Bruxelles, 07/07/2003 (Agence Europe) - Les ministres du Commerce de l'Union et de ses dix futurs membres ont signalé de Palerme, où ils ont tenu une réunion informelle dimanche après-midi, qu'ils attendent des concessions de leurs partenaires dans les négociations multilatérales sur l'Agenda de Développement de Doha, après les décisions difficiles prises pour réformer la politique agricole commune. « Sur l'agriculture, comme c'est déjà le cas dans d'autres domaines, nous pouvons maintenant passer à l'offensive », s'est félicité le Commissaire Pascal Lamy, lors de la conférence de presse qui clôturait cette rencontre essentiellement consacrée à la finalisation des préparatifs pour la prochaine conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (Cancun, septembre).
«La convergence de vues sur l'ADD est énorme entre les Quinze et les dix futurs adhérents. Ils sont sur la même longueur d'onde et ils ont adhéré totalement au mandat de négociation tel qu'il est, dans tous ses aspects, y compris les nouveaux sujets dits de Singapour (concurrence, investissement, transparence des marchés publics, facilitation du commerce: NdlR) », souligne la porte-parole de M. Lamy. Les participants ont adressé un message « très fort » au reste du monde: l'Union va passer à l'offensive sur le terrain agricole, l'objectif étant principalement de soumettre aux disciplines multilatérales les soutiens internes aux Etats-Unis et les systèmes utilisés parmi les membres de Cairns pour subventionner leurs exportations (monopoles d'Etats sur le commerce, etc.), et de renforcer la protection des indications géographiques. «C'est d'autant plus prioritaire que l'Italie est maintenant à la tête de l'Union, et les IGP figurent très haut à l'agenda de cette Présidence », souligne-t-on à la Commission. Et le ministre italien Adolfo Urso de renchérir: « la réforme de la PAC permet à l'Union d'avoir toutes ses cartes dans le bon ordre face au volet agricole des discussions » à Genève. Les Européens veulent aussi intensifier les pressions sur Washington pour sortir le dossier de l'accès aux médicaments de l'impasse. « Nous lançons un appel aux Etats-Unis pour qu'ils rejoignent le consensus rallié par 144 pays en décembre dernier avant Cancun. Il faut montrer aux pays en développement que les négociations actuelles sont véritablement un cycle de développement, avec des éléments en leur faveur », indique-t-on de même source.
Les principales ONG européennes « profondément déçues » - Appel contre
l'extension des négociations à l'OMC
Une centaine d'organisations non gouvernementales européennes ont demandé, le même jour, que l'Union renonce à vouloir élargir le champ des négociations à l'Organisation mondiale du commerce. Le document qu'elles ont remis au Commissaire Lamy et à la Présidence italienne à Palerme constitue un « Appel de la Société civile européenne: Stoppez l'agenda de l'UE pour l'extension de l'OMC ». Les ONG s'opposent ce faisant à l'ouverture de négociations sur l'investissement parmi les autres « nouveaux sujets » que les Européens pressent d'intégrer dans l'ADD. « Nous sommes profondément déçus parce que la Présidence italienne n'a pris aucun engagement à discuter du réexamen du mandat confié au Commissaire Lamy. L'Union européenne va dès lors se retrouver de plus en plus isolée à la ministérielle de Cancun », a commenté l'un des membres italiens de cette campagne, Antonio Tricarico. Alexandra Wandel des Amis de la Terre (Europe) a, quant à elle, regretté le « rejet par M. Lamy et les ministres du Commerce d'un appel fort, uni, des représentants de millions de citoyens européens ». « Le projet européen d'étendre l'OMC a été profondément critiqué par des organisations de défense de l'environnement, du développement et de la justice sociale en Europe », estime-t-elle, en s'interrogeant: « Qui cet agenda intéresse-t-il ? C'est un agenda pour les grandes entreprises, alors que le monde en développement, de même que l'environnement, ont tout à perdre ».