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Bulletin Quotidien Europe N° 8537
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Quatre pays d'Afrique de l'Ouest demandent à l'Union de soutenir à Cancun leur démarche pour la suppression des subsides des pays riches qui menacent la survie des producteurs de coton africains

Bruxelles, 08/09/2003 (Agence Europe) - Après Paris, c'est à Bruxelles, qu'une délégation de représentants de quatre pays africains producteurs de coton - Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad - s'est rendue la semaine dernière pour plaider auprès de la Commission européenne la survie du coton africain menacée par le dumping que pratiquent les pays riches sur le marché mondial, à grand renfort de subventions à leurs propres producteurs (voir EUROPE de samedi, p.11 ).

A quelques jours de l'ouverture de la cinquième conférence ministérielle de l'OMC à Cancun (Mexique, 10-14 septembre), l'objectif de cette délégation, composée de diplomates, de représentants des paysans africains et d'ONG de développement du Sud, était de solliciter le soutien de l'Union européenne à la soumission introduite en mai dernier par les quatre pays à l'OMC pour demander que les pays riches - en particulier les Etats-Unis et l'Australie- mettent fin à leurs subsides à l'origine d'une concurrence déloyale menaçant la survie d'une dizaine de millions de producteurs africains. Après avoir été reçue par les cabinets des Commissaires européens Pascal Lamy (Commerce) et Poul Nielson (Développement), la délégation devait poursuivre sa campagne à La Haye (Pays-Bas) et à Washington (Etats-Unis) avant de rejoindre Cancun où la question sera traitée. Les quatre pays ont en effet obtenu - et c'est là une première victoire - qu'elle soit inscrite à l'ordre du jour de la conférence de l'OMC. Cette démarche, approuvée par tous les pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre, est soutenue par l'ensemble des pays les moins avancés. Outre la fin des subsides, elle vise à obtenir que soit octroyé au coton le statut de «produit spécial » (c'est-à-dire essentiel au développement) pour les pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre, et un traitement particulier qui lui assure un accès équitable sur le marché mondial, ainsi qu'une indemnisation pour les pertes subies par les pays. Lors d'une conférence de presse à Bruxelles, organisée par l'ONG britannique Oxfam international, les membres de la délégation ont expliqué que les subsides des pays riches, chiffrés à 4 milliards de dollars ont un effet dépréciateur sur le prix du coton sur le marché mondial, qui a occasionné une perte de revenus de 1 milliard de dollars dans ces quatre pays africains comptant parmi les plus pauvres.

« Pour nos quatre pays, le coton n'est pas un simple produit agricole. C'est un véritable instrument de développement et de lutte contre la pauvreté qui représente 5 à 10% du PIB, 30 % de nos exportations totales en valeur et plus de 60% de nos exportations agricoles. Dix millions de personnes vivent de cette production. C'est dire la place du coton dans nos économies et son importance pour injecter des revenus dans les zones rurales », a déclaré K.D. Ouedraogo, ambassadeur du Burkina Faso auprès de l'Union. Si les pays africains ont entamé cette démarche diplomatique auprès de l'OMC, c'est pour mettre fin à un paradoxe: le coton africain, pourtant l'un des plus compétitifs, subit des pertes. « Les paysans n'arrivent plus à placer leur coton sur le marché mondial car les prix mondiaux sont inférieurs aux coûts de production des pays africains. Le coût de production de la livre de coton aux Etats-Unis est de 50% supérieur au coût de production en Afrique. Si l'on s'en remettait aux seules forces du marché, le coton américain ne pourrait concurrencer le coton africain qui a un avantage comparatif indéniable. Il faut que cesse ces distorsions de concurrence insupportables pour nos pays. Nous demandons à l'OMC de trouver un système de réduction des subventions internes ou aux exportations, en vue d'un démantèlement total pour permettre aux pays africains de sauver leur filière, exportatrice à 95% », a-t-il expliqué. En 2001 et 2002, 73% de la production mondiale de coton étaient subventionnés, à hauteur de 6 milliards de dollars . Sur ce total, la part des subventions de l'Union européenne à ses producteurs espagnols et grecs (700 millions de dollars) est modique, mais néanmoins préjudiciable et en contradiction avec la politique de développement de l'UE, a souligné l'ambassadeur, car les producteurs espagnols reçoivent des subsides équivalent à 180% du coût du marché, les producteurs grecs à 160% (contre 60% pour les producteurs américains).

Et l'ambassadeur du Bénin, Euloge Hinvi, d'ajouter « les planteurs de coton américains reçoivent trois fois plus de subventions que la totalité du budget de l'USAID pour les 500 millions d'habitants de l'Afrique. Ce qu'on nous donne d'une main en aide développement, on nous le reprend de l'autre en créant les conditions sur le marché qui nous empêchent de nous développer, qui nous enfoncent dans la pauvreté ».

Ndjogou Fall, président du réseau des organisations paysannes et des agriculteurs d'Afrique de l'Ouest, a précisé que le cas du coton est exemplaire d'une stratégie annihilant les résultats positifs de l'aide au développement, mais qu'il n'est pas un cas isolé. « Il en va de même pour le riz, le cacao et l'arachide ».

Actuellement à Bruxelles, le président du Bénin, Mathieu Kérékou, viendra en personne défendre l'initiative sectorielle du coton africain auprès du président de la Commission européenne Romano Prodi, ce mardi, et devant la commission du développement du Parlement européen, mercredi.

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