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Bulletin Quotidien Europe N° 8710
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Faire le bon choix. Les Etats ACP sont-ils sûrs de faire le bon choix en envisageant une alliance étroite avec le G90 dans le cadre des négociations commerciales de l'OMC? À première vue, ce choix est logique. Le G90 regroupe la plupart des pays en développement, et il est normal que les ACP marquent leur solidarité avec ce groupe. Il est également normal, du point de vue tactique, que les pays en développement se présentent à Genève comme un bloc aussi uni et cohérent que possible, afin d'avoir un poids réel dans les négociations et une influence sur leur résultat, d'autant que le nouveau round est annoncé comme "le round du développement" et que son objectif prioritaire est de mieux insérer les pays pauvres dans le système commercial mondial afin qu'ils en tirent le maximum de profit. Mais la solidarité de principe ne doit pas devenir un alignement a priori sur des positions toujours uniformes. A mon avis, les intérêts concrets des Etats ACP ne coïncident pas avec quelques-unes des revendications principales du G90.

Des "préférences" à protéger. Quels intérêts des Etats ACP ne coïncident pas avec les positions du G90 et d'autres groupes analogues? La première réponse est simple: il est vital pour les ACP que l'UE conserve et développe les préférences commerciales en leur faveur. Une ouverture généralisée des frontières européennes à l'agriculture du monde entier aurait comme premier résultat d'évincer du marché européen la plupart des produits agricoles ACP, qui seraient mis en concurrence directe avec les produits de pays qui bénéficient de conditions naturelles et de capacités de production nettement supérieures (il suffirait de citer le Brésil). Les bananes africaines et des Caraïbes entrent en Europe parce que l'UE leur réserve un traitement spécial; le sucre des ACP est acheté par l'UE au prix européen et certes pas au prix mondial; je pourrais citer aussi le riz, le rhum et d'autres cas de dispositions spécifiques qui permettent et garantissent la présence des produits agricoles ACP sur le marché européen (l'UE absorbe 85% des exportations agricoles de l'Afrique). L'alignement sur les positions du G90 signifierait en pratique la fin des "préférences sélectives". Le Brésil et la Thaïlande (plus l'Australie) ont attaqué devant l'OMC le régime européen "sucre" dont bénéficient les ACP, et s'efforcent de le faire condamner. C'est un premier pas qui en annonce d'autres.

Des choix à faire. Les ACP ont, bien entendu, le droit de faire front commun à Genève avec le G90 et de se démarquer des positions européennes. Ils n'ont qu'à le dire. L'UE est très largement isolée dans sa défense des préférences en faveur des pays les plus pauvres; elle peut renoncer à les défendre devant les organes de l'OMC, si tel est le souhait des ACP. Elle peut supprimer les subventions à l'exportation même en direction des pays pauvres qui se souciaient d'obtenir certains produits européens à bas prix. Elle peut même réduire la portée politique de l'association avec les ACP, si telle est l'orientation de ces derniers. Qu'on le sache.

Je me demande parfois jusqu'à quel point les positions officielles de certains ACP correspondent aux intérêts véritables de leurs populations. Les résultats des enquêtes sur place ne coïncident pas toujours avec les prises de position officielles. Colette Braeckman est peut-être la journaliste qui connaît le mieux la réalité d'un grand nombre de pays africains; elle enquête toujours sur le terrain en évitant les grandes conférences et autres messes solennelles. Elle a été au Cameroun pour voir clair, sur place, dans l'affaire des poulets (voir "Le Soir" du 12 mai). En sept ans, les importations de poulets congelés (en provenance surtout d'Europe) sont passées de 978 à 22.000 tonnes par an, tuant la production locale, qui était pourtant en train de se développer positivement. Certes, le poulet industriel importé ne coûte pas cher, mais il s'agit en général de "bas morceaux" (le blanc n'y figure pas) et, surtout, les conditions sanitaires lorsqu'il est mis en vente sont très douteuses. Les inspections sont presque nulles, les restrictions à l'importation sont interdites par l'OMC, la possibilité de développer l'agriculture vivrière destinée à la population a été presque anéantie.

Enseignements d'une enquête. Les responsabilités de la situation et les remèdes ressortent clairement du reportage de Colette Braeckman. Les pays africains devraient notamment: a) ne pas être obligés de libérer totalement leurs importations agricoles (même pas en provenance de l'UE); b) pouvoir protéger la production vivrière locale; c) appliquer des normes sanitaires sévères, en considérant que les contrôles ont priorité sur la liberté des échanges. Ce sont quelques-uns des principes de base de la politique agricole européenne. D'ailleurs, le principe de la "multifonctionnalité" de l'agriculture avait été épousé par les Etats ACP, qui l'invoquaient par exemple à propos du commerce des bananes. Souhaitent-ils que cette notion leur soit appliquée? Ils doivent alors la considérer comme valable pour tous, l'UE y compris, et s'aligner à Genève, à ce propos, sur les positions européennes plutôt que sur celles du G90. Mais certains responsables politiques, aussi bien européens qu'africains, prennent parfois des positions qui ne paraissent pas conformes à l'intérêt de leurs populations. Quels sont, dans ces cas, les intérêts en jeu? (F.R.)

 

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