Bruxelles, 20/02/2003 (Agence Europe) - L'Institut d'études de sécurité de l'UE, dirigé par Nicole Gnesotto, consacre un de ses Occasional Papers à la mission de police en Bosnie-Herzégovine (MPUE) qui a débuté ses activités le 1er janvier 2003, prenant ainsi la relève de la mission des Nations unies (Minubh). L'objectif de la mission, dont le mandat est de trois ans, est de stabiliser le pays et de rapprocher les conditions de la police bosniaque des normes européennes (voir EUROPE des 4/5 novembre, p.7 et 27 novembre, p.6). Pour l'auteur, Agniezka Nowak, la MPUE sera perçue comme un test de la capacité de l'UE à répondre aux crises internationales, notamment civiles. En effet, l'Union européenne gérera pour la première fois une mission en tant que "chef de file", ce qui lui permettra de s'affirmer enfin comme acteur crédible pour le maintien de la paix et la sécurité internationales. En outre, sa mission, qui a reçu le soutien de la communauté internationale, couvre non seulement l'encadrement des forces de police mais aussi le renforcement de l'Etat de droit.
Quant aux aspects opérationnels de la mission, Mme Nowak estime que l'équipe de planification mise en place dès mai 2002 sous la direction de Sven Frederiksen (le chef actuel de la MPUE) offre une bonne base. En outre, l'expérience, même limitée, acquise au cours des missions de police auxquelles l'UE a participé en Albanie et au Kosovo lui sera utile. La situation politique en Bosnie-Herzégovine sera incontestablement un des défis majeurs pour la MPUE: les institutions centrales sont faibles et la corruption de la police locale fréquente. Par ailleurs, la police est organisée en quatorze forces différentes qui coopèrent extrêmement peu entre elles. Les progrès insuffisants de la réforme de la police locale, malgré sept années de présence de la Minubh (dont les moyens et les effectifs étaient deux fois plus élevés que ceux de la mission européenne), témoignent de la complexité de la situation. La lutte contre la criminalité organisée, qui n'est pas gérée par la police locale, est une des priorités de la MPUE. Cependant, cette tâche sera difficile à remplir, en particulier parce que la mission de l'UE ne peut pas mener des enquêtes, car elle n'a pas de rôle exécutoire sur le terrain. L'impossibilité de jouer un tel rôle, estime l'auteur, conduira la MPUE à utiliser "le bâton et la carotte" pour arriver à ses fins: elle devrait donc se servir de la conditionnalité des programmes de la Commission sur place (notamment CARDS) et de la possibilité de donner au chef de la mission le pouvoir de renvoyer les policiers locaux qui ne remplissent pas leurs tâches. Enfin, l'auteur craint que la mission de la MPUE ne se focalise trop sur la police de moyen et haut rang et les gouvernements locaux et centraux, risquant ainsi de ne pas assurer totalement le contrôle de la police sur le terrain.
(Occasional Papers N. 42 - Institut d'Etudes de sécurité de l'UE. 43, avenue du Président Wilson - F-75775 Paris cedex 16 - tél.: +33.1.56 89 19 30 - e-mail: institute@iss.eu.org - site: http://www.iss-eu.org ).