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Bulletin Quotidien Europe N° 8579
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Secteur par secteur, la Commission européenne multiplie les initiatives de politique industrielle

La mode et la réalité. Affirmer que l'Europe n'a pas de politique industrielle, c'est à la mode. Et ceux qui déplorent une telle lacune sont souvent les mêmes qui ont longtemps entravé toute tentative de définir cette politique (les termes mêmes de "politique industrielle" ont été longuement interdits de séjour dans le langage européen). La réalité peut se résumer en deux points:

- l'UE ne peut pas se donner une doctrine globale et rigide de politique industrielle, car les situations (ainsi que les résultats des élections, nationales et européennes) changent. Les institutions de l'Union ne doivent pas figer les critères et les modalités de l'action européenne;

- concrètement, la CEE a toujours fait de la politique industrielle et aujourd'hui l'UE en fait plus que jamais. Il suffit de rappeler, pour le passé, la restructuration de la sidérurgie et, maintenant, le projet de cadre juridique pour l'industrie chimique, le projet pour le textile et l'habillement (très intéressant car il regroupe toute une gamme de moyens d'action), les orientations stratégiques pour l'industrie de la défense, l'annonce d'un livre blanc pour le secteur spatial, le programme en préparation pour la construction navale.

On reconnaît aujourd'hui que ces initiatives sont bien de la politique industrielle. Mais l'Europe en faisait déjà lorsqu'il était interdit de le dire. Les interventions contre les ententes, les décisions pour ou contre certaines fusions, l'interdiction des aides d'Etat qui faussent la concurrence, l'autorisation des aides à la restructuration sont des actions de politique industrielle, de même que pour certains aspects les normes sociales visant à prévenir les délocalisations artificielles, la plupart des normes environnementales, la protection des brevets et les différents aspects du droit des sociétés; et on peut en dire autant de certains éléments de la politique commerciale, comme les règles antidumping et les initiatives pour combattre la contrefaçon.

Une prise de conscience. Ce qui est nouveau, c'est que l'Europe prend conscience de l'importance de l'industrie manufacturière. Fabriquer des marchandises pour les gens et pour leur bien-être doit demeurer l'objectif prioritaire. Heureusement, la théorie selon laquelle la "nouvelle économie" (technologies de l'information et compagnie) et les services devaient pour l'essentiel remplacer en Europe la production de biens a perdu son charme et son attrait maléfique. Les technologies de l'information et les services représentent deux piliers de l'économie européenne, mais ils perdent une grande partie de leur signification et de leurs perspectives d'avenir s'ils ne s'appuient pas sur une base solide d'industrie manufacturière. A qui s'adresseraient les "services aux entreprises", réservoir précieux d'emplois, si les industries fondamentales périclitent? Aussi bien les technologies de l'information que les services sont en partie des "activités accessoires" de la fabrication de biens. Ne regardez pas les statistiques qui minimisent l'apport de l'industrie manufacturière au PIB de l'Union européenne, car elles trahissent la réalité. Evitons l'erreur commise à propos de l'agriculture considérée comme "activité en déclin" en négligeant ses fonctions multiples et essentielles.

Rejeter la "politique d'assistance". Mais la prise de conscience ne doit en aucun cas entraîner une tendance favorable à une sorte de politique d'assistance. L'Europe doit contribuer à créer des conditions favorables au développement industriel et à la prospérité des entreprises, mais celles-ci doivent marcher sur leurs jambes. Les chefs d'entreprise tendent souvent à imputer à l'autorité publique la responsabilité de leurs maux et de leurs insuffisances, mais ils doivent jouer eux-mêmes leur rôle par exemple en éliminant certains abus inconcevables et scandaleux dans la rémunération des managers, et en perdant l'habitude de réclamer des aides d'Etat à toute occasion. "En plus des distorsions de concurrence, les aides d'Etat aux entreprises sont des incitations à la délocalisation des entreprises vers les pays qui les accordent", a souligné le Commissaire à la concurrence Mario Monti. Ce n'est pas sur ce plan-là que l'industrie doit s'attendre à moins de rigueur. L'argent européen doit certes contribuer à la bonne santé de l'industrie européenne, mais par la relance des réseaux transeuropéens, par l'appui à la recherche/développement et à la formation continue, et par d'autres instruments horizontaux, certes pas par des aides directes systématiques.

Trois orientations de politique commerciale. Un aspect dans lequel les institutions de l'UE doivent continuer à être actives, et même intensifier leur action, est celui de la politique commerciale, dans une triple direction: subordonner l'ouverture du marché européen à la réciprocité (sauf pour les pays les moins avancés de la liste ONU); maintenir au sein de l'OMC la pression en faveur des "sujets de Singapour" (qui ne doivent pas être considérés comme caducs); intensifier la bataille (encore trop timide) contre les produits de contrefaçon et d'autres abus. Et c'est ainsi que l'Union continuera à faire de la politique industrielle comme le "Bourgeois gentilhomme" de Molière faisait de la prose: sans le savoir. (F.R.)

 

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