Strasbourg, 19/11/2003 (Agence Europe) -La délégation de l'UE, lors du Sommet de Rome avec la Russie, a "explicitement" fait référence aux développements en Tchétchénie, et le président Poutine a invité des "représentants européens" à faire une visite sur place, a affirmé le Secrétaire d'Etat Roberto Antonione mercredi au Parlement, lors d'un débat demandé notamment par les socialistes après les déclarations spontanées sur le problème tchétchène faites à la presse par Silvio Berlusconi à l'issue du Sommet (EUROPE du 11 novembre, p.5). A Rome, nous avons exprimé notre solidarité à la Russie dans la lutte contre le terrorisme, a ajouté M.Antonione, qui a précisé: le fait que la Tchétchénie ne soit pas citée dans la déclaration finale est "le fruit d'une médiation". A propos des craintes que l'élargissement de l'UE ait un impact négatif pour la Russie, M.Antonione a dit que M.Poutine les avait exprimées "dans une perspective tactique". Pour le reste, M.Antonione a salué les résultats concrets du sommet, en espérant qu'ils permettront de lancer rapidement le Conseil permanent de partenariat. Le Commissaire Günter Verheugen a lui aussi reconnu que ce sommet avait été plus concret que par le passé, alors que jusqu'ici on a eu "trop de plans d'action mais pas d'action, beaucoup de visions mais peu de pratique". Le sommet a aussi révélé la "complexité" de cette relation, a-t-il admis. Et, au sujet de la Tchétchénie, il a rappelé que la Commission avait évoqué à Rome le problème de l'aide humanitaire: nous sommes les principaux donateurs, et nous voudrions avoir nos gens sur place, mais l'accès est toujours interdit, a-t-il déploré. Le Commissaire a aussi rappelé les déclarations de l'UE qui dénoncent des fraudes électorales et une situation qui s'est empirée sur le terrain après les récentes consultations électorales en Tchétchénie. Sur un plan général, il a insisté: un "choix sélectif de thèmes" en fonction des desiderata d'une partie ne correspond pas à un "véritable partenariat stratégique". Quant à la ratification du Protocole de Kyoto par Moscou, il a jugé « réaliste », même s'il n'y a pas de "lien formel" entre les deux affaires, qu'elle progresse plus ou moins parallèlement à l'adhésion de la Russie à l'OMC.
Une alliance stratégique avec la Russie est essentielle pour la paix, mais il ne peut pas y avoir de liberté si les gens ont peur, et il faut donc réclamer davantage de démocratie, a affirmé le président du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering. Et il y a la « plaie sanglante » de la Tchétchénie, dont la population ne doit plus être identifiée à des terroristes et des bandits. M.Pöttering a admis qu'il n'est pas admissible que des questions importantes discutées officiellement n'apparaissent pas dans les documents officiels à l'issue de réunions avec un interlocuteur de l'Union. Lorsqu'on parle avec le président russe de ces questions, on devrait pouvoir se mettre d'acccord sur une formule, a-t-il estimé, en critiquant implicitement Silvio Berlusconi, mais sans le citer. En revanche, le président du groupe libéral Graham Watson a déploré les « commentaires inconsidérés » de Silvio Berlusconi. Le président du Conseil européen devrait choisir attentivement ses mots, au lieu de contredire les textes adoptés par l'Union elle-même, a insisté le libéral démocrate britannique. C'est difficile de critiquer des amis, a admis le coprésident du groupe Verts/ALE Daniel Cohn-Bendit, en admettant le malaise éprouvé en voyant son ministre (vert) des Affaires étrangères fraterniser avec Poutine pour avoir son soutien dans l'affaire de l'Irak. Mais ça ne sert à rien d'être conciliant avec la Russie: si le président du Conseil européen dit que le problème tchétchène n'existe pas, le mal est fait, et il est fait pour longtemps, quoi que nous disions ensuite, s'est écrié M.Cohn-Bendit. Et il renchérit: ne croyons pas M.Poutine lorsqu'il fait la morale sur l'Irak, il n'en croit pas un mot, il « instrumentalise » pour établir son pouvoir, qui est un pouvoir totalitaire. Plusieurs parlementaires ont eu des tons semblables: Reino Paasilinna (PSE), Sylviane Ainardi (GUE/NGL), Bastiaan Belder (EDD), Olivier Dupuis (Lista Bonino), Bernd Posselt (CSU), pour qui, en Tchétchénie, on ne doit pas parler de terrorisme, mais de résistance. Mais Silvio Berlusconi a eu ses défenseurs: Mario Borghezio, de la Lega Nord, qui voit dans ses propos un « sain réalisme », et Antonio Tajani, de Forza Italia, pour qui M.Berlusconi a été mal compris ou mal interprété.