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Bulletin Quotidien Europe N° 8588
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques idées sur les motivations du resserrement des liens entre la France et l'Allemagne

Une surprise injustifiée. Dans l'affaire du resserrement des liens franco-allemands, ce ne sont pas les informations récentes qui étonnent - rien n'était vraiment nouveau- mais certaines réactions exprimant surprise ou préoccupation. Les nouvelles ambitions du rapprochement entre la France et l'Allemagne étaient, depuis quelque temps, évidentes. Sans remonter aux positions communes présentées à la Convention, les signes avant-coureurs étaient nombreux, et cette rubrique insistait sans cesse, au risque d'être répétitive, sur la volonté de Paris et Berlin de réaliser un "saut de qualité" dans l'intégration, dans le contexte communautaire si possible, en dehors si nécessaire (voir, pour l'aspect "défense" cette rubrique du 13 novembre).

Signification des "Eurorégions". Certains signaux n'étaient pas perçus. Un exemple: lorsqu'à la fin octobre, le gouvernement français a approuvé, à l'initiative de la ministre déléguée aux affaires européennes Noëlle Lenoir, onze mesures sur la "citoyenneté européenne" (voir notre bulletin du 31 octobre, page 3), le but était double: indiquer ce que France et Allemagne vont réaliser ensemble, et marquer la disponibilité à y associer d'autres Etats membres. Les mesures annoncées étaient en bonne partie de nature psychologique et culturelle, et elles ont sans doute suscité quelques murmures à propos de l'inguérissable rhétorique européenne; mais à côté des aspects linguistiques (qui ne sont pas à prendre à la légère) et d'autres initiatives visant à habituer les jeunes à "penser européen" dès l'enfance, il y avait aussi une initiative très concrète: le statut des Eurorégions situées à cheval sur les frontières de deux (ou plus) Etats membres. L'importance de cette initiative était confirmée quelques jours plus tard, lorsque le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder se sont réunis avec une certaine solennité à Valenciennes, avec les représentants des régions françaises et allemandes, pour mieux définir les Eurorégions et lancer les premiers projets faisant suite au district Strasbourg-Kehl déjà instauré le 30 juin dernier. Je n'ai pas l'outrecuidance de résumer en quelques lignes la signification des régions frontalières dans l'histoire franco-allemande, mais je cite volontiers quelques phrases prononcées par un sénateur français (Denis Badré) il y a quelques jours, au sein de la délégation pour l'UE du Sénat: " l'Union européenne est la meilleure réponse pour régler les antagonismes nés de l'histoire de nos peuples, par exemple ceux de l'Alsace et de la Lorraine, qui ont été écartelées entre la France et l'Allemagne. L'UE sera aussi la meilleure réponse pour régler le drame des affrontements entre minorités nationales dans les Balkans, sans que pour autant celles-ci doivent renier leurs origines différentes. Pour les minorités hongroises, une première étape va être franchie avec l'adhésion de la Slovaquie, et il est souhaitable qu'elle soit suivie sans trop de délais par celles de la Roumanie et de la Serbie."

Cette citation indique, à mon avis, la signification profonde et les ambitions de certaines formes du rapprochement franco-allemand ainsi que les enseignement que d'autres régions d'Europe peuvent en tirer. C'est la rupture avec le passé et le commencement d'une histoire nouvelle. D'ailleurs, quelques initiatives dans le même sens existent aussi à l'Est; notre bulletin a annoncé la semaine dernière que trois régions autrichiennes et leurs voisines de République Tchèque, Slovaquie et Hongrie ont créé une nouvelle Eurorégion appelée "Centrope". On pourrait rêver, pour nos enfants ou petits enfants, à quelque chose d'analogue un jour entre l'Allemagne, la Pologne et la Russie pour la zone de Kaliningrad, qui soulève pour le moment tellement de problèmes, provoqués par la folie de la guerre et de l'agression, car Kaliningrad n'est que l'ancienne ville de Königsberg, où est né et a pensé et est mort Emmanuel Kant. D'autres exemples seraient possibles, mais qui doivent encore mûrir, politiquement et dans les esprits.

S'efforcer de comprendre. Ni Jacques Chirac ni Gerhard Schröder n'étaient au départ, quoi qu'ils en disent aujourd'hui, des pro-européens, ni de formation ni d'esprit. Ce sont des hommes politiques d'envergure qui ont compris, chacun de leur côté, que leur pays isolé n'est pas en mesure de faire entendre sa voix dans le monde, d'avoir des ambitions et une véritable autonomie, alors qu'en tant qu'Europe tout est possible, Si l'on tient compte de ces motivations, on évitera de parler en termes de leadership et de volonté de dominer l'Union. J'ai eu l'occasion de signaler l'exigence de comprendre, à la lumière de l'histoire, l'attitude des Britanniques, ainsi que celle la Pologne et d'autres pays d'Europe centrale et orientale; le même effort doit être consenti pour comprendre les motivations de ceux qui veulent une Europe plus intégrée; et je ne pense pas seulement à la France et à l'Allemagne, mais aussi à la Belgique, et à d'autres pays encore. Les signaux se multiplient, même si pour le moment l'espoir du succès de la Constitution freine les initiatives. Mais si cet espoir s'évanouit, les initiatives suivront, et elles ne seront plus surtout symboliques comme certaines initiatives indiquées plus haut. Avec toutefois un danger, que j'évoquerai demain. (F.R.)

 

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