Luxembourg, 17/05/2005 (Agence Europe) - Les ministres de l'Economie et des Finances des Etats membres de l'UE ont discuté samedi, au cours du déjeuner pendant leur réunion informelle à Luxembourg, des prochaines perspectives et notamment du volet « recettes » du budget de l'UE. Malgré les efforts de la Présidence luxembourgeoise pour faire bouger les positions en vue d'amener les Etats membres à conclure un accord lors du Conseil européen des 16 et 17 juin, le ministre britannique Gordon Brown est resté inflexible, contre l'avis de ses homologues, sur la question du rabais budgétaire dont son pays bénéficie depuis 1984. Par ailleurs, les six pays dits « de la rigueur » (Allemagne, Autriche, France, Royaume-Uni, Pays-Bas et Suède) ont réaffirmé dans une lettre leur position en faveur d'un budget limité à 1 % du revenu national brut (RNB) de l'UE, à l'inverse de 17 pays dits « de la cohésion » qui comptent dans leur rang les dix nouveaux Etats membres.
« Il est évident qu'il ne saurait y avoir un accord sur les perspectives financières qu'à condition que nous ayons un accord non seulement sur la dépense, mais encore sur la partie recettes des futurs budgets européens », a rappelé samedi à la presse le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui s'est dit « tout heureux » de pouvoir annoncer, avec ironie, « l'accord (…) qui consiste à ce que nous nous soyons dit que nous ne sommes pas d'accord » sur le dossier. Selon M. Juncker, cette situation de blocage risque de perdurer « jusqu'à la toute dernière minute ». « Alors tout le monde vous dira qu'il n'a été d'accord que parce qu'il a dû faire appel à ses responsabilités d'homme d'Etat. On aurait pu tomber d'accord aujourd'hui, mais les conditions ne l'ont pas permis », a poursuivi le Président de l'Eurogroupe.
M. Juncker a tiré les conclusions suivantes: - la « proposition finale » que la présidence fera pour le cadre financier 2007-2013 se situera entre la position des Etats membres qui « voudraient plafonner l'ambition de l'UE à 1% de sa richesse nationale » et celle de la Commission européenne dans sa proposition initiale. Les propositions de la Commission « doivent être très substantiellement réduites pour pourvoir être de nature à pouvoir trouver l'accord des Etats membres », a reconnu M. Juncker ; - la position des Etats membres en faveur d'un cadre financier limité à 1% « devra être revue parce que les autres Etats membres ne sont pas tous d'accord » avec cette position ; - « il faudra que nous trouvions pour le chèque britannique un traitement particulier dont les modalités exactes doivent être examinées » ; - « nous devons trouver des arrangements particuliers » pour les Etats membres qui se trouvent en situation de contributeur net et qui voudraient être traités de la même manière que « d'autres Etats membres qui paient moins et qui sont pourtant aussi riches ».
« Voici quatre éléments d'une quadrature du cercle que nous devons essayer d'arriver à arrondir avant la fin de notre présidence. Je ne sais pas si nous arriverons à l'arrondir avant la fin de notre présidence mais je suis convaincu que la présidence suivante ne saura pas le faire », a conclu M. Juncker.
Un Gordon Brown « égal à lui-même »
Gordon Brown a-t-il assoupli sa position au sujet du chèque britannique ? « Je l'ai trouvé égal à lui-même », a répondu M. Juncker à la presse. Quel est votre état d'esprit avant la discussion avec M. Brown sur le volet « recettes » du budget de l'UE ? « Le mien est tel que le sien évoluera en harmonie », avait répondu M. Juncker la veille au soir, après la réunion de l'Eurogroupe. Pour la présidence (comme pour les 24 autres Etats membres de l'UE), la ristourne doit être sinon supprimée, du moins réduite progressivement. Dans un document de travail, la présidence rappelle que les circonstances ont changé de manière substantielle depuis que la décision avait été prise, en 1984 au Sommet de Fontainebleau, d'accorder au Royaume-Uni une réduction de sa contribution au budget. La part de l'agriculture dans le budget communautaire a été réduite de manière substantielle (à l'inverse de la politique de cohésion qui a augmenté considérablement) et le Royaume-Uni est maintenant un des pays les plus prospères de l'UE, explique le document de la Présidence. En outre, si le système n'est pas modifié, le volume de la ristourne britannique augmentera « dramatiquement » au cours de la période 2007-2013. « Le chèque a été mis en œuvre au siècle dernier. Or, nous sommes dans un nouveau siècle et il n'est pas complètement absurde de se poser la question » (de sa suppression), a estimé pour sa part le ministre français de l'Economie, Thierry Breton. « Mais on se la posera au moment venu », a-t-il ajouté. « Il n'y a eu aucune avancée, mais les négociations n'ont pas encore démarré », a relativisé quant à lui le ministre irlandais Brian Cowen.