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Bulletin Quotidien Europe N° 8948
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE-Russie: l'évolution est positive même si elle comporte pour le moment davantage d'annonces que de réalisations

Objectifs « à long terme ». Tout ce qui rapproche l'Union européenne et la Russie est positif, en raison de leur rôle dans le monde et aussi, pour beaucoup parmi nous, pour des raisons culturelles et sentimentales. Ainsi que l'a déclaré Jean-Claude Juncker la semaine dernière à Strasbourg, il n'est pas nécessaire « d'être épris, bien que je le sois, d'un grand amour pour la Russie profonde et pour la Russie éternelle» pour se réjouir. Il est logique de se féliciter de l'accord intervenu sur les « road maps », les feuilles de route en direction de quatre «espaces communs» UE/Russie. Mais la satisfaction ne doit pas se transformer en ingénuité: les routes à parcourir sont très longues et escarpées, pour le moment nous avons une énumération longue et détaillée des points d'arrivée, avec des indications modestes, et souvent controversées, du parcours. Il est compréhensible qu'après l'accord de principe de Moscou (voir notre bulletin n. 8944), les déclarations publiques n'aient pas négligé la dose d'emphase inévitable dans de telles circonstances, que Vladimir Poutine ait parlé d'une «grande Europe, une Europe unie et sans lignes de division» et que Jean-Claude Juncker ait affirmé: «c'est le grand amour». Ces phrases, et d'autres phrase analogues, ne prétendaient pas décrire les décisions prises mais les objectifs qui, ainsi que l'indique le communiqué officiel, sont «à long terme».

Espaces « communs » ? En fait, à côté de la dose obligatoire de phrases ronflantes, les protagonistes ont laissé transparaître, du moins de côté européen, que le chemin sera ardu. «Nous avons maintenant une très bonne compréhension de nos positions respectives», a résumé le président de la Commission José Manuel Barroso, ce qui est une manière élégante de dire que les positions communes n'existent pas encore, qu'elles sont toutes à négocier; et M. Juncker a observé avec sa légère ironie habituelle que « il n'est pas facile de négocier avec M. Poutine». Pour le Président Poutine, le premier objectif est la libre circulation des personnes, sans visas ni contrôles, alors que pour l'UE cette réalisation est liée à l'engagement, par Moscou, à réadmettre sur son territoire tous les clandestins, russes ou d'ailleurs, s'ils ont traversé le territoire russe pour atteindre celui de l'Union. L'espace commun de liberté, sécurité et justice est de toute évidence un projet exaltant; mais il suffit de regarder les difficultés qu'il rencontre pour être réalisé à l'intérieur de l'Union pour comprendre qu'avec la Russie, il n'est pas pour demain. Les objectifs des quatre «espaces communs» sont résumés dans notre bulletin n.8944 déjà cité; c'est une liste très longue qui réchauffe le cœur, et les résultats seront sans doute positifs à propos de la sécurité extérieure (où les coopérations sont possibles et les avantages évidents, si la volonté politique existe) et aussi dans les domaines de la recherche, de l'éducation et de la culture; pourquoi pas ? Mais dans ces domaines, les termes d'espaces communs ne sont pas à prendre à la lettre, il s'agit surtout de coopérer et de prendre des initiatives ensemble.

Le « libre-échange » n'est plus cité. Dans le quatrième espace, en réalité le premier, l'espace économique commun, l'élément le plus positif est que les mots «libre-échange» n'y figurent pas. C'est un concept qui a fait tellement de mal à l'Europe dans ses relations avec le reste du monde qu'il ne doit être utilisé qu'avec beaucoup de précautions. Le libre-échange véritable ne peut exister qu'avec des pays qui acceptent les mêmes règles environnementales, sanitaires et commerciales de l'Union, et les mêmes règles de concurrence et en matière d'aides d'Etat: je ne connais que la Norvège qui soit dans cette situation, elle a même créé une sorte de Cour de justice nationale qui surveille le respect des normes de l'UE. La « road map » pour l'espace économique commun UE-Russie comporte 18 pages d'objectifs soigneusement décrits: standardisations, harmonisation des réglementations sur les automobiles, les textiles, les produits pharmaceutiques et chimiques, les marchés publics, la propriété intellectuelle, les règles de concurrence…Il a fallu un demi-siècle à l'UE pour progresser dans ces domaines, et ce n'est pas fini. Combien de temps faudra-t-il à la Russie, dont l'objectif, pour le moment, est «le capitalisme dirigé»? Très sagement, Jean-Claude Juncker n'a pas parlé de libre-échange mais d'un « cadre juridique sûr et prévisible qui permette aux investisseurs de faire en toute sécurité les investissements qu'ils estiment nécessaires ». Voici un objectif raisonnable, dont les effets pourront être très positifs dans le domaine de l'énergie et pour le développement global des échanges.

Voici pourquoi, en ajoutant ces aspects économiques aux vertus de la coopération politique et culturelle et à la pression qui en résultera en faveur des réformes là-bas (liberté, droits de l'homme, démocratie, etc.), les résultats du Sommet de Moscou sont très positifs même si, pour le moment, ils comportent davantage d'annonces que de réalisations. . (F.R.)

 

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