Bruxelles, 20/02/2003 (Agence Europe) - La proposition de directive concernant la protection des piétons et autres usagers vulnérables de la route en cas de collision avec un véhicule (voir EUROPE d'hier, p.12) vise à réduire le nombre de tués et de blessés sur les routes grâce à la modification de la partie avant des véhicules. Actuellement, quelque 8000 piétons et cyclistes sont tués chaque année dans l'Union, et environ 300 000 blessés suite à des accidents de la route.
En proposant que ce soit aux constructeurs de démontrer que les nouveaux véhicules satisfont à une série de tests de sécurité en deux étapes (2005 et 2010), la Commission compte favoriser la prise en compte de ce facteur sécurité dans la conception des véhicules. 2005 serait la date de mise en œuvre obligatoire des «crash tests » que les constructeurs ont acceptés au titre de l'accord volontaire conclu en juillet 2001 entre l'ACEA (association des constructeurs européens d'automobiles) et la Commission. 2010 serait l'échéance fixée pour des essais plus rigoureux issus des travaux de l'EEVC (Comité européen pour l'amélioration de la sécurité des véhicules), dès qu'auront été définis des critères de performance accrue sous les auspices de l'EuroNCAP ( Programme européen d'évaluation des nouvelles voitures). Selon la Commission européenne, la conformité avec ces essais se traduira par une diminution des lésions invalidantes aux jambes provoquées par le contact initial du piéton avec la partie frontale des véhicules ainsi que des blessures mortelles à la tête résultant du choc avec le capot des véhicules circulant à des vitesses pouvant atteindre 40 km/heure (vitesses courantes dans le milieu urbain où se produisent la majorité des accidents impliquant des piétons). La Commission estime que la mise en œuvre de cette directive devrait permettre d'éviter annuellement jusqu'à 2000 accidents mortels et servir l'objectif communautaire qui est de réduire de moitié les accidents mortels de la route d'ici à 2010.
Cette nouvelle initiative fixe dans un texte législatif les engagements déjà souscrits par l'industrie automobile - engagements que la Commission considère conformes à son propre objectif. Erkki Liikanen, Commissaire à l'Industrie, déclare: « Je me félicite de ce que l'industrie automobile se soit déjà engagée à répondre aux exigences de cette proposition en matière de sécurité. Je ne doute pas qu'elle trouvera les solutions techniques appropriées permettant d'y parvenir ».
Les associations de consommateurs et de sécurité dans les transports sont mécontentes
Les organisations européennes de sécurité dans les transports et de défense des consommateurs sont d'un avis bien différent. Elles redoutent en effet que cette proposition ne fournisse pas un niveau de protection des piétons suffisant. Dans un communiqué conjoint, le Beuc (Bureau européen des associations de consommateurs), l'ETSC (Conseil européen pour la sécurité des transports), et l'Anec (Association européenne pour la coordination de la représentation des consommateurs dans les travaux de normalisation ) déplorent que la DG Entreprises ait seulement consulté l'industrie automobile. Restées en marge de la consultation, les organisations critiquent le fait que la Commission ait privilégié les « crash tests » les moins performants. "Dans un premier temps, les « crash tests » de l'EEVC ne seront qu'optionnels alors que les tests de l'engagement volontaire négocié entre la DG entreprises et l'industrie automobile européenne en 2001 sera obligatoire. Or, selon une nouvelle étude du laboratoire de recherche sur les transports du Royaume-Uni, ces tests offrent 70% de protection en moins contre les blessures mortelles que les tests de l'EEVC", affirment le Beuc, l'Anec et l'ETSC. Le fait que, dans un second temps, les tests de l'EEVC pourraient devenir obligatoires est loin de les satisfaire, puisqu'il faudra d'abord soumettre ces tests à une étude de faisabilité en 2004. "Nous ne comprenons pas pourquoi les résultats de 22 ans de R&D financés par l'Union, validés en 1993 et utilisés depuis 1996 par le programme européen d'évaluation des nouveaux modèles de voitures EuroNCAP (également financé par l'UE) devraient être soumis à une étude de faisabilité alors qu'une voiture actuellement sur les routes, La Honda Civic, répond déjà à 80% aux exigences des tests EEVC", soulignent les organisations. "Cette proposition (…) est inacceptable car elle ne respecte pas les obligations du traité et va à l'encontre de l'intérêt du public. Nous demandons instamment à la Commission de la reconsidérer », déclare Jim Murray, directeur du Beuc,