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Bulletin Quotidien Europe N° 8299
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/developpement

Oxfam International appelle la Commission à soutenir son plan de sauvetage du marché mondial du café pour un commerce équitable

Bruxelles, 17/09/2002 (Agence Europe) - Alors que la Commission européenne s'apprête à adopter, mercredi, une communication sur les liens entre le commerce et le développement, Oxfam International, ONG très engagée dans la promotion d'un commerce équitable, lance un appel aux Commissaires Poul Nielson (Développement) et Pascal Lamy (Commerce) pour que la Commission adhère à un plan d'action global en faveur des petits producteurs de café dans les pays en développement, et fasse du soutien aux produits de base des pays en développement une priorité dans la mise en œuvre de l'agenda de Doha. A la veille de lancer une campagne internationale pour un plan mondial de sauvetage du marché du café, dans l'intérêt des plus pauvres, Oxfam International invite la Commission à souscrire aux mesures qu'il préconise pour endiguer la crise qui frappe de plein fouet le marché du café sous l'effet conjugué de la surproduction et d'un effondrement des prix sans précédent. Cette campagne sur le thème « la pauvreté dans votre tasse de café » fait appel à la responsabilité de tous les acteurs. Elle sera lancée dans dix-huit pays le 23 septembre prochain pour sensibiliser le consommateur de café à la disproportion existant entre le prix versé au petit producteur et les bénéfices des grandes entreprises du secteur. Dans le même temps, elle tentera de convaincre les grands groupes et les investisseurs que leur stratégie commerciale n'est pas durable.

Au cours d'une conférence de presse, Phil Bloomer, conseiller en économie et politique internationale à Oxfam International, a expliqué l'étendue de la crise et l'enjeu de la campagne. « Cette crise contribue à accroître la misère dans les pays en développement », a-t-il déclaré. Non seulement, elle contraint 25 millions de petits agriculteurs et travailleurs du secteur à vendre bien en dessous du prix de production, mais elle est aussi cause de famine au Vietnam, en Ethiopie et dans la plupart des pays d'Amérique centrale. Elle provoque le retrait des enfants de l'école, l'accès insuffisant aux produits médicaux de base. En outre, elle affecte les pays producteurs qui comptent parmi les pays pauvres très dépendants du café (comme le Burundi, dépendant à 80% ou l'Ethiopie dont les pertes de revenus représentent le double de l'allégement de la dette consenti au titre de l'initiative HIPC). Elle est cause d'instabilité aussi (exemple: les violences au Guatemala suite à la réforme agraire ou le phénomène de reconversion des travailleurs de café dans la culture de la drogue, dans les Andes). Selon lui, la surproduction (chiffrée à 8% annuellement) trouve ses racines, d'une part, dans l'augmentation de la production du Brésil et du Vietnam et, d'autre part, dans les prévisions erronées de la Banque mondiale quant à l'évolution du marché. Sans compter que beaucoup de pays, comme le Guatemala, font du café parce qu'ils n'ont pas d'alternative, alors que le marché est inondé par le café de producteurs non traditionnels adeptes du dumping. Le développement de nouvelles technologies (ramassage mécanique des grains de café) pour la fabrication de café de très mauvaise qualité (5% du marché total) ajoute à ce sombre tableau.

« Le marché était censé s'autoréguler, il ne l'a pas fait et ne le fera pas tout seul. Beaucoup de pays pauvres, qui ont investi dans le café et n'ont pas été payés en retour, n'ont pas l'argent nécessaire pour investir dans des productions de rechange. Nestlé est à un tournant dans sa politique. Abandonnant ses thèses libérales, cette entreprise est désormais en faveur d'une politique d'intervention », a souligné M. Bloomer, en précisant que Nestlé est la première grande société à avoir souscrit aux orientations de l'Organisation mondiale du café (ICO). Le plan de sauvetage préconisé par Oxfam s'inscrit dans le droit fil de ces orientations. Il s'effectuerait en deux phases, sous les auspices de l'ICO. Pendant la première année, il consisterait en: - un soutien au marché international du café, la destruction immédiate d'au moins 5 millions de sacs de café ; - la création d'un fonds de diversification pour financer des programmes de cultures alternatives ; - un engagement des grandes entreprises de torréfaction à ne vendre exclusivement du café conforme aux normes de qualité de l'ICO, à commercialiser 2% de leur production selon les règles du commerce équitable et, pour le reste, à payer au producteur un prix décent, au-dessus du prix de production. Dans un second temps, Oxfam International appelle de ses voeux une initiative internationale pour mettre en place un système moderne d'intervention capable de stabiliser les prix et d'offrir davantage aux pays producteurs qui apportent une valeur ajoutée dans la transformation du café ; - un financement des donateurs pour réduire la trop grande dépendance des agriculteurs à l'égard des produits de base ; - la fin de la politique de « doubles standards », pratiquée par l'Union européenne et les Etats-Unis dans le commerce des produits agricoles. Un tel système nécessite une politique adéquate des pays producteurs et leur coopération pour résorber la surproduction. Une conférence internationale permettant à tous les acteurs de commencer à travailler ensemble compléterait le dispositif.

Selon Phil Bloomer, la politique de doubles standards que dénonce Oxfam est particulièrement évidente dans le secteur du sucre. « Au niveau communautaire, les subventions aux producteurs communautaires vont à quelques entreprises et créent une situation de monopole, mais quand il s'agit de sucre tropical, on vante les vertus du libre-échange. Il faudrait que les pays riches et les pays pauvres s'unissent pour garantir que les revenus aillent bien à ceux qui en ont besoin », souligne-t-il. Affirmant que la destruction de 5 millions de sacs de sucre coûterait 100 millions de dollars, ce qui entraînerait une augmentation de 20% du prix, mais rapporterait aux pauvres 800 millions de dollars en recettes d'exportation, M. Bloomer ajoute: « Les solutions sont simples. C'est la volonté politique qui manque. Nous sommes actuellement à un tournant. Avec l'agenda de Doha, nous avons l'opportunité de faire en sorte que le marché du café se développe au profit des pays pauvres. Nous lançons un appel aux Commissaires Lamy et Nielson pour qu'ils oeuvrent, ensemble, dans ce sens ».

A cet égard, il regrette que dans le débat sur le commerce et le développement, tout l'accent soit mis sur l'OMC et que rien ne soit fait pour les produits de base. « Pour le cycle de Doha, une énergie énorme a été dépensée pour faire accepter aux pays en développement l'inscription à l'ordre du jour de sujets tels que les politiques d'investissement et de concurrence. Dans le même temps, combien de temps la Commission a-t-elle consacré aux questions concernant les produits de base ? » s'interroge-t-il. Et d'ajouter: « l'Union européenne et ses Etats membres ont vraiment les moyens d'agir. Nous souhaitons que la Commission soutienne clairement la mise en oeuvre de ce plan d'action ». Celui-ci a été présenté au chef de cabinet de Pascal Lamy le 13 septembre.

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