Luxembourg, 17/05/2005 (Agence Europe) - L'Eurogroupe s'est montré "sérieusement concerné" par la situation économique de la zone euro, a indiqué le 13 mai à Luxembourg son Président, Jean-Claude Juncker, après la réunion des ministres des Finances des Douze. Le constat d'une situation de récession en Italie, mais plus florissante que prévu en Allemagne notamment, provoque chez le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, des "sentiments mitigés". Deux autres sujets ont été évoqués par les ministres: les nouvelles faces communes des pièces en euros et l'amélioration de la représentation de la zone euro dans les instances internationales (G7, G20, FMI).
Devant la presse, Jean-Claude Juncker a souligné la "bonne nouvelle" que représentent les derniers chiffres sur la croissance allemande au premier trimestre 2005 - "supérieure à ce que l'on attendait", selon le Commissaire Almunia. M. Juncker a cependant recensé une série d'éléments plus préoccupants: l'évolution du prix du pétrole et le manque de confiance des consommateurs et des investisseurs. A ce propos, le Premier ministre luxembourgeois a estimé que: "il y a des divergences qui ne causent pas de grands soucis", alors que d'autres, "assez substantielles", sont plus inquiétantes. Les ministres ont donc convenu de s'en occuper de manière plus approfondie et la Commission fera rapport au prochain Ecofin en juin au sujet de ces divergences en matière de croissance. Outre les résultats de l'Allemagne, le Commissaire Almunia a souligné la "belle croissance en Espagne" et le fait que "même en France on espère des chiffres assez positifs", alors que la croissance a reculé lors du premier trimestre 2005 en Italie (-0,5%) et aux Pays-Bas (-0,1%). A propos d'une éventuelle procédure pour déficit excessif contre l'Italie, M. Almunia, en répondant à la presse, a dit espérer que les chiffres budgétaires pour 2004, qui font l'objet de discussions avec Eurostat, seront définitivement arrêtés "avant la fin du mois". Dès lors, "la Commission prendra sa décision le plus tôt possible, au début du mois de juin très probablement", a-t-il indiqué. M. Almunia n'a pas exclu que les résultats négatifs du premier trimestre soient pris en compte dans son analyse, mais il a ajouté aussitôt que "même en Italie il n'y a pas eu que des mauvaises nouvelles". S'il s'attendait à des chiffres italiens "moins pessimistes", M. Almunia souligne en effet que "les chiffres de recettes fiscales des deux premiers mois de cette année sont meilleurs que prévu".
Malgré les difficultés actuelles, M. Juncker a exhorté les Etats membres à poursuivre les réformes structurelles, notamment par le biais des programmes d'action nationaux de la stratégie de Lisbonne, afin que le "modèle social européen reste accessible au plus grand nombre". M. Juncker s'est félicité de l'initiative de la Commission d'envoyer, d'ici le 15 octobre, "des missions dans chacun des 25 Etats membres pour préparer ces plans nationaux de réformes". Cet exercice sera essentiel, affirme M. Juncker qui constate, sans vouloir citer d'exemple, que "les pays qui étaient les moins compétitifs lorsque nous sommes entrés dans la zone euro, sont aujourd'hui, relativement parlant, devenus encore moins compétitifs". Les rééquilibrages automatiques auxquels certains s'attendaient n'ont pas joué, a-t-il noté, tandis que le Commissaire Almunia a rappelé l'impact négatif de ces divergences pour l'ensemble de la zone euro. Ces différences de croissance, mais aussi de productivité ou de taux d'inflation, pèsent sur les pays les plus disciplinés, a expliqué M. Almunia.
Les pièces en euros vont changer pour tenir compte de l'élargissement
Les faces communes des pièces de un et de deux euros vont bientôt changer pour tenir compte de l'adhésion à l'UE, en mai 2004, de dix nouveaux Etats membres. Cette décision de l'Eurogroupe se fera en deux temps: 1) les nouveaux membres de la zone euro (les premiers, dont la Slovénie, sont attendus en 2007) pourront frapper des pièces dont la face commune représentera l'ensemble du territoire de l'UE à 25. Les faces communes actuellement en circulation montrent une carte de l'Europe des Quinze ; 2) cette pratique se généralisera ensuite, lorsque de nouvelles pièces seront émises dans toute la zone euro. « Les pays qui vont introduire l'euro verront sur la face commune l'ensemble du territoire de l'UE, et l'ensemble du territoire de l'Union deviendra la règle lorsque de nouvelles pièces seront lancées dans l'ensemble des pays de la zone euro, étant entendu que, peut-être, la face commune ne sera plus une carte mais un autre design », a précisé M. Juncker.
Selon M. Almunia, la Commission « souhaitait mieux définir l'Europe réelle, telle qu'elle est après l'élargissement, sur les faces communes des pièces ». La Commission présentera en juin une communication avec des recommandations aux Etats membres concernant les faces nationales des pièces. L'objectif de ce document consistera aussi à « rappeler aux Etats qui aspirent à adhérer à la zone euro qu'il y a des règles de l'UEM à respecter » pour s'y préparer.
Vers une meilleure représentation de la zone euro dans les instances internationales
La zone euro souffre d'une représentation pléthorique dans les instances financières internationales comme le G7 ou le G20, et elle doit réfléchir à sa rationalisation, a affirmé M. Juncker. En répondant à la presse, M. Juncker a précisé que, jusqu'à présent, la représentation externe de l'euro « n'avait pas donné lieu à un accident, ni majeur ni mineur ». Mais « nous avons l'impression que nous sommes, en tant qu'Européens, parfois trop nombreux dans les réunions (internationales) pour pouvoir vraiment faire de ces forums des enceintes où nous pourrions délibérer avec un sens de l'efficacité plus prononcé », a expliqué M. Juncker. L'Eurogroupe examine donc les moyens de « mieux assurer la présence de l'Europe et l'efficacité de cette présence dans ces enceintes », a-t-il ajouté. « C'est vrai pour le G7 où je participe comme président de l'Eurogroupe. Nous voudrions aussi que la Commission puisse participer aux travaux du G20 qui, demain, sera l'institution financière internationale la plus importante ». « Il faudra rationaliser (cette représentation internationale). Nous sommes en train de discuter des voies et des moyens de le faire », a-t-il insisté, tout en assurant, sur le ton de la plaisanterie: « je ne veux pas rester seul en réunion ». La représentation extérieure de la zone euro « n'est pas satisfaisante », reconnaît M. Almunia. « On a une monnaie unique et il faut renforcer la coordination des pays de la zone euro au sein du FMI », a ajouté le Commissaire.