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Bulletin Quotidien Europe N° 8390
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Il n'y a pas de « problème italien » au sein de la Convention

Les incertitudes sur l'attitude de certains Etats membres au sein de la Convention ne concernent pas seulement le Royaume-Uni (voir cette rubrique d'hier), mais aussi partiellement l'Italie et quelques pays d'Europe centrale et orientale. Je ne parle pas d'incertitudes de détail, sur tel ou tel aspect de la réforme institutionnelle, qui sont normales dans la phase actuelle, mais de celles qui se réfèrent: a) aux ambitions de l'UE, notamment dans les domaines des relations extérieures (PESC) et de la défense (PESD); b) au degré de transferts de souveraineté des Etats vers l'Union par la mise en commun de compétences significatives.

Hésitations et maladresse… Plusieurs commentateurs et observateurs ont regretté l'absence de prises de position claires (allant au-delà de vagues déclarations en faveur de l'intégration européenne) et d'initiatives de la part de l'Italie. Les autorités italiennes s'associent parfois à l'une ou l'autre initiative institutionnelle (en provenance surtout d'Espagne ou du Royaume-Uni), sans une ligne directrice propre bien définie. Leur soutien à ce qui était connu comme "initiative ABC" (Aznar/ Blair/ Chirac) en faveur du renforcement du rôle des chefs de gouvernement paraissait évident; mais la France a défini ensuite plusieurs positions communes significatives avec l'Allemagne, si bien que le groupe ABC s'est évaporé. En même temps, des sources romaines assuraient que l'Italie aurait appuyé sans faille les positions favorables à la sauvegarde de la "méthode communautaire" et en particulier du rôle de la Commission. L'impression était que les autorités italiennes "naviguaient à vue". Les déclarations des ministres étaient parfois contradictoires; M.Buttiglione ne disait certes pas les mêmes choses que M.Bossi. Mais, à mon avis, les éclats de M.Bossi ne devaient pas être pris au sérieux, ni lorsqu'il accusait l'UE de tentations soviétiques ni lorsqu'il annonçait qu'il aurait défendu les ouvriers de l'Italie du Nord contre les persécutions de la justice européenne. Personnellement, je considère que l'opposition cohérente et convaincue à l'intégration européenne est celle du ministre de la Défense Antonio Martino, qui, en son temps, comme ministre des Affaires étrangères avait combattu l'entrée de l'Italie dans la monnaie unique (et avait d'ailleurs annoncé l'échec certain de l'euro).

…davantage qu'un changement de cap. Malgré ces écarts et ces incertitudes, je ne crois pas qu'il existe un "problème italien" analogue au "problème britannique". Le Premier ministre ne s'est jamais aligné sur les positions anti-communautaires (malgré le triste "épisode Ruggiero"), et un front pro-européen est resté solide. Si le gouvernement paraissait parfois hésitant, d'autres forces restaient fortement engagées. Le "groupe des Dix", réunissant notamment deux anciens Commissaires européens, l'ancien Secrétaire général du Parlement européen, un ancien Représentant permanent à Bruxelles et le directeur général "Europe" du ministère des Affaires étrangères (voir notre bulletin d'hier p.17), en est un exemple. Mais même l'Italie officielle bouge, ou du moins elle semble en avoir l'intention. Le vice-président de la Convention, Giuliano Amato, ayant lancé l'idée que l'Italie se fasse le promoteur d'une initiative commune des six pays fondateurs de la CEE au sein de la Convention, en faveur du maintien et de la relance des ambitions et des objectifs des pères fondateurs, cette idée a intéressé le vice-premier ministre Gianfranco Fini (qui siège à la Convention), et le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini. Ils en ont parlé avec Dominique de Villepin et Joschka Fischer. Les contacts ont indiqué que pour le moment une démarche commune des "Six" ne pourrait avoir qu'un caractère très général, car sur le contenu de la réforme institutionnelle les pays du Benelux ne partagent pas tous les aspects du plan Chirac/ Schröder. En outre, une initiative des Six pourrait indisposer d'autres pays. Il est probable qu'il n'y aura donc pas de suites, du moins dans l'immédiat; mais je cite le projet en tant que symptôme du souhait italien de "rentrer dans le jeu". Personnellement, j'estime que les hésitations et les maladresses de l'Italie officielle résultent davantage d'une certaine méconnaissance de l'histoire de la construction européenne, de son fonctionnement et de ses équilibres, que d'un éloignement volontaire du pays de ses positions traditionnelles (garanties d'ailleurs par le président de la République).

Prudence à l'Est. Quant aux pays d'Europe centrale et orientale, les débats institutionnels de la Convention ont fait apparaître une certaine méfiance, aussi bien de leurs représentants gouvernementaux que des parlementaires nationaux, à l'égard des transferts de pouvoirs vers Bruxelles, et un ferme attachement au maintien de la rotation semestrielle des présidences du Conseil. Dans ce cas également, je ne veux pas croire à des réticences fondamentales, mais à la sensibilité particulière au problème de la souveraineté de la part de pays qui ont subi pendant de longues années le contrôle d'une capitale étrangère et ont recouvré récemment leur autonomie. Leur prudence est donc compréhensible. Elle deviendrait un problème au cas où dans certaines populations la prudence se transformerait en méfiance, susceptible d'influencer sérieusement les référendums d'adhésion. Mais cette crainte ne doit pas amener l'UE à édulcorer ses ambitions. (F.R.)

 

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