Bruxelles, 28/03/2003 (Agence Europe) - L'adhésion à l'UE des dix premiers nouveaux membres ne devrait pas constituer un frein à la poursuite et l'approfondissement de l'intégration européenne, y compris dans le domaine de la politique étrangère, de sécurité et de défense commune ; au contraire, elle devrait donner un poids supplémentaire aux forces intégrationnistes et aux défenseurs de la "méthode communautaire" dans l'Union élargie, estime le Commissaire à l'élargissement Günter Verheugen. Parlant à Bruxelles à un petit groupe de journalistes lors d'une entrevue organisée par le European Journalism Center (EJC), le Commissaire a réfuté la thèse selon laquelle les futurs nouveaux membres seraient des "chevaux de Troie envoyés par les Américains" pour ralentir ou arrêter le projet européen, ou pour renforcer les partisans d'une approche purement intergouvernementale. « Mon impression générale est que nous pouvons nous attendre à ce que les pays candidats soutiendront la méthode communautaire », a dit M. Verheugen.
Après avoir parlé récemment (notamment en marge du Conseil européen de printemps de la semaine dernière) avec tous les chefs de gouvernement des pays adhérents, M. Verheugen affirme même qu'il ne serait "pas du tout surpris de voir ces pays venir prochainement avec une nouvelle initiative conjointe" pour faire avancer la PESC. Jusqu'ici, les pays candidats ont toujours appuyé toutes les positions communes de l'UE en matière de politique étrangère, "chaque fois qu'il y en avait une", ce qui, regrette M. Verheugen, n'était "malheureusement" pas le cas dans l'affaire irakienne. Il serait donc faux de tirer de l'attitude pro-américaine de la majorité des dix pays adhérents dans le cas irakien la conclusion que la présidence de ces nouveaux Etats membres réduira les chances d'une UE élargie de mettre en oeuvre une politique étrangère et de sécurité commune. D'autant plus que la signature de la "Lettre des Huit" ou de la déclaration des "Dix de Vilnius" a été précédée par une "pression extrême" exercée par les Américains sur les candidats, faisant un lien immédiat avec leur adhésion à l'OTAN, rappelle M. Verheugen. Certes, l'élargissement influencera la politique étrangère et de sécurité de la future Union, "la changera beaucoup plus que ce que les citoyens et même les hommes politiques peuvent imaginer aujourd'hui". Mais, ce sera un changement qui offrira à l'UE élargie des "opportunités nouvelles" car les nouveaux membres apporteront une "valeur ajoutée" qu'il faudra à tout prix "utiliser", affirme M. Verheugen. Ainsi, les nouveaux adhérents ont des relations particulières à la fois avec l'Europe orientale et les pays de l'ex-URSS, ainsi qu'avec les Etats-Unis. "Les nouveaux membres influenceront l'agenda transatlantique de l'UE, mais d'une manière positive. Il faut en profiter", a dit le Commissaire.
Etant convaincu de la volonté politique des pays adhérents de participer à la PESC, M. Verheugen a estimé qu'il était important d'essayer d'abord d'agir à 25, avant d'envisager des actions avec un nombre limité d'Etats membres pour faire avancer la PESC. Pour cette raison, il considère la récente initiative belgo-germano-française sur la coopération en matière de défense "prématurée".