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Bulletin Quotidien Europe N° 8908
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/iran/nucleaire

Washington assouplit officiellement sa position sur le contentieux nucléaire et soutient la diplomatie européenne - L'UE-3 adopte en contrepartie une position plus ferme et brandit la menace du Conseil de sécurité de l'ONU

Bruxelles, 14/03/2005 (Agence Europe) - Conformément au souhait des Européens, le Département d'Etat a décidé vendredi dernier de soutenir par des gestes concrets la négociation engagée par l'UE-3 - Allemagne, France et Royaume-Uni qui négocient au nom de l'UE - pour obtenir que l'Iran renonce de manière définitive à enrichir de l'uranium et à fabriquer des armes nucléaires. Dans une lettre à la Présidence luxembourgeoise, les ministres des Affaires étrangères de l'UE-3 et Javier Solana ont affirmé en contrepartie leur « détermination » à ce que l'Iran ne devienne pas une puissance nucléaire, et leur engagement à référer l'affaire au Conseil de sécurité si Téhéran ne coopère pas avec les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Téhéran a accueilli froidement l'offre américaine et la fermeté annoncée des Européens.

Moins de trois semaines après la visite du Président Bush à Bruxelles où les chefs d'Etat et de gouvernement des 25 lui ont expressément demandé de soutenir la solution diplomatique négociée de l'UE-3 (EUROPE du 24 février, p. 4), le Département d'Etat a annoncé vendredi dernier des « mesures pratiques » et proposé à Téhéran des incitations économiques limitées destinées à soutenir les efforts des Européens pour obtenir de l'Iran des « garanties objectives » qu'il ne fabrique pas l'arme nucléaire. Condoleezza Rice a ainsi fait savoir que le président Bush a décidé de ne plus s'opposer à la candidature de l'Iran pour l'adhésion à l'OMC (ce que les Etats-Unis faisaient depuis plus de 20 ans). Washington s'est dit aussi prêt à « examiner au cas par cas » les demandes iraniennes de pièces détachées pour l'aviation civile, ce qui constituerait une nuance dans les modalités de l'embargo américain quasi-total instauré contre l'Iran depuis 1979. « Nous partageons le désir des gouvernements européens de s'assurer de l'adhésion de l'Iran à ses obligations (vis-à-vis du TNP) par des moyens pacifiques et diplomatiques », a souligné Mme Rice. Ces « mesures pratiques » constituent donc un changement radical de l'attitude de Washington qui jusqu'à présent a toujours refusé de récompenser Téhéran pour l'inciter à respecter le TNP.

Dans leur lettre conjointe à Jean-Claude Juncker, Joschka Fischer, Michel Barnier, Jack Straw et Javier Solana ont pour leur part durci le ton et, réaffirmé, en contrepartie à l'offre américaine, la détermination de l'UE à ce que l'Iran ne possède pas l'arme nucléaire. « Nous sommes unis dans notre détermination que l'Iran ne devrait pas acquérir de capacité d'armement nucléaire », disent-ils, en précisant: « Nous attachons de l'importance à l'accord de l'Iran de maintenir la suspension de ses activités relatives à l'enrichissement et au retraitement pendant que des arrangements à long terme sont en cours de négociation (en contrepartie de la suspension de ses activités d'enrichissement d'uranium, l'UE offre à Téhéran une coopération nucléaire, technologique et commerciale et un dialogue politique et de sécurité), et à remplir ses obligations internationales dont une pleine coopération avec l'AIEA ». « Si l'Iran s'exécute et si cela est confirmé par l'AIEA, la situation devrait pouvoir être réglée dans le cadre du Conseil des gouverneurs de l'AIEA », ajoutent-ils en avertissant qu'ils n'ont pas « d'autre choix que de soutenir le renvoi du programme nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité des Nations unies si, malgré nos efforts, l'Iran ne s'exécute pas ».

L'offre américaine et la fermeté européenne ont été très froidement accueillies par Téhéran qui a de nouveau affirmé sa détermination à poursuivre son programme nucléaire civil. « Aucune menace, pression ou mesure incitative ne nous y fera renoncer », a précisé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, qui a rejeté les « incitations » de Washington. Selon M. Assefi, Européens et Iraniens ont encore « une petite divergence » sur les garanties objectives réclamées par l'UE-3. « Il n'est pas question dans les discussions d'une suspension permanente de notre enrichissement d'uranium », affirme-t-il, ajoutant: « les Européens savent qu'il s'agit là d'une exigence absurde ». Le président iranien Mohammad Khatami a pour sa part indiqué samedi dernier que son pays était « prêt à collaborer avec la communauté internationale » mais qu'il ne « renoncerait pas à son droit à l'énergie nucléaire pacifique et légal ». « La suspension de nos activités d'enrichissement de novembre dernier est un acte moral. Nous avons accepté volontairement et temporairement de suspendre les activités d'enrichissement de l'uranium, bien que rien ne nous y oblige », a-t-il précisé. A l'issue de la quatrième session de discussions à huis clos au niveau des experts à Genève (voir EUROPE du 10 mars, p. 5), Européens et Iraniens ont décidé de se retrouver pour une nouvelle session d'ici la fin du mois de mars dans une capitale européenne. Selon le Conseil de l'UE, la réunion tant attendue du comité de pilotage des négociations sur le dossier iranien, qui devrait rassembler les chefs de la diplomatie de l'UE-3 et M. Solana ainsi que le négociateur en chef iranien, Hassan Rohani, pour évaluer l'état d'avancement des discussions, devrait avoir lieu avant une nouvelle session de négociations au niveau des experts, probablement le 23 mars prochain.

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