Bruxelles, 28/03/2003 (Agence Europe) - Toujours aussi fermement campés sur leurs positions tranchées, les 145 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce ne seront pas au rendez-vous, le 31 mars prochain, pour arrêter les modalités de la libéralisation programmée du commerce agricole. C'est désormais certain. Même Stuart Harbinson, qui pilote les négociations sur ce chapitre stratégique de l'Agenda de développement de Doha n'y croit plus, indiquait-t-on vendredi de source diplomatique proche des discussions. Les réactions officielles et les suites à donner à ce que personne n'ose qualifier d'échec à ce stade - les regards étant désormais rivés, comme pour l'accès aux médicaments, vers Cancún, où se tiendra en septembre la prochaine Conférence ministérielle de l'OMC - seront affichées, lundi à Genève, à l'issue de la réunion formelle du comité des négociations sur l'agriculture.
En clôturant quatre jours de consultations informelles, qui ont débuté ce mardi, M. Harbinson a dû se rendre à l'évidence: impossible de produire un nouveau projet de compromis, impossible pour l'instant de combler le large fossé qui divise les différents camps en présence: les tenants de la multifonctionnalité de l'agriculture, tels que l'Union et le Japon, leurs détracteurs, dont le mot d'ordre est à l'amélioration de l'accès aux marchés, Groupe de Cairns et les Etats-Unis en tête, et les positions plurielles au sein du monde en développement. Il s'agit, selon M. Harbinson, d'un « sérieux revers », mais ce n'est que partie remise, car les 145 restent tous engagés dans ce processus dont la fin est en principe programmée pour décembre 2004 (même si les conjectures se multiplient quant à la probabilité de jouer les prolongations pendant un voire deux ans: NdlR) dans le cadre d'un paquet d'ensemble incluant les autres chapitres de l'Agenda de développement de Doha. Et il leur reste encore du temps pour donner un cadre aux pourparlers et faire les concessions nécessaires à la définition des modalités (objectifs chiffrés, grands principes) de la réforme du commerce agricole, estime en substance M. Harbinson, en renvoyant aussi aux progrès enregistrés - davantage sur les éventuelles disciplines que sur les possibles modalités. Néanmoins, a-t-il une fois encore insisté auprès de ses homologues, il faut travailler davantage, non seulement à Genève, au niveau technique, mais aussi « au niveau (politique: NdlR) des capitales ».
Cette semaine, dernière ligne droite jusqu'à la date butoir fixée à Doha et désormais vouée à reculer, il est apparu clairement au chef du groupe de négociation que pour le moment les négociateurs ne peuvent rien céder sur les questions clés, telles que le sort des subventions à l'exportation, des soutiens internes, etc.. « Il n'en demeure pas moins qu'il est d'une importance vitale de définir les modalités d'une réforme plus poussée et ce dès que possible », a-t-il dit, en exhortant les 145 à réfléchir et travailler « encore plus dur ». « La situation dans laquelle nous nous trouvons est très grave bien qu'elle ne soit aucunement dépourvue de tout aspect positif », a-t-il ajouté, en soulignant quelques rapprochements constatés, et le fait que les positions sur les questions les plus difficiles sont désormais nettement plus claires, ainsi que le lien entre ces questions. Ce qu'il reste à accomplir n'est pas simple, mais clair: « terminer le travail qui nous a été confié par les ministres à Doha, le plus tôt possible », a-t-il dit.