Bruxelles, 19/11/2003 (Agence Europe) - Outre son feu vert à la création d'une facilité financière pour la paix en Afrique (voir EUROPE d'hier, p. 9), le Conseil de l'UE, réuni en formation Développement, a débattu lundi du dialogue UE/Afrique et de la situation politique dans certains pays africains. La mise en oeuvre de la politique de développement de l'UE en général, l'adoption d'éventuelles mesures spécifiques en faveur du coton africain, et les moyens d'appui à une meilleure gouvernance dans les pays en développement ont également nourri des échanges de vues. Noyés dans l'agenda très chargé du Conseil Affaires générales/Affaires extérieures/Défense, ces travaux ministériels consacrés au Développement n'ont pas été commentés, la conférence de presse finale ayant été différée par deux fois puis annulée. Les résultats des discussions ont été consignés dans des conclusions ou des orientations écrites dont voici les grandes lignes:
Dialogue politique UE/Afrique: les conclusions du Conseil saluent les progrès de l'Union africaine vers l'établissement de ses organes, notamment le Conseil de sécurité et de paix, et entérinent les nouvelles modalités arrêtées par la Troïka UE/Afrique pour approfondir ce dialogue régulier sur une base plus flexible.
Gouvernance et développement: les conclusions du Conseil saluent les trois scénarios décrits par la Commission («partenariat efficace », «partenariat difficile », «situation post-conflit ») pour adapter les mesures politiques et les instruments requis pour améliorer la gouvernance à la situation spécifique des pays concernés. Le Conseil invite la Commission à énoncer des lignes directrices pour mettre en pratique les principes de la bonne gouvernance dans la gestion des programmes d'aide et recommande que la Communauté inclue dans le dialogue avec chaque pays en développement partenaire de l'UE les questions liées au fonctionnement des systèmes politique, administratif, économique et social au regard du respect des droits humains, de la démocratie et de l'Etat de droit.
Mise en oeuvre de la politique de développement: les conclusions saluent les efforts accomplis par la Commission pour évaluer les progrès réalisés en 2002 dans la réalisation des objectifs du millénaire en matière de réduction de la pauvreté dans le monde. Elles demandent à la Commission d'inclure dans son prochain rapport annuel une évaluation de la coopération entre la Communauté, les Etats membres et les nouveaux adhérents pour renforcer les capacités de ces derniers, moins roués à la politique de développement que ne le sont les Quinze, et explorer ce qu'il conviendrait de faire.
Guinée Bissau: le Conseil a pris note d'une intervention de la délégation portugaise demandant que l'UE se préoccupe de la situation économique dramatique dans le pays et envisage de dépêcher une mission d'observation électorale pour le scrutin de l'an prochain.
République Centrafricaine: la décision du Conseil visant la clôture des consultations et la suspension partielle de la coopération avec ce pays a été différée pour des raisons techniques.
Nigeria: le Conseil a salué les progrès réalisés pour consolider la démocratie et le développement socio-économique, mais considère que des progrès considérables restent à réaliser en matière de sécurité et de droits humains, de réforme économique (y compris réforme fiscale et privatisation), de consolidation des réformes électorale et constitutionnelle ainsi que de gouvernance et de réforme du secteur public. Les conclusions adoptées encouragent ce pays à tenir ses engagements dans ces domaines et prônent le maintien d'un dialogue politique régulier ainsi qu'une coopération efficace entre l'UE et le Nigeria, y compris pour renforcer la capacité du Nigeria à contribuer à l'intégration régionale, à la paix et à la sécurité.
Grands Lacs africains: le ministre belge Louis Michel a fait rapport à ses collègues de sa récente visite en Afrique centrale, et plaidé pour un rôle accru de l'UE dans la stabilisation de la région, au vu des résultats encourageants de l'opération Artemis et de la fenêtre d'opportunités ouverte par les différents processus politiques.
Coton africain: le Conseil a eu un échange de vues à ce sujet, à la demande de la délégation française qui prône une plus grande ouverture du marché européen aux exportations des quatre pays d'Afrique de l'Ouest producteurs de coton, et des mesures européennes d'encouragement des différentes filières de production dans ces pays. Cette proposition a trouvé un écho favorable chez les Pays-Bas et la Suède (qui a néanmoins fait observer que le coton n'est pas une question de développement, mais de commerce). L'Espagne et la Grèce - les deux pays producteurs de coton - se sont montrés plus réservés. Le Conseil a invité la Commission à examiner la question en profondeur et à lui faire rapport. Le Commissaire Poul Nielson a indiqué qu'une communication de la Commission sur les produits de base était actuellement en préparation, que des investissements de la BEI pour la diversification des filières était envisageable. Mais, a-t-il fait observer, il n'incombe pas à l'UE d'augmenter son aide au développement pour compenser les subventions massives des Américains à leurs exportations de coton.