiste aussi sur le rôle de la Cour européenne des droits de l'Homme et la nécessité de ratifier rapidement le protocole n°14 qui doit permettre d'alléger un peu le travail de la Cour. Elle annonce la création d'un "groupe de sages" chargé d'élaborer une stratégie d'ensemble pour assurer l'efficacité du système à long terme. Une meilleure implication des citoyens est un autre objectif assigné au Conseil de l'Europe au travers de la création d'un "Forum sur l'avenir de la démocratie". Le Conseil de l'Europe est appelé à poursuivre son action dans de nombreux autres domaines qui vont de la lutte contre le terrorisme aux "défis inhérents aux progrès de la science et de la technique" (voir autre nouvelle sur le plan d'action). Les chefs d'Etat et de gouvernement "condamnent avec fermeté toutes les formes d'intolérance et de discrimination, notamment celles fondées sur le sexe, la race et la religion, y compris l'antisémitisme et l'islamophobie" (qui apparaît pour la première fois dans une telle déclaration: NDLR).
La déclaration s'achève par ces mots: "Nous appelons les Européens, partout où ils se trouvent, à partager les valeurs qui sont au cœur de la mission du Conseil de l'Europe - les droits de l'Homme, la démocratie et la prééminence du droit - et à se joindre à nous pour faire de l'Europe une communauté créative, ouverte à la connaissance et à la diversité des cultures, une communauté civique et solidaire".
Lors de son intervention en séance, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Terry Davis, a estimé que la plus importante tâche de son organisation va consister à "développer et disséminer la démocratie, défendre et étendre les droits de l'Homme, soutenir et promouvoir l'Etat de droit" mais aussi "faire plus pour lutter contre le nouveau démon du terrorisme et l'ancien démon du racisme". Si pour ce travailliste britannique, "l'Europe de l'avenir est une Europe unie - une unité fondée sur les valeurs de la démocratie, les droits de l'Homme et l'Etat de droit", "l'unité n'est pas la priorité" pour le Président tchèque Vaclav Klaus qui a déclaré, lundi matin, que "les valeurs fondées sur la liberté, l'Etat de droit et l'économie de marché représentent une vraie priorité pour nous tous". Cela n'aura pas empêché les autres chefs d'Etat ou de gouvernement de saluer l'unité du continent à l'exception du Bélarus appelé à faire les efforts nécessaires pour rejoindre la famille européenne. Un appel lancé par plusieurs d'entre eux, à l'instar du président lituanien Valdas Adamkus qui a qualifié d'échec commun le fait que les valeurs européennes n'aient pas encore trouvé leur chemin dans ce pays. La Présidente finlandaise Tarja Halonen et le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, en soulignant qu'il y a actuellement 78 000 cas en instance devant la Cour européenne des droits de l'Homme, ont plaidé avec d'autres en faveur de la ratification rapide du Protocole n°14. Quant au Premier ministre turc Recep Tayyjp Erdogan, il a salué l'ajout de l'islamophobie à la liste des phénomènes racistes et xénophobes contre lesquels le Conseil de l'Europe entend lutter à l'avenir. Le ministre français des Affaires étrangères a justifié la création du forum chargé de réfléchir sur l'avenir de la démocratie et l'appel lancé aux Européens dans cette déclaration en disant: "l'engagement des Etats, plus que jamais nécessaire, ne me paraît plus forcément suffisant. L'intérêt du Conseil de l'Europe me paraît être de s'ouvrir, plus qu'aujourd'hui, à la société civile". Michel Barnier a ajouté: "Nous ne devons pas commettre l'erreur de faire l'Europe des valeurs pour les citoyens, mais sans eux". Dans son discours d'ouverture, le président polonais Alexander Kwasniewski a rendu hommage à Jean-Paul II, à Lech Walesa, Vaclav Havel, Mikhaïl Gorbatchev, Helmut Kohl et tous ceux qui ont lutté pour la démocratie et les droits de l'Homme. "Comme Jean-Paul II, je fais confiance aux structures de l'Europe unie. Je fais confiance au Conseil de l'Europe - par essence une communauté de nations libres - pour non seulement tout faire pour ne pas priver les nations de leur héritage religieux, mais aussi pour protéger l'héritage commun comme fondement de l'unité de l'Europe intégrée", a dit le président polonais. Avant l'appel final, la Déclaration de Varsovie dit: "En concluant ce Sommet sur le sol polonaise, nous saluons la mémoire du Pape Jean-Paul II".