Bruxelles, 30/01/2003 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté, jeudi, des recommandations sur les programmes actualisés de stabilité de l'Espagne, de la Belgique et de l'Irlande et sur les programmes de convergence du Royaume-Uni et du Danemark. Lors d'une conférence de presse, le Commissaire Pedro Solbes a stigmatisé l'augmentation prévue du déficit public britannique et s'est montré préoccupé par le haut niveau d'inflation et les risques pesant sur la viabilité à long terme des finances publiques en Espagne. Il a souligné aussi que, pour le gouvernement danois, la mise en œuvre de la réforme ambitieuse du marché du travail constituait un véritable défi. Le Conseil Ecofin devrait adopter les avis sur ces programmes le 18 février prochain.
Voici un résumé des principales remarques de la Commission sur ces programmes:
? Royaume-Uni: « le programme de convergence britannique actualisé prévoit qu'on ira d'une position proche de l'équilibre en 2001-2002 à un déficit de 1,8% du PIB lors de l'exercice suivant et de 2,2% en 2003-2004. Le déficit nominal tombe et se stabilise à 1,6% dans les dernières années du programme », a indiqué M. Solbes, précisant aussi que le déficit structurel devrait passer de près de 1% du PIB en 2002 à 1,5% durant les dernières années du programme. Le Commissaire a reconnu que l'augmentation du déficit structurel s'expliquait dans une large mesure par une augmentation, « dont il faut se féliciter », des investissements nets du secteur public par rapport au PIB (l'investissement public, en pourcentage du PIB, devrait passer de 0,9 % en 2001-2002 à 2,2 % en 2007-2008). « Ceci est conforme aux grandes orientations de politique économique », a-t-il dit. Pour dédramatiser la situation, M. Solbes a noté que les finances publiques britanniques étaient jugées globalement saines, grâce au très faible niveau de la dette publique et à l'évolution favorable des dépenses liées à l'évolution de la pyramide des âges. Cependant, « la valeur de référence de 3% du PIB doit rester intouchable », a répété M. Solbes. « Un déficit structurel de près de 1,5% du PIB associé à un déficit nominal de 2,2% en 2003-2004 pourrait, dans certaines circonstances, être à l'origine d'un déficit nominal proche de la valeur de référence », a-t-il averti. Dans ses recommandations, la Commission précise que la prévision d'un déficit relativement élevé de 2,2% en 2003-2004 part d'une projection de croissance « optimiste » de 2,75% ». « Cette évolution budgétaire porterait le déficit à un niveau proche de la barre des 3 % du PIB fixée dans le traité et ne serait donc pas conforme aux exigences du Pacte de stabilité et de croissance », ajoute la Commission, qui recommande aux autorités britanniques « de se fixer un objectif de déficit à moyen terme qui soit suffisamment faible pour que le seuil de 3% ne soit pas dépassé ».
La Commission indique le Royaume-Uni table sur une stabilisation de la dette publique brute aux alentours de 39 % du PIB en 2003-2004, jusqu'à la fin de la durée du programme en 2007-2008. « Il apparaît que, sur la base des politiques actuelles, le Royaume-Uni est bien placé pour faire face aux coûts budgétaires liés au vieillissement de sa population », peut-on lire dans les recommandations de la Commission. Le programme britannique présente des mesures de réforme économique visant à assurer la fourniture de services publics de haute qualité et à augmenter durablement le taux de croissance de la productivité. Selon la Commission, ces mesures sont « souhaitables, étant donné le niveau relativement faible de la productivité au Royaume-Uni par rapport à ses concurrents ».
? Belgique: « contrôler les dépenses primaires et maintenir des excédents primaires élevés (pour réduire le niveau encore très élevé de la dette publique) restent les principaux défis des autorités belges », a déclaré M. Solbes, qui a ajouté que la Belgique « continue de respecter l'objectif fixé dans le Pacte de stabilité prévoyant une situation budgétaire proche de l'équilibre ». Le programme de stabilité prévoit en effet un équilibre des finances publiques en 2003, puis, en 2004, un excédent de 0,3 % du PIB qui devrait passer à 0,5% en 2005. Parallèlement, le gouvernement table sur une réduction de 0,5% du PIB du déficit structurel (corrigé des effets cycliques), qui devrait afficher un excédent de 0,2 % du PIB en 2002 et se stabiliser ensuite à +0,3% du PIB entre 2003 et 2005. Quant à la dette publique, la Commission relève qu'elle devrait passer de 102,3% à 93,6% sur la période 2003-2005, mais que la dette a diminué seulement de 3,5% du PIB en 2001-2002 et que le taux d'endettement était toujours très élevé en 2002 - à 106,1 % du PIB. La Commission souligne aussi que le programme ne prévoit pas de mécanisme de contrôle des dépenses au niveau du gouvernement fédéral et pour la sécurité sociale. En revanche, elle note des progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles, comme la réforme fiscale en cours, destinée à améliorer les performances économiques et à stimuler la création d'emplois.
? Irlande: ce pays table sur un déficit public (nominal) de 0,7% du PIB en 2003 qui devrait cependant augmenter jusqu'à 1,2% en 2004 et 2005. « Le déficit structurel devrait cependant se réduire de presque 0,5% du PIB en 2003, ce qui témoigne d'un resserrement de la politique budgétaire », a précisé M. Solbes, qui a souligné aussi que l'Irlande pouvait compter sur un très faible ratio de la dette (35 % du PIB, le second par ordre croissant). Quant à la viabilité à long terme des finances publiques, l'Irlande est plutôt bien placée pour faire face aux conséquences budgétaires du vieillissement démographique, indique la Commission qui relève notamment le faible niveau de sa dette, l'accumulation progressive d'actifs par le Fonds national de réserve pour les retraites, et la forte proportion de jeunes dans la population. Néanmoins, souligne la Commission, il existe un risque de déséquilibre budgétaire à long terme. « Pour faire en sorte que les finances publiques restent sur une trajectoire viable, il convient donc de trouver des modalités de financement durable des dépenses de protection sociale, et d'éviter de perpétuer les déficits sous-jacents », recommande la Commission.
? Espagne: la révision à la hausse de l'inflation à 2,8 % en 2003 (contre 2,4 % selon les précédentes estimations) « constitue un motif de préoccupation et devra être prise en compte », a déclaré M. Solbes, qui a aussi constaté les risques pour la viabilité à long terme des finances publiques de l'Espagne entraînés par les conséquences du vieillissement de la population. En outre, la Commission souhaite obtenir davantage d'informations sur le calendrier et les mesures concrètes pour la mise en œuvre de la réforme des retraites actuellement à l'étude. Pour le reste, M. Solbes estime que l'Espagne respecte les objectifs du Pacte de stabilité (budget en équilibre en 2003 et 2004 et excédentaire les années suivantes, et réduction progressive de la dette publique). La Commission invite le gouvernement espagnol à mettre en œuvre de nouvelles réformes structurelles, notamment pour augmenter la concurrence dans le secteur des services et doper la productivité globale. « L'abandon progressif de l'indexation des salaires, conjugué au maintien de la modération salariale conformément aux recommandations du Conseil dans son précédent avis, pourrait jouer un rôle important à cet égard », ajoute la Commission.
? Danemark: « l'actualisation du programme de convergence danois, reposant sur un scénario macro-économique réaliste, prévoit des excédents budgétaires élevés de l'ordre de 2% du PIB sur l'ensemble de la période et une forte réduction de la dette publique (estimée à 25% du PIB en 2010) », a commenté M. Solbes, qui a rappelé que ce pays respectait encore les objectifs du Pacte de stabilité. Cependant, M. Solbes a souligné que « la mise en œuvre des réformes ambitieuses du marché du travail qui sont envisagées dans le programme pourrait s'avérer un véritable défi pour le gouvernement ». La Commission conclut dans ses recommandations que le Danemark respecte les critères de convergence sur l'inflation, les taux d'intérêt à long terme, le taux de change et les finances publiques.